Il finit tout juste une réorientation professionnelle lourde. Devenu dessinateur industriel après ses études, famille de scientifiques oblige, Ameth Sarr termine aujourd’hui un Master en sciences de l’éducation dans une grande université parisienne. Demain, il espère que son action en faveur de la scolarité des jeunes aura un effet concret.

Né au Sénégal il y a 33 ans, il a toujours bénéficié du meilleur de l’éducation dakaroise. Arrivé à sa majorité, le jeune homme se choisit une orientation de dessinateur industriel : « Ma famille privilégiait la science et la technique sur ce qui est littéraire. J’ai choisi de suivre mes cousins et cousines, qui étaient très brillants en mathématiques et en sciences physiques. »

Il vient en France peu après, afin d’y poursuivre ses études. A partir de 2005, BTS en poche, il travaille pendant cinq ans en Île-de-France, allant d’entreprise en entreprise sans trouver son bonheur : « C’est un métier que j’aimais, sans être passionné, car j’avais un autre projet. »

En effet, alors qu’il habite à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), il a l’occasion d’aider les enfants à faire leurs devoirs de maths, au sein d’une association de quartier. « Je me suis découvert moi-même :
j’étais plus fait pour ça que pour n’importe quoi d’autre, je donnais le goût d’apprendre à certains, dont beaucoup ont réussi ensuite », se rappelle-t-il de cette révélation.

Du haut de sa propre jeunesse sénégalaise, sa parole fait mouche auprès des jeunes : « Il ne faut pas prendre le travail scolaire comme une contrainte, comme souvent les élèves le pensent. L’école est une source d’ascension sociale. » Ses collègues de travail n’ont pas été supris, lorsqu’il leur annonce son départ pour reprendre des études.

« Je leur parlais au bureau de ces jeunes de quartiers qui ne savent pas saisir cette opportunité de réussir en France, moi qui viens du Sénégal, où les moyens ne sont pas les mêmes que dans les pays développés, où tout est donné », raconte-t-il. Sa femme aussi se montre plutôt enthousiaste : « Elle me pousse même à faire ca, c’est une intellectuelle », avance-t-il en souriant.

Ayant déménagé entre-temps à Mantes-la-Ville, c’est là qu’il crée son association, Ecole et culture, en 2012, alors qu’il vient de reprendre des études en sciences de l’éducation. « Son objet est de venir en aide aux enfants en difficulté scolaire, mais en mobilisant la parentalité. L’aide aux devoirs assiste un enfant, l’aide à la parentalité peut aider toute une famille », explique-t-il.

Fondée, l’association reste cependant en sommeil jusqu’à ces derniers mois. Opérant avec des spécialistes dans différents domaines du monde éducatif, elle s’est pour l’instant concentrée sur des présentations en direction des institutions sociales : « Nous leur expliquons quelles pratiques familiales sont bénéfiques aux enfants. »

Ecole et culture ne fonctionnera à plein régime qu’une fois son Master terminé, en décembre. Ameth Sarr lancera cependant une première expérimentation dès septembre, avec une vingtaine d’élèves du quartier du Domaine de la vallée, où il habite.

S’il se consacre désormais uniquement à l’action sociale, il n’en a pas oublié les bases familiales. « Je considère que je fais un travail scientifique. Je souhaite évaluer cette action, y compris par les parents et enseignants : c’est seulement ensuite que je pourrai, ou non, la poursuivre et l’élargir. »