Certains ont une vie plus calme que d’autres… ce qui n’est certainement pas le cas de Magali Déa-Feschotte. Enseignante, chanteuse, productrice de cinéma et de télévision, auteure et scénariste, responsable de haut niveau chez TF1, ont été l’un des ses multiples métiers. Retraitée, elle est directrice du domaine de Villarceaux (Val d’Oise), l’un des quatre centres de l’association La source, qui vise à favoriser l’épanouissement par l’art auprès d’enfants défavorisés.

Une condition que cette orpheline de guerre trouvée bébé en 1942 connaît bien : « A partir de quatre ans, on m’a gagé dans des fermes. » Alors maigre gamine, trop faible pour les tâches les plus ingrates confiées à ces enfants-forçats, elle est régulièrement renvoyée, passant de ferme en ferme. Le salut vient à six ans, lorsqu’une institutrice des Deux-Sèvres, souhaitant adopter un enfant d’âge scolaire ramène au monde la petite sauvageonne qu’elle était devenue.

Elle en garde un caractère bien trempé. Enseignante, son premier poste se termine abruptement en 1962, lorsque sa directrice montre de la méchanceté envers un enfant placé de l’établissement. « L’enseignement, j’en avais fait le tour », résume-t-elle de l’altercation. On lui demande de rester, elle part quand même.

Une démarche qu’elle répétera tout au long de sa vie, n’exerçant jamais plus de quelques années le même métier. Après son départ de l’enseignement, elle monte à Paris sur un coup de tête, où divers petits boulots la mènent à d’extraordinaires rencontres, de la chanteuse Mireille au cinéaste Claude Lelouch en passant par l’écrivain Georges Belmont et Simone Veil. Autant de rencontres qui mènent à autant de professions. Où, finalement vite lassée, elle ne reste jamais bien longtemps.

« Quand on me le demande, je suis incapable de dire quel métier je faisais ! Je suis une touche-à-tout. », évoque-t-elle de son existence menée au gré de croisements et souvent par hasard.
« Quand on me le demande, je suis incapable de dire quel métier je faisais ! Je suis une touche-à-tout. », évoque-t-elle de son existence menée au gré de croisements et souvent par hasard.

« Je suis bien dans ma peau car j’ai toujours fait ce que j’ai eu envie de faire. Et quand j’en ai eu ras-le-bol, je faisais autre chose, résume-t-elle d’une existence menée au fil de ses rencontres. Quand on me le demande, je suis incapable de dire quel métier je faisais ! Je suis une touche-à-tout. C’est vrai que c’était beaucoup plus facile il ya 50 ans. »

Deux fils rouges ne l’ont cependant jamais lassée. Le premier, c’est la poésie, pratiquée dès ses sept ans, et qu’elle aime simple et compréhensible : « Je trouvais émouvants les mots qui rimaient. » Alors, elle écrit des chansons, et publie un premier livre en 1990, puis un second il y a quelques mois, Heureux qui, comme Agathe, au sein duquel elle mèle prose et poésie.

Le second, c’est d’aider les enfants délaissés. A la fin des années 1990, alors qu’elle cherche une association qui lui corresponde pour s’engager, ses visites sont souvent des déceptions : « Je me demandais où étaient les enfants, on m’en parlait comme de boîtes de sardines. » Par pur hasard, une amie l’oriente vers le peintre Gérard Garouste et son association La source, fondée en 1991.

« Il me raconte que lorsqu’il allait chez son grand-père, il voyait des enfants gagés dans des fermes, et se disait qu’il les aiderait plus tard, sourit-elle avec émotion de ce croisement de destins, un de plus dans une vie qui en fut remplie. Il me parlait, et je croyais m’entendre parler ! » Vingt ans plus tard, elle y est engagée plus que jamais.