Cela faisait plus de sept ans que les plus de 2 200 salariés du site aéronautique Airbus des Mureaux attendaient ça : la première pierre du chantier de construction de l’usine d’assemblage du modèle successeur d’Ariane 5 sera posée d’ici quelques semaines, mi-novembre si les dernières autorisations nécessaires sont bien délivrées, alors que l’indispensable enquête publique vient de se conclure positivement. Le bâtiment devrait être opérationnel en 2019.

Le nouveau hangar d’assemblage de 24 000 m², poétiquement nommé N80 selon la nomenclature du gigantesque site aéronautique, vise à la fabrication et à l’assemblage de l’étage principal d’Ariane 6. La première fusée de ce nouveau modèle doit y être réalisée en 2019, avec un lancement en 2020. La co-entreprise Airbus Safran Launchers, créée entre Airbus et Safran il y a quelques mois, a d’ailleurs remis en juillet à l’Agence spatiale européenne le dossier d’objectifs, comme une confirmation.

Airbus a choisi, cette fois-ci, de passer de l’intégration verticale du bâtiment actuel d’Ariane 5 (photo) à une intégration horizontale.
Airbus a choisi, cette fois-ci, de passer de l’intégration verticale du bâtiment actuel d’Ariane 5 (photo) à une intégration horizontale.

« Au fil des années, l’entreprise s’est adaptée, c’est ce qui assure sa pérennité, nous allons encore devoir nous adapter », expliquait en décembre dernier le directeur du site Hugues Emont, lors d’une présentation face aux chefs d’entreprise du Mantois. Ariane 6 devra en effet répondre aux défis lancés par les entreprises de lanceurs, dont certaines ont des coûts par lancement très inférieurs à ceux d’Airbus.

En première ligne figurent les fusées réutilisables de Space X, malgré des lancements encore souvent explosifs, à l’instar de celui de la semaine dernière qui s’est terminé en boule de feu. « Aux USA, Elon Musk (le patron milliardaire de Tesla, Ndlr) avec Space X a décidé de faire un lanceur à 50 % du coût actuel pour Ariane, nous sommes poussés à le prendre en compte », notait le directeur muriautin.

« Au fil des années, l’entreprise s’est adaptée, c’est ce qui assure sa pérennité, nous allons encore devoir nous adapter », expliquait en décembre dernier le directeur du site Hugues Emont.
« Au fil des années, l’entreprise s’est adaptée, c’est ce qui assure sa pérennité, nous allons encore devoir nous adapter », expliquait en décembre dernier le directeur du site Hugues Emont.

Alors, avec Ariane 6, il ne faudra pas se rater car « on se projette sur une trentaine d’années ». C’est pourquoi Airbus a choisi, cette fois-ci, de passer d’une intégration verticale à une intégration horizontale. Ce changement très important des procédures d’assemblage devrait permettre d’en réduire les coûts, avec un fonctionnement en chaîne de montage, similaire à celui des usines automobiles.

Le maire des Mureaux, François Garay, ne cache pas sa satisfaction. « Ariane 6 est un peu ce que sera le futur, nous avons une visibilité au moins jusqu’à 2030-2035, aussi bien l’activité spatiale que militaire est confortée », se réjouit-il. Il rappelle la bataille politique qui eut lieu au niveau européen ces dernières années : « Ca pouvait se faire ailleurs, soit en France soit en Allemagne. » Chez les salariés, un certain soulagement domine compte tenu de ces incertitudes passées.

Le nouveau hangar d’assemblage de 24 000 m² est poétiquement nommé N80, selon la nomenclature du gigantesque site aéronautique,
Le nouveau hangar d’assemblage de 24 000 m² est poétiquement nommé N80, selon la nomenclature du gigantesque site aéronautique. Le schéma ci-dessus est extrait du résumé non technique de l’étude d’impact fournie par l’entreprise (publiée par la préfecture des Yvelines, Ndlr).

La seule inquiétude est celle de voir progressivement partir (par départs naturels, Ndlr) les 600 salariés dédiés à la recherche une fois le projet industrialisé. « On est content de cette nouvelle usine, de la pérennité des Mureaux. Même si on aimerait bien avoir de nouveaux projets au-delà de la phase de développement d’Ariane 6, confie ainsi Patrice Ruellan, délégué CFDT du site Airbus. Mais j’ai confiance en les décideurs. »

Le bâtiment accueillera l’assemblage de l’étage principal

L’étage principal d’Ariane 6, figuré en violet sur le schéma ci-dessus, est dérivé de celui d’Ariane 5.
L’étage principal d’Ariane 6, figuré en violet sur le schéma ci-dessus, est dérivé de celui d’Ariane 5.

Le nouveau bâtiment N80 doit accueillir la fabrication des réservoirs cryogéniques d’hydrogène et d’oxygène liquides, utilisés respectivement comme carburant et comburant au sein du moteur de la fusée Ariane 6 pour en produire la poussée. Le site recevra, comme actuellement pour Ariane 5, les moteurs Vulcain 2 en provenance du site de la Snecma situé en aval de la Seine, à Vernon (Eure), où ils sont fabriqués.

L’assemblage de l’ensemble des éléments de cet étage, le premier et le plus important d’Ariane 6 comme d’Ariane 5 dont il est dérivé, intervient également dans le hangar N80. La hauteur du nouveau bâtiment industriel devrait atteindre 26 m. L’espace sur lequel il va être construit a été aménagé et terrassé en 2013, après la démolition d’anciens bâtiments, ainsi qu’un remblaiement dépassant de 20 cm le niveau d’eau atteint par la crue de la Seine de 1910.

Les Muriautins bénéficient-ils de la présence d’Airbus ?

Aux Mureaux, le transit des cadres supérieurs du site Airbus est visible matin et soir, à la gare comme sur les routes. Pour autant, le maire de la commune estime que le site industriel et technologique de pointe apporte nombre d’emplois, y compris non qualifiés, aux plus de 30 000 habitants.

Il n’en oublie pas non plus d’avancer l’apport important en termes d’image comme d’émulation technologique, aux Mureaux comme au sein de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) qui s’étend de Mantes-la-Jolie à Achères. Celui qui en est aussi vice-président à la formation avance alors l’importance de celle-ci pour assurer un avenir aux nombreux jeunes de la vallée de Seine.

« Il est évident qu’il y a des retombées sur le territoire, même si nous n’avons pas toujours su utiliser cette image, estime ainsi François Garay, maire DVG depuis 2001. Nous avons pendant très longtemps couru après l’automobile. » Lui croit aujourd’hui, alors qu’une école de pilotage de drones s’est installée à l’aérodrome contigu au site Airbus, à une vallée de Seine yvelinoise qui serait « celui des grandes mobilités et de l’intelligence des mobilités », dans les airs comme sur rails ou la route.

Il affirme également sa conviction que les industries de pointes bénéficient aussi aux habitants de la commune. « C’est vrai que beaucoup de ces jeunes cadres viennent de Paris le matin, mais je suis persuadé qu’il y a peut-être 30 % des salariés qui sont du territoire (de GPSEO, Ndlr) », indique-t-il. Certes, « il faut des formations supérieures » pour devenir ingénieur ou technicien chez Airbus, mais il assure que « pas mal de jeunes avec des Masters ont fait leur scolarité aux Mureaux » et y travaillent.

Et puis, pour l’édile, au-delà des ingénieurs, « ces entreprises ont des besoins en BTP, en sécurité, en propreté, en restauration. » Quelque soit la formation ou le métier, il veut par ailleurs encourager les jeunes muriautins à bouger, Airbus ou non : « Aujourd’hui, il ne faut pas croire qu’on trouvera du travail au pied de sa porte. Je constate que ceux qui ont bougé ont du travail, et j’en connais d’autres qui n’ont pas bougé, des voyageurs de l’immobile qui ont parfois des Masters. »