« Ca va être compliqué jusqu’au bout.» Le nouveau président du Club sportif d’Achères (CSA), Rachid Badaoui, a pris ses fonctions il y a quelques semaines avec pour « unique ambition » de « sauver le club où il a tout connu ». Après une assemblée générale chaotique, le conseil municipal a débloqué 45 000 euros d’aide d’urgence. Au club, certains souhaitent cependant qu’une enquête soit menée pour comprendre ce qui a précipité le CSA au bord du précipice.

Au soir de l’assemblée générale, le 23 novembre dernier, le club est pourtant en plein désarroi. Fatah Zighed, président depuis 2014, usé et malmené, jette l’éponge. Les comptes du précédent exercice ne sont pas validés et les parents de licenciés se soulèvent, n’étant pas autorisés à voter. La soirée se déroule dans une ambiance tendue. L’origine des difficultés, elle, remonte à l’été 2016.

Le club embauche alors, pour sa saison, treize jeunes en service civique, des contrats fortement exonérés de charges sans l’être totalement. « Mal conseillés », les dirigeants d’alors imaginent ne rien devoir payer hors leur rémunération, « sans savoir qu’il fallait régler des charges patronales et salariales », explique Fatah Zighed. Lorsque les organismes auxquels les cotisations sont dues les réclament, plusieurs dizaines de milliers d’euros sont à régler : les comptes se retrouvent dans le rouge, mettant en danger l’existence même du club.

Depuis cette assemblée générale mouvementée, un nouveau président, Rachid Badaoui, a repris les rênes d’une association qu’il a fréquenté en tant que joueur depuis l’âge de 10 ans : « J’ai été éduqué par le foot et j’ai envie de rendre au club ce qu’il m’a donné ». Son objectif désormais : « Que le bilan financier soit sain et que les jeunes reviennent ». Marc Honoré (DVD), le maire d’Achères, se félicite de cette nomination : « Il nous a donné du temps et de l’énergie quand le club en avait le plus besoin et que plus grand-monde ne souhaitait s’investir. » Quelques jours après l’intronisation du nouveau président, le conseil municipal a voté une « aide exceptionnelle » de 45 000 euros, l’équivalent des pertes cumulées.

 « Je les admire, nos gars. Ils prennent parfois trente buts par match mais ne lâchent rien, ils reviennent à l’entraînement la semaine suivante », confie le nouveau  président Rachid Badaoui.
« Je les admire, nos gars. Ils prennent parfois trente buts par match mais ne lâchent rien, ils reviennent à l’entraînement la semaine suivante », confie le nouveau
président Rachid Badaoui.

« Il était hors de question que le club s’arrête » explique l’édile avant d’ajouter : « C’est 300 à 400 gamins qui n’y sont pour rien qui se seraient retrouvés à traîner dans la rue ». Pour Rachid Badaoui, c’est « une décision courageuse de voter une telle aide quand on sait que les impôts augmentent ».

Certaines personnes réclament pourtant que la lumière soit faite sur les dysfonctionnements du passé, comme Taoufik Dahoumi, ancien éducateur chez les 6-9 ans, qui siège maintenant au conseil d’administration. Selon lui, 30 000 euros ont disparu des recettes événementielles (des stages et loteries, Ndlr) et certains contrats services civiques restent à honorer : « Il y a eu une mauvaise gestion, mais aussi de la malhonnêteté ».

Le nouveau président s’est engagé à régler les employés, mais préfère se tourner vers l’avenir : « Qu’on veuille savoir ce qui s’est passé, OK, mais il ne faut pas faire fuir les gens non plus. Parfois, la réalité a été grossie pour faire peur ». Une gestion financière hasardeuse et des rumeurs de racket autour du club ont en effet fait se désengager parents et enfants à l’intersaison. De 700 licenciés l’an dernier, le CSA n’en compte plus que 380.

Dans certaines catégories, la situation sportive s’en ressent. « Parfois, on prend des 25-0, j’ai mal pour nos jeunes », déplore le conseiller municipal d’opposition Mohamed Hassani (PS). C’est notamment le cas chez les U15. « Je les admire, nos gars. Ils prennent parfois trente buts par match mais ne lâchent rien, ils reviennent à l’entraînement la semaine suivante, confie Rachid Badaoui. Ces gamins-là, ils sont passionnés, il faut les récompenser et leur offrir un bon moment. »

Hors des terrains, l’avenir du club reste également en suspens. « On suit le club de près et on fait des points hebdomadaires avec la nouvelle équipe », indique le maire achérois. Pour payer les cotisations patronales toujours dues, il faut réduire les coûts. « Après la mi-janvier, on n’aura plus de masse salariale », affirme le président qui comptera désormais sur des éducateurs bénévoles.

Grâce à l’aide de Djamel Larbi, son trésorier, chef d’entreprise dans sa vie professionnelle, « et le seul à avoir accepté de le suivre dans cette galère », Rachid Badaoui veut « gérer le club avec rigueur, comme l’on gère une société ». Il n’exclut d’ailleurs pas que le CSA soit placé sous tutelle.

Des changements et un nouvel élan, donc. Le CSA représente « plus qu’un club de football » pour Rachid Badaoui : « Adolescent, j’étais un sacré branleur. J’y ai appris le goût du travail et de l’effort, c’est d’ailleurs grâce au club que j’ai trouvé mon emploi à l’usine.» Les Achérois n’ont plus qu’à lui souhaiter, à l’instar de leur maire, « que les nouveaux dirigeants puissent travailler sereinement ».