« Internet / village sinistré ». Depuis plusieurs semaines, une banderole portant ce message est visible depuis la route départementale 65 traversant le petit village de Breuil-Bois-Robert. La municipalité en est à l’origine « pour alerter que le village est sinistré au niveau d’internet », explique Didier Lebret (SE), maire de la commune. Plusieurs de ses homologues des communes alentours partagent cet avis.

Interpellé de manière récurrente sur des problèmes de connexion, le maire de Breuil-Bois-Robert souhaite « sensibiliser les opérateurs » sur la situation. « Le débit maximum que l’on peut avoir sur le village est de 2 Mbits/s, mais très peu de gens l’ont, précise Didier Lebret. En réalité, beaucoup ont autour de 1 Mbits/s et il y en a quand même pas mal qui tournent autour du 512 Kbits/s (soit 0,5 Mbits/s, Ndlr). »

La question du débit internet est primordiale pour le maire de cette commune de plus de 700 habitants. « On a très peu de débit, ce qui nous handicape notamment pour l’installation de gens dans le village, qui ne peuvent pas faire de télétravail, regrette-t-il. Certains qui sont déjà installés sur le village envisagent de déménager, à ce point-là. » Et d’ajouter : « Internet est devenu un des éléments importants au même titre que la garderie, l’école et la cantine. »

Agent immobilier à Mantes-la-Jolie, Damien Mas partage avec le maire de Breuil-Bois-Robert l’importance de plus en plus grande d’un débit suffisant de la connexion au web : « Les gens s’inquiètent d’internet. Ça peut refroidir une acquisition. » Ce dernier indique d’ailleurs être en relation avec plusieurs vendeurs de biens sur la commune de Breuil-Bois-Robert : « Le gros point négatif, c’est internet .»

« La commune est raccordée au répartiteur (ADSL, Ndlr) de Goussonville qui se trouve à six kilomètres […] et donc l’atténuation est très forte », déplore le maire de Breuil-Bois-Robert. L’ex-opérateur public Orange, propriétaire des répartiteurs et des câbles téléphoniques en cuivre utilisés pour l’ADSL, confirme que l’amoindrissement du débit est dû à l’éloignement. A Arnouville-lès-Mantes, le premier adjoint, Rémy Bouton, constate également que la qualité du réseau dépend de la distance à Goussonville.

« Sur le haut du village, ce n’est pas la peine, et à la mairie ça rame », donne Rémy Bouton en exemple. « Celui qui veut travailler chez lui, ce n’est pas la peine, il n’y a pas assez de puissance », estime le premier adjoint, lui-même devant « des fois attendre jusqu’à cinq minutes avant d’arriver sur internet ». Ce dernier compte aborder la question auprès des Arnouvillois lors des vœux du maire. « On nous doit un service correct », soutient-il.

Parallèlement à la banderole, la municipalité de Breuil-Bois-Robert a quant à elle mis en place une pétition auprès de la population à destination d’Orange et d’autres élus. Si la mairie s’est donnée jusqu’au 14 janvier pour la faire signer, elle comptait déjà la semaine dernière « 185 signatures […] sur environ 270 foyers concernés», souligne Didier Lebret.

Contacté par ce dernier, Serge Ancelot (SE), maire d’Auffreville-Brasseuil, a décidé de se joindre à la démarche de pétition et se dit assuré de la signature de « la quasi-unanimité des gens qui peuvent se déplacer ». Serge Ancelot signale également de nombreuses remarques des administrés sur la qualité du réseau : « Ça remonte de partout. »

Mais aucun rapprochement de répartiteur ADSL n’est actuellement prévu dans le secteur, et Orange répond que la situation ne s’améliorera pas à Breuil-Bois-Robert avant l’arrivée de la fibre optique, « prévue à l’horizon 2020 ». Les internautes de ces trois communes ne sont pas les seuls en vallée de Seine : cette date-butoir (voir encadré) donnée par l’ex-opérateur public concerne en effet une dizaine de villes et villages de la vallée de Seine, placés sous sa responsabilité, et aux débits internet souvent faibles. D’ici là, les habitants devront faire preuve de patience.

Quel déploiement du très haut débit dans les Yvelines ?

Plusieurs de ces villages ruraux à 100 % dépendants d’Orange sont concernés par ces faibles débits ADSL. Dans les Yvelines, le déploiement de la fibre optique (au très haut débit symétrique de 100 Mbits/s, Ndlr) est pris en charge par différents responsables. Pour 104 communes, qu’elles soient surtout urbaines comme Mantes-la-Jolie et Poissy, parfois rurales comme Breuil-Bois-Robert et Chapet, le déploiement a été confié à Orange ou à d’autres opérateurs privés par l’État. Pour ces 590 000 foyers, l’obligation contractuelle des opérateurs a été fixée à fin 2020.

Les 158 autres communes, soit 110 000 foyers, sont sous la responsabilité du Conseil départemental. Il a lancé l’an dernier un plan d’augmentation des débits après avoir choisi d’annuler le projet élaboré sous la précédente mandature, qui visait un déploiement à 100 % en fibre optique. Le nouveau plan prévoit soit un déploiement de la fibre optique d’ici cinq ans, soit, pour 23 000 foyers, une amélioration des débits de l’ADSL au plus tard pour 2018 avec le rapprochement des répartiteurs trop éloignés.