Pas facile de mener campagne pour les élections législatives dans des dizaines de communes, avec quelques semaines pour convaincre, lorsqu’on n’est pas investi par l’une des quelques grandes écuries de la politique nationale. Alors, ils mobilisent famille et amis, tractent et collent après leur travail lorsqu’ils ne sont ni étudiants ni retraités, et mettent leur vie privée entre parenthèses afin de mener la bataille, d’abord celle des idées, plutôt que celle du nombre de suffrages au jour du vote.

Ils souhaitent la fin de l’exploitation animale, la sortie des institutions supranationales, l’inversion des fermetures de services publics ou la prise en compte de la jeunesse. Ils sont jeunes, dans la fleur de l’âge ou des aînés. Ils travaillent à leur compte, sont salariés, étudiants ou retraités. Sans beaucoup de moyens à leur disposition, ils ont décidé de s’engager pour défendre leurs idées et tenter de les faire essaimer.

Presque tous sont bien investis par des organisations politiques, mais dont la taille très réduite aboutit bien souvent à réduire aux acquets les possibilités de soutien. Certaines procurent parfois une petite aide juridique, d’autres vont jusqu’à la fourniture intégrale du matériel de vote : affiches, professions de foi et bulletins. Mais, et là est toute la différence avec les partis de plus grande envergure, le nombre de militants reste de toute façon très limité pour ces candidats.

Pourquoi s’engagent-ils dans une campagne électorale ? « Ce n’était pas mon plan de vie de me présenter aux élections législatives, pour être très honnête ! », sourit Clément Moreux. A 22 ans, cet étudiant villennois qui porte les couleurs d’Allons enfants (AE) s’est dit « pourquoi pas » lorsque le parti auquel il adhérait depuis quelques mois, et qui veut « réimpliquer la jeunesse » à la politique, lui a proposé l’investiture.

« A mon âge, je pense qu’il faut être en cohérence avec ses idées, les mettre en action », indique Victoria Chakarian, 50 ans. Journaliste indépendante, elle est aussi conseillère municipale à Mézy-sur-Seine, et candidate pour le Parti ouvrier indépendant et démocratique (POID), dont la campagne est notamment axée sur la défense des services publics. Pour elle, « les législatives sont un terrain local […] où on a encore la possibilité d’agir et où on connaît son interlocuteur, c’est là que réside pour moi l’intérêt de la question politique. »

Une fois la décision prise, il faut pouvoir payer sa campagne, dont le coût pour ces « petits » candidats se situe à environ 2 000 euros pour les plus économes, et jusqu’à 7 000 euros pour les plus argentés. Une bonne partie de la dépense est obligatoire et consiste en l’impression de professions de foi, d’affiches pour les panneaux officiels, et de dizaines de milliers de bulletins de vote. Quant au remboursement des frais de campagne, la plupart n’y pensent même pas compte tenu du seuil de 5 % des suffrages, nécessaire pour l’obtenir.

Les banques ne se pressent pas pour leur ouvrir des comptes de campagne

Les établissements bancaires traîneraient-ils des pieds pour ouvrir des comptes de campagne, en particulier ceux de candidats de moindre envergure ? Plusieurs des candidats questionnés ci-contre nous ont en effet fait part de leurs difficultés à se faire ouvrir ces comptes pourtant obligatoires depuis 2006 afin d’éviter toute dérive. Ils décrivent soit des validations ayant nécessité plusieurs semaines, soit la nécessité de faire appel à la Banque de France pour faire obtempérer les banquiers.

« Il a fallu batailler ferme pour ouvrir le compte de campagne. Nous, ça nous a pris un mois et demi pour passer toutes les procédures et faire valider ça par le national, paraît-il », décrit ainsi Laurent Lanyi. Candidat MDP dans la 6ème circonscription et conseiller municipal carriérois, il s’était pourtant adressé à sa banque personnelle. « Le pôle qui gérait ça a eu quelques soucis avec les banques, ils ont dû faire appel à la Banque de France, note de son côté Clément Moreux, candidat pour Allons enfants dans la 6ème circonscription. Les banques privées ne souhaitent pas ouvrir de comptes de campagne pour les petits candidats. »

Déjà, en 2008, le sénateur non-inscrit de Moselle Jean-Louis Masson notait que «  les mandataires de certains petits candidats ont rencontré des difficultés pour ouvrir un compte bancaire » dans une question écrite au gouvernement. « Il n’y a aucune obligation légale pour les banques, lesquelles ne sont pas intéressées par l’ouverture de tels comptes, qui sont provisoires et pour des sommes modestes », exposait-il. Aujourd’hui, en cas de difficulté, il est possible de faire appel à la Banque de France, qui désigne alors un établissement bancaire ayant l’obligation d’ouvrir un compte de campagne.

« C’est vraiment un effort financier », rapporte ainsi Férid Hamdi, artisan à Nézel et candidat dans la 9ème circonscription du Parti du vote blanc (PVB), dont le premier objectif est « de faire reconnaître le vote blanc en tant que tel avec le dépôt d’une loi ». Il finance tout personnellement, et estime à 2 000 euros le coût du matériel de vote, « raisonnable parce qu’on fait appel à des imprimeurs pas trop chers et qu’on fait le plus simple possible, on n’a qu’une seule face sur la profession de foi ».

« Comme je ne suis pas le poulain d’un parti, tout est payé soit par moi, soit par ma suppléante, soit par les dons de particuliers », relate de son côté Christian Taillebois. Conseiller municipal à Andrésy, cadre supérieur dans une grande entreprise, il est membre du PCD mais se présente sans investiture de son parti dans la 7ème circonscription. Il a voulu être candidat pour ne pas « abandonner cette circonscription à l’UDI, au centre ».

Professionnellement, il ne leur est pas évident de concilier un travail avec les fortes exigences d’une campagne électorale. Certains ont la chance d’être retraités ou étudiants, mais pour les autres, point de salut hors des congés. Ces derniers ne sont cependant pas toujours possibles, et il faut alors faire campagne sur tous ses temps libres disponibles.

« A mon âge, je pense qu’il faut être en cohérence avec ses idées, les mettre en action »,
indique Victoria Chakarian. Journaliste indépendante, elle est candidate pour le Parti ouvrier indépendant et démocratique (POID), ici aux côtés de son suppléant, le conseiller municipal muriautin Jean Delarue.

Une campagne, ce sont en effet de nombreux rendez-vous en préfecture pour valider ses documents avec la commission de propagande, de collages d’affiches sur des dizaines de panneaux puis de vérifications régulières des panneaux déjà encollés… sans oublier les traditionnels tractages sur les marchés ou dans les boîtes aux lettres.

« Vous êtes mobilisés tous les week-ends ! J’ai déjà organisé tous les tractages les samedis et dimanches sur les marchés, je fais des cafés citoyens le soir en semaine, je vais coller des affiches le soir après le travail », décrit Isabelle Bègue. Clerc de notaire à Paris depuis 20 ans, cette Yvelinoise est candidate de l’UPR de François Asselineau, qui milite notamment pour une sortie de l’Otan et de l’Union européenne.

« Cette fois-ci, je suis un jeune retraité depuis huit mois », se félicite Jack Lefebvre. Candidat du POID, dans la huitième circonscription cette fois-ci, il a déjà participé à des législatives « il y a très longtemps ».
Lui plaint surtout sa suppléante : « Elle est infirmière à l’hôpital de Mantes, elle assume un travail avec des nuits de 12 h d’affilée à l’hôpital, c’est très pénible et dur. Le temps qu’elle peut passer à l’animation de la campagne est plus difficile. »

Pour nombre de ces candidats, en particulier ceux dont cette mobilisation électorale n’est pas la première, le plus dur est représenté par les nombreuses tâches administratives à accomplir. Avec la préfecture bien sûr, mais également, par exemple, pour ouvrir un compte en banque spécifique et obligatoire, une démarche qui ne va pas toujours de soi face à la réticence de certains établissements (voir encadré).

Les primo-candidats, eux, sont à l’inverse plutôt heureux de l’ensemble du processus à respecter, car il constitue une découverte et un apprentissage permanents de la démocratie de la Vème République. Sans oublier la campagne de terrain, souvent faite avec un noyau dur de militants, mais aussi les amis, plus ou moins nombreux, et parfois l’aide d’autres membres de la famille du candidat.

Le collage des affiches, étape obligatoire, souvent objet de toutes les avanies entre candidats, est parfois considéré comme peu gratifiant. Les rencontres sur les marchés et autres événements dirigés vers les électeurs semblent, eux, constituer des moments de bonheur pour ces passionnés de politique en général, ou d’une cause en particulier, à écouter leur satisfaction unanime.

« En faisant une campagne, on est amené à rencontrer des gens qu’on ne rencontrerait pas autrement, on va au-devant », détaille ainsi Isabelle Fournière. Travaillant pour l’Education nationale, elle est candidate dans la 12ème circonscription pour le Mouvement homme animaux nature (Mhan), fédéré avec d’autres organisations au sein de la Confédération pour l’homme, l’animal et la planète (Chap).

« Par le biais politique, on peut intéresser des gens qui sinon, ne feraient pas la démarche, ça ne les intéresse pas forcément initialement », apprécie cette militante associative. Aidée de sa fille comme suppléante, elle souhaite « changer le regard de la société sur l’animal » pour que « ces êtres sensibles soient pris en considération, et pas forcément en fonction des intérêts humains » dont elle veut qu’avec les animaux, « les intérêts économiques ne soient pas les seuls critères qui prévalent ».

Qui peut être candidat aux élections législatives ?

Pour être candidat ou suppléant aux élections législatives, il suffit d’être majeur, éligible et inscrit sur une liste électorale, et de ne pas être sous tutelle ou curatelle. Au rang des interdits de candidature figurent par ailleurs de nombreuses personnes exerçant des fonctions publiques de haut niveau, comme les ex-préfets dans la circonscription où ils ont exercé et ce pendant 3 ans, durée réduite à un an pour les sous-préfets, inspecteurs du travail, magistrats et juges de proximité, entre autres.

Ce caractère très ouvert des scrutins législatifs ne satisfait pas forcément tout le monde, à l’instar du président du Conseil départemental des Yvelines Pierre Bédier (LR). Il ne s’est en effet pas privé de faire remarquer l’inexpérience de certains prétendants, à l’assistance venue au meeting du maire mantais Michel Vialay (LR), candidat dans la 8ème circonscription, où 16 autres lui disputent le siège de député.

« La moralité publique, c’est de permettre des candidats qui ont la compétence », a-t-il suggéré en évoquant la loi de moralisation de la vie publique qui doit être prochainement présentée. Pourtant, « les députés, on ne leur demande rien, il n’ont pas besoin de diplôme », a-t-il noté en établissant un parallèle avec médecins et architectes : « Il faut qu’on leur demande de prouver leurs compétences… et qui a le plus les compétences que votre maire ? »