« Ça a commencé en septembre. C’était pas vraiment méchant mais des remarques du genre  » t’es nul, t’es bête ». » A onze ans, Killian* n’a pas peur de revenir sur le harcèlement qu’il a vécu lors de sa rentrée en sixième, dans son collège de secteur, qui accueille des enfants d’Andrésy, Maurecourt et Chanteloup-les-Vignes avec une dérogation. Et pendant sa rencontre avec La Gazette, il reste clair dans ses propos et formule même un souhait : « J’aimerais que mon histoire puisse servir à d’autres. »

Ces remarques blessantes, ces situations qui semblent laisser les parents démunis face aux instances éducatives et aux forces de l’ordre, de nombreux collégiens les vivent quotidiennement. Les victimes sont encore peu nombreuses à oser en parler d’elles-mêmes. Le manque d’écoute ou de considération peut rendre difficile la reconnaissance du harcèlement, aboutissant, parfois, à des situations extrêmes.

Dans son cas, le jeune Maurecourtois était scolarisé au collège Saint-Exupéry et a changé d’établissement au mois d’avril. « Jamais on n’a tenu compte de son harcèlement », se désole sa mère. Elle-même a mis du temps à se rendre compte de la situation, au mois de décembre : « Je me doutais qu’il y avait quelque chose. Il était devenu arrogant et agressif. » Un changement brutal pour le jeune garçon, considéré par sa famille comme « gentil et curieux ».

Des situations semblables à celle-ci, des familles venant des communes environnantes semblent les connaître également. Lors d’une réunion organisée par la Ville en novembre dernier, plusieurs mères de familles avaient également soulevé le problème. « J’ai failli déscolariser ma fille », avait témoigné l’une d’entre elles. « Des parents qui sont venus dans leurs bureaux, il y en a eu. C’est pour cela que je n’ai pas voulu mettre ma fille là-bas », confirme pour sa part Laurence Alavi, élue d’opposition dans le groupe Andrésy énergies renouvelées.

La mère de Killian s’est également tournée vers la plateforme nationale Non au harcèlement : « Ils ont une bonne écoute mais ne peuvent pas trop agir. »

« Pour eux il n’y avait pas de harcèlement, malgré une attestation du médecin. Ils lui répondaient qu’il était bien intégré puisqu’il était dans des clubs », pointe la mère de Killian de l’écoute de la communauté éducative, selon elle insuffisante. « Les parents espéraient beaucoup du nouveau principal », complète l’élue d’opposition.

Avant de poursuivre : « Quand un établissement veut virer un harceleur, ils doivent en reprendre un autre [élève]. Ils savent ce qu’ils perdent mais pas ce qu’ils gagnent. » Des actions devraient toutefois être menées prochainement au sein de l’établissement, en partenariat avec une cellule psychosociale créée au sein du commissariat de Conflans-Sainte-Honorine, composée d’un travailleur social et d’un policier. « Ils sont intervenus à Achères, je leur ai demandé d’intervenir à Saint-Exupéry », précise l’édile andrésien Hugues Ribault (LR). Toutefois, les responsabilités et le champ d’action de l’élu restent limités : « C’est purement l’Education nationale. […] On n’est pas forcément au courant, à moins que les parents nous en informent. » Il précise toutefois que le collège andrésien « a un principal sérieux ».

La famille de Killian décrit par ailleurs des difficultés à se faire entendre auprès des forces de l’ordre. Elle a déposé une main courante auprès du commissariat de Conflans-Sainte-Honorine, sans suite. Pourtant, « selon l’âge et les faits décrits, on essaie de faire un suivi ou d’orienter la famille », précise une source policière travaillant au commissariat. Les policiers peuvent toutefois intervenir : récemment, ils ont interpellé un jeune de 16 ans qui avait extorqué 200 euros à un autre élève dans ce même collège.

Contactée, l’inspection de l’Éducation nationale n’a pas souhaité commenter la situation « s’agissant d’un contexte particulier », mais plutôt évoquer son action au sein du département (voir encadré). Toutefois, « on a tendance à mettre le terme harcèlement à toutes les sauces », prévient Laurent Boireau, proviseur vie scolaire et conseiller technique de l’inspection académique.

Il précise du harcèlement scolaire : « Il s’agit d’une situation de micro-violence répétée devant des témoins, qui s’inscrit dans la durée. » Selon lui également, porter plainte peut « crisper la situation ». S’il comprend la réaction des parents dont l’enfant est victime, il prévient qu’ « une sanction sans accompagnement n’est pas plus bénéfique ». Il suggère de favoriser un travail « de prévention et d’éducation au vivre ensemble et à la tolérance ».

* Le prénom a été modifié.

Plus d’ « une centaine de cas » traités

Depuis septembre 2016, en plus de Laurent Boireau, deux référents travaillent sur le harcèlement auprès des partenaires locaux, établissements scolaires et forces de l’ordre. Il font également la promotion des outils mis à disposition des familles. « En un an nous avons traité plus d’une centaine de cas, analyse Laurent Boireau proviseur vie scolaire et conseiller technique de l’inspection académique. C’est un chiffre énorme mais il est plutôt stable. »

Une tendance qui le satisfait : « Nous faisons la promotion d’être attentifs à des signes faibles, comme le changement de comportement. Ce chiffre montre que cela est pris en compte, qu’il y a une meilleure détection. »

Des séminaires sont organisés régulièrement auprès des professionnels de l’éducation, « mais il serait intéressant de les ouvrir aux parents et à d’autres personnes », reconnaît Laurent Boireau.