La promesse de campagne a été appliquée en quelques semaines par le nouveau gouvernement. Mercredi 28 juin, le décret Blanquer, du nom du ministre de l’Education nationale, permet un retour à quatre jours de classe dans les écoles élémentaires et maternelles, après accord du directeur académique des services de l’Education nationale. En vallée de Seine, seule Poissy avait devancé le décret en annonçant son souhait de revenir à quatre jours dès le début du mois de juin.

« Le service éducation, les accueils de loisirs, le service des sports, les maisons de quartier ont tous été mobilisés et ont effectué un travail exceptionnel pour permettre d’organiser ce retour à la semaine de quatre jours dès la rentrée prochaine, félicite son maire Karl Olive (LR) dans un récent communiqué de presse. Notre unique objectif est le bien-être de l’enfant. Il est plus que temps de revenir à un modèle qui fonctionne et qui satisfasse tout le monde. »

La semaine de quatre jours hebdomadaires de cours dans les écoles avait été instaurée en 2008 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, avec la suppression du samedi matin. Sous François Hollande, le ministère de l’Education était revenu à des semaines de quatre jours et demi, souvent le mercredi matin. En vallée de Seine, les évocations de ces quelques heures de cours des mercredis soulèvent plus de critiques que de louanges, chez les parents comme chez les enseignants.

La consultation effectuée ces dernières semaines par la mairie d’Achères semble ainsi laisser peu de place au doute : « Les conseils d’école ont été consultés. Ils ont dans leur très grande majorité demandé le retour à quatre jours. La grande majorité des directions d’école est également favorable à ce retour. Les représentants des parents d’élèves, ainsi que les parents d’élèves, sont majoritairement favorables à la semaine de quatre jours. »

« Il est plus que temps de revenir à un modèle qui fonctionne et qui satisfasse tout le monde », indique le maire de Poissy Karl Olive (LR) du retour à quatre jours dès cette rentrée.

Depuis quinze jours et la publication du décret, les communes ayant émis la demande de repasser à des semaines de quatre jours pour leurs écoliers sont donc de plus en plus nombreuses. Elles seraient près de 90 dans les Yvelines, voici celles que La Gazette a recensées jusqu’à présent dans sa zone de couverture et de distribution : Poissy, Carrières-sous-Poissy, Mantes-la-Ville, Epône, Mézières-sur-Seine, Issou, Meulan-en-Yvelines, Aubergenville, Achères et Verneuil-sur-Seine.

Dans cette dernière commune, le maire Philippe Tautou (LR) s’est déclaré « hostile à la réforme des rythmes scolaires qui complique la vie des enfants et de leurs familles et génère un coût important pour les finances communales ». Alors, le conseil municipal a fait le choix des quatre jours, « lui permettant de faire une pause le mercredi pour se reposer, à la maison ou au sein des structures municipales ».

D’autres villes, comme Mantes-la-Jolie, Limay, Conflans-Sainte-Honorine, Gargenville ou Rosny-sur-Seine, envisagent un retour à quatre jours pour la rentrée 2018, après consultation des parents et des professeurs. « J’ai décidé de ne rien faire à la rentrée prochaine afin de ne pas prendre les familles au dépourvu », indiquait ainsi à son conseil municipal le maire mantais Michel Vialay (LR) en mai dernier, peu après l’élection d’Emmanuel Macron. Et les quelques manifestations de parents d’élèves menées depuis devant l’hôtel de ville ne semblent pas avoir modifié sa position.

« Les représentants des parents d’élèves, ainsi que les parents d’élèves, sont majoritairement favorables à la semaine de quatre jours », note de sa consultation la mairie d’Achères.

« J’ai dit aux directrices d’école qu’il était urgent d’attendre », précisait de son côté le maire de Gargenville, Jean Lemaire (UDI), à quelques mamans curieuses venues se renseigner à un « café du maire » du samedi matin. Face à lui, les mères sont claires : « Ces deux heures du mercredi matin, c’est une catastrophe, ça désorganise tout pour moi », note l’une. « Les quatre jours et demi ne sont pas du tout adaptés à des quatre à neuf ans, moi, mes petits, toute l’année, ils ont pédalé dans la choucroute », poursuit une autre.

« On fera une table ronde en octobre ou novembre, et on discutera pour voir la tendance à Gargenville : si la tendance est de dire  »on revient à la semaine de quatre jours », on l’appliquera, dans l’idéal, au 1er septembre 2018 », leur explique l’édile gargenvillois. La position est similaire chez les élus rosnéens, prudents face aux conséquences plus ou moins attendues d’un nouveau changement d’habitudes.

« Fatigue des enfants, conditions d’apprentissage, coût du périscolaire (avec en ligne de mire un probable désengagement financier de l’Etat sur le sujet), réorganisation des emplois du temps des parents qui avaient dû s’adapter aux nouveaux rythmes quatre ans plus tôt, changement des créneaux des activités sportives et de loisirs proposés par nos associations, énumère le maire Michel Guillamaud (SE). Ce projet a des conséquences qu’on ne peut prendre à la légère. »

Enfin, du côté des communes ayant choisi de ne rien changer, l’on trouve notamment Les Mureaux, dont le maire serait même favorable à des semaines de cinq jours complets. « Le système éducatif devrait être réparti correctement sur cinq jours, les semaines de cours devraient être rallongées et laisser plus de place aux activités permettant de développer l’ouverture d’esprit », a ainsi analysé devant nos confrères du Parisien François Garay (DVG), évoquant les pays nordiques et leurs périodes de vacances réduites.

Des classes à 12 à la rentrée pour trois communes

Mantes-la-Jolie, Les Mureaux, Poissy : dans ces trois villes, des écoles sont rattachées à des collèges situés en Réseau éducation prioritaire renforcé (Rep +). Les enfants qui y étudient devraient, dès la prochaine rentrée scolaire, être dans des classes où ils ne seront pas plus de 12. La mesure, ex-promesse du candidat Macron, semble finalement être sur la bonne voie malgré des problèmes logistiques pour les municipalités concernées.

« Nous n’aurons pas de travaux à effectuer », a ainsi indiqué au Parisien le maire de Poissy, Karl Olive (LR). « En France, si l’on ne précipite pas les choses, il peut se passer un certain temps avant que ce soit réalisé », nuançait de la rapidité demandée aux municipalités François Garay, le maire des Mureaux, dans le quotidien francilien.

« Ce n’est pas facile, mais on s’en sort », a précisé au Parisien Hayet Morillon (Modem), adjointe aux affaires scolaires à Mantes-la-Jolie, des aménagements dans les 13 écoles concernées par la mesure. Comme annoncé par le nouveau ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer (LREM), dans certaines classes, les élèves resteront 24, mais avec deux professeurs.

Second degré : les enseignants veulent plus de moyens

« Ça fait plusieurs années qu’il y a une augmentation démographique et les moyens ne vont pas avec », regrette Delphine Romagny, secrétaire départemental du Snes-FSU.

Une trentaine de professeurs et parents d’élèves se sont rassemblés devant la direction académique des Yvelines, à Guyancourt le 5 Juillet. Ils répondaient à l’appel de la section yvelinoise du Syndicat national des enseignements de second degré (Snes-FSU) « afin de protester contre la manière dont la DSDEN (Direction des services départementaux de l’éducation nationale, Ndlr) procède actuellement à des ajustements de dotation dans les établissement des Yvelines », précise le syndicat.

Delphine Romagny, secrétaire départementale du Snes-FSU, explique que lorsque la direction académique a fait la première répartition des dotations horaires par établissement en février, elle l’a fait « de manière généreuses car juste avant les [élections] présidentielles », et n’a pas gardé « assez de réserve » d’heures. Et pour faire face à des besoins qui sont apparus « au mois de juin », la direction académique « est obligée de prendre des heures à des établissements pour les donner à d’autres ».

D’après Yannick Leroy, trésorier du Snes-FSU 78, les conséquence seront multiples : « des projets évoqués, voire bien avancés qu’il faut reconsidérer » et « des effectifs qui vont augmenter par classe ». Delphine Romagny complète que « Ça fait plusieurs années qu’il y a une augmentation démographique et les moyens ne vont pas avec ».