C’est l’une des premières églises de France érigées en béton, et la première dont les statues ont été sculptées en prise directe lors du séchage de ce matériau alors nouveau. Erigée pendant l’hiver 1928 – 1929, l’église Sainte-Thérèse-de-l’enfant-Jésus d’Elisabethville, inscrite à l’inventaire des Monuments historiques depuis 1977, se dégrade de manière de plus en plus prononcée. La mairie d’Aubergenville souhaite la restaurer, et a récemment lancé un diagnostic approfondi du béton.

Des ferraillages rouillés sont aujourd’hui visibles en de nombreux endroits, suite à l’éclatement du béton armé. « Ca n’existait pas il y a quelques années, même sur les sculptures, ça s’effrite », constate de ces stigmates Catherine Chauvelier, la présidente de l’Amicale aubergenvilloise de généalogie et d’histoire, association à l’origine d’un recueil sur le monument publié en 1997. L’état actuel de l’église serait proche de celui qui était le sien avant sa restauration de 1986.

Des ferraillages rouillés sont aujourd’hui visibles en de nombreux endroits.

Un programme de grande ampleur a été établi dans un rapport remis en 2016 par Hisif, une société de conseil en patrimoine. Principaux chantiers : la remise en état de la structure et des sculptures en béton de l’église déconsacrée, mais aussi des fresques, et les vitraux de Marguerite Huré. Des réfections doivent aussi concerner l’électricité, le chauffage, l’acoustique (pour réduire un écho de plusieurs secondes, Ndlr), la sécurité et le grand portail d’entrée en fer forgé.

L’édifice, construit dans un béton nettement moins coûteux que la pierre de taille, est indissociable de l’ex-lotissement devenu quartier d’Elisabethville. L’histoire de ce dernier est proche de celle de la Plage de Villennes, tous deux destinés à accueillir les Parisiens en villégiature. « C’était vraiment comme Deauville ici, rappelle Catherine Chauvelier. Ca s’est vite gâté [après-guerre], car il était facile d’aller en Normandie. »

L’église représentait en 1929 « une prouesse technique ».

L’église, construite à la demande des résidents, qui organisèrent souscriptions et loteries, et de l’abbé Mancel, curé d’Aubergenville, représentait en 1929 « une prouesse technique ». De juillet 1927 à mars 1928, l’architecte Paul Tournon construit la nef de 20 m de haut et sa flèche de 45 m. Pendant l’hiver, le sculpteur Carlo Sarrabezolles s’affaire avec le béton frais chaque nuit : « La façade est la sculpture, elle n’a pas été rajoutée », précise la présidente de l’association aubergenvilloise.

« C’est un facteur du patrimoine très important pour Aubergenville », indique de la restauration souhaitée Sophie Primas, la maire LR d’Aubergenville, elle-même originaire du quartier. Tout en prévenant : « Ca va coûter très cher, les premières estimations qu’on a sont entre 1,3 et 1,7 million d’euros… mais elles dépendent beaucoup du diagnostic sur la qualité du béton. »

Elisabethville : histoire d’un quartier et de son église

Le terrain sur lequel est construit l’édifice religieux a été donné à l’évêché en 1927.

1878 Achat du domaine de la Garenne par Paul Bertin, agent de change parisien, qui érige dans les années suivantes le château de la Garenne. Il sera maire d’Aubergenville de 1884 à 1908.

1921 Achat aux enfants Bertin du domaine de 393 ha par le financier Edmond Ramoisy, au nom de la société SAG. Il avait fondé la mutuelle Belgique prévoyante en 1904, puis la Prévoyance mutuelle française en 1918.

1922 Création d’un golf de 18 trous et d’un hôtel à l’emplacement du château.

1923 Construction des premières villas.

1927 Première saison de la station balnéaire sous le nom d’Elisabethville-sur-Seine, dont 150 villas sont désormais habitées. Lancement du chantier de l’église après le don du terrain à l’évêché de Versailles.

1928 Inauguration de l’église, composée de 500 m3 de béton. Elle est dédiée à Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus, dont elle prend le nom, et à l’amitié franco-belge, évoquée sur sa façade. Début de l’âge d’or du lotissement.

1929 Le quartier prend officiellement le nom d’Elisabethville, en hommage à la reine Elisabeth de Belgique.

L’église est dédiée à Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus, et à l’amitié franco-belge évoquée sur sa façade (photo).

1936 Chute d’Edmond Ramoisy, inculpé dans le cadre d’un scandale financier touchant ses mutuelles.

1937 Création à Elisabethville d’une piscine pour accompagner la plage artificielle.

1945 En déshérence pendant la seconde guerre mondiale. Pendant quelques années, la SAG tente de relancer le domaine sans succès, et finit par être placée en liquidation, une association prenant le relais. Deux tiers du quartier finiront rattachés à Aubergenville, le tiers Sud-Ouest l’étant à Epône.

1946 Renault achète à la SAG des terrains d’Elisabethville en friche, jamais lotis, et des terres agricoles voisines. Le château est vendu à la Sécurité sociale pour réaliser un centre de convalescence, finalement jamais construit.

1952 Inauguration de l’usine Renault de Flins – Aubergenville. Construction par Renault d’une cité ouvrière de 155 logements au Nord-Est d’Elisabethville, à côté de l’église. Le constructeur automobile rachète le château pour un franc symbolique, et finance la construction de nombreuses infrastructures. Le quartier compte environ 900 habitants (4 000 en 2017, Ndlr).

1955 Démolition du château de la Garenne, Renault renonçant aux travaux prévus pour des motifs financiers.

En 1986, les vitraux sont restaurés et complétés, et le béton comme ses ferraillages sont repris.

1977 Inscription de l’église à l’inventaire des Monuments historiques.

1983 La commune devient propriétaire de l’église, alors en mauvais état, vendue par l’évêché un franc symbolique. Aux messes s’ajoute la tenue dans l’édifice d’événements culturels.

1986 Lancement d’un chantier de restauration de 4,2 millions de francs. Les vitraux sont restaurés et complétés, et le béton comme ses ferraillages sont repris.

1997 L’église est désaffectée par l’Eglise catholique.

1999 L’église, sans orgue depuis son inauguration, accueille l’instrument de l’école municipale de musique.

Mise à jour, 5 septembre 2017 : La présidente de l’Amicale aubergenvilloise de généalogie et d’histoire se prénomme Catherine, et non Martine comme il était indiqué précédemment de manière erronée.