« Je ne veux pas donner de faux espoirs, le Cac Georges Brassens, c’est fini. » Respecté pour sa venue, l’adjoint mantais à la culture, Philippe Allio (LR), n’en est pas moins ressorti en portant toute la colère des plus de 350 personnes venues jeudi soir à la réunion publique du Centre d’action culturelle Georges Brassens. Qui a parfois pris un petit air de conseil municipal, plusieurs conseillers municipaux d’opposition ayant fait le déplacement.

Les responsables de l’association éponyme née en 1951, dont la suppression de la subvention annuelle de 330 000 euros par la mairie va causer la liquidation au 31 décembre, ont même dû calmer eux-mêmes un public chauffé à blanc et pas toujours enclin à écouter les arguments de l’adjoint. Seule certitude : le projet de la mairie pour le bâtiment sera dévoilé dans quelques jours (voir encadré).

« C’est un projet issu de l’éducation populaire, qui a vocation à apporter la culture par la pratique », résumait en préambule la directrice Claire Guérin. Florissant dans les années 2000, le Cac avait dû réduire la voilure depuis, et a connu plusieurs années de déficit : « On a fait notre boulot, on a été en galère et on est remonté à zéro », plaide un membre du bureau d’une année 2017 qui devait être en équilibre.

« On s’est basés sur les chiffres des cinq dernières années et pas des cinq prochaines. […] Depuis 2012, la gestion n’est pas bonne », répond sans détour Philippe Allio. Dans un public nombreux et de tout âge, plusieurs usagers se manifestent avec émotion. « Ma fille va au Cac faire du théâtre, mon père va au Cac, plaide ainsi l’un d’eux. Le Cac pour moi est un lieu de vie, je ne suis pas musicien ! »

Plusieurs des 10 salariés, sans travail au 31 décembre, interpellent également l’adjoint à la culture : « La mairie ne paiera pas les indemnités de licenciement » dues par l’association, prévient-il. Au trésorier Stéphane Bernard (aussi représentant EELV du Mantois, Ndlr), qui rappelle qu’en cas de reprise d’activité, il y a transfert des contrats, Philippe Allio réplique : « Le dispositif juridique qu’on a mis en place fait qu’il n’y aura pas de transfert d’activité. »

Plusieurs des 10 salariés, sans travail au 31 décembre, interpellent également l’adjoint à la culture : « La mairie ne paiera pas les indemnités de licenciement » dûes par l’association, prévient-il.

Tout en abordant les nombreuses questions pratiques liées à la liquidation de l’association, les échanges ont aussi porté sur les salles de musique actuelle. « Vous voyez bien que dans tout le département, les structures qui accueillent la musique actuelle ferment, a ainsi fait noter l’adjoint. Pour 330 000 euros, il faut aussi que vis-à-vis de nos électeurs et des administrés, on puisse justifier une telle dépense. »

Face à lui, le conseiller d’opposition municipale PCF, Marc Jammet, accuse : « Vous avez décidé de remplacer une association qui ne vous plaisait pas par une autre association, arrêtons de faire des petits coups en douce qui déshonorent la démocratie. » Philippe Allio réplique : « Vous savez très bien qu’une partie des associations qu’on subventionne n’est pas de notre bord politique, rappelle-t-il. C’est une décision politique dans le sens où les politiques la prennent, mais elle n’est pas teintée politiquement. »

Un peu plus tôt, le directeur du Centre de ressources yvelinois pour la musique (Cry), Thierry Duval, pointait « une tendance lourde » suivie selon lui par la mairie mantaise : « Il y a une remise en cause du mouvement associatif, avec des collectivités publiques qui se posent en donneurs d’ordres. »

Que confirme le représentant des élus : « On est assez regardant sur les contenus produits quand on met 330 000 euros, assume Philippe Allio, avant de se faire encore plus clair : « On n’est pas indépendant quand on est une structure subventionnée à cette hauteur-là. » Aux tenants de la démocratie participative, du référendum et de la consultation citoyenne, il lance : « La démocratie représentative, ce sont des gens qui sont élus pour prendre des décisions. »

Au rang des reproches municipaux à l’association, figurait aussi, au-delà des questions financières, le fait « de ne pas assez rayonner », rapporte son président, Jean-Marc Chanu. « On est là, on rayonne », lance le public sur le ton du défi. « Oui, on est 200, 300, on rayonne, mais il y a combien de personnes dans l’agglo (la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, Ndlr) ? 405 000. Ce n’est pas assez », conclut-il comme une douche froide.

Alors, dans une salle comble de musiciens, citoyens, représentants politiques et associatifs, une idée se fait jour à plusieurs reprises. « En tant que citoyen, je me dis qu’il faut faire de la politique et prendre leur place plutôt que de se soumettre et de leur demander de l’argent », propose le directeur du Cry. « Je vous invite à ne pas en vouloir à Monsieur Allio, mais à utiliser votre carte d’électeur », suggère à son tour un Jean-Marc Chanu qui a loué « le courage » de l’adjoint venu ce soir-là.

La mairie dévoile bientôt son projet « Espace Brassens »

Il était fort marri, jeudi soir,l’adjoint à la culture Philippe Allio (LR), face aux très nombreuses questions sur la suite au 1er janvier 2018. En effet, la municipalité est en train de conclure avec un organisme une convention de gestion pour un futur « Espace Georges Brassens », mais la signature ne doit se faire que dans une dizaine de jours. Seules certitudes : un budget de 330 000 euros sera toujours affecté à la gestion du bâtiment, qui doit conserver ses destinations associative et musicale.

« On a indiqué dans le cahier des charges qu’on souhaite conserver les répétitions », a précisé l’adjoint Philippe Allio (LR) jeudi soir. Il a donné quelques indices sur la musique : « Il y a l’argument d’une cible trop étroite des musiques actuelles, l’idée est d’élargir, avec une activité musiques actuelles, mais parmi d’autres activités. » Selon le maire Michel Vialay (LR), interrogé lundi sur le sujet, il est probable que les réservations de salles aux associations passent « en régie ».