C’est un service emblématique de l’hôpital de Mantes-la-Jolie depuis le combat perdu d’usagers, d’élus et de médecins contre la fermeture des urgences et de la chirurgie cardiaque en 2010. Depuis plusieurs années, la cardiologie connaît plus de bas que de hauts au centre hospitalier François Quesnay. En ce moment, la situation semble particulièrement compliquée, la faute à un manque de médecins et à des difficultés de recrutement.

Pourtant, l’année 2017 s’annonçait plutôt bien. Le budget hospitalier était ainsi quasiment à l’équilibre en 2016, et quelques spécialités en forme ou pouvant espérer l’être. Au rang des satisfactions pour la direction et les élus du conseil de surveillance figurent le dynamisme des services d’ophtalmologie et de pédiatrie.

Quant à la maternité, juste rénovée, elle remplirait ses objectifs ces derniers mois. Elle a d’ailleurs accueilli 250 visiteurs à ses portes ouvertes samedi dernier, ce qui devrait rassurer des syndicats inquiétés par les baisses des naissances ces dernières années.

Mais en cardiologie, où, ces dernières années, les délais d’attente se comptaient plutôt en mois qu’en semaines, les patients et leurs proches s’inquiètent encore plus qu’à l’habitude. Vendredi, le comité Coeur hôpital de Mantes, qui avait mené le combat contre la fermeture de la chirurgie cardiaque, a en effet envoyé un courrier à la direction de l’hôpital pour exprimer ses craintes.

« Actuellement, des patients nous alertent sur les difficultés rencontrées pour obtenir un rendez-vous de consultations, indique le comité dans sa lettre. Ainsi, en cardiologie, le délai avoisine six mois, les proches des hospitalisés ont d’énormes difficultés à obtenir des renseignements sur l’état de santé de leur famille. Il semblerait que ce service soit en désuétude de plus en plus criante. »

« Actuellement, des patients nous alertent sur les difficultés rencontrées pour obtenir un rendez-vous de consultations », s’inquiète le comité Coeur hôpital de Mantes dans une lettre à la direction.

Jean* est justement un proche de malade. Cet été, ce septuagénaire a constaté personnellement l’état du service, qu’il juge alarmant. « Il y a des difficultés à avoir des contacts avec les cardiologues du service, à avoir un entretien ou de poser des questions pour voir quel traitement on souhaite faire, analyse-t-il. Ils naviguent à vue […] il y a un manque de personnel et ça se ressent. » Interrogée, la CGT confirme les difficultés actuelles de la cardiologie. « Tout le monde sait qu’il y a une pénurie de spécialistes », indique Catherine Martinez-Mokrani, la secrétaire de la CGT de l’hôpital.

Présidente du conseil de surveillance, la conseillère départementale Cécile Dumoulin (LR) reconnaît l’actuel allongement des délais : « Quand on a deux praticiens hospitaliers qui devaient être là et ne le sont pas, même s’il y a des internes, c’est compliqué, explique-t-elle. On joue de malchance, un départ était prévu pour un des médecins pour une formation, et nous avons eu un départ lié à un projet personnel. »

Alors, « il a fallu avoir recours à de l’intérim médical », poursuit Cécile Dumoulin. Un recrutement prévu en septembre ne s’est pas fait « parce que la personne pressentie ne présentait pas les qualités requises ». Aujourd’hui, l’espoir est constitué par l’embauche d’un autre médecin pour l’instant prévu pour une arrivée en novembre : « Un service de cardiologie, même s’il y a le matériel et les infirmières, sans médecins, c’est difficile à faire tourner. »

La direction, elle, préfère mettre l’accent sur les services qui fonctionnent. « On poursuit des rencontres avec les services qui ont peut-être rencontré des difficultés d’organisation médicale après des difficultés de recrutement, reconnaît néanmoins la directrice Valérie Gaillard. De nombreux services, et pas qu’à l’hôpital de Mantes, sont concernés par des difficultés très importantes de recrutement médical. »

* Le prénom utilisé a été modifié à la demande du témoin.

Le budget à nouveau en déficit cette année ?

Contrairement à l’année 2016 où le budget, pour la première fois depuis plusieurs années, était quasiment à l’équilibre, les premières estimations pour 2017 communiquées aux organisations syndicales font état d’un nouveau déficit prévu à ce stade. Alors, les agents, ou du moins leurs représentants syndicaux, ne cachent pas leurs inquiétudes, eux qui ont déjà appelé à manifester ce mardi 10 octobre (après l’impression de cette édition, Ndlr) pour demander de meilleurs moyens.

« En septembre, ils nous ont parlé d’une possibilité d’un déficit de trois millions d’euros », lâche ainsi Catherine Martinez-Mokrani, secrétaire de la CGT. « L’activité ne décolle pas, analyse Bernard Landais, secrétaire de FO. Avec la tarification à l’acte (rémunération des hôpitaux mise ne place en 2007, Ndlr), plus on fait d’actes, plus on a des sous, mais comme on n’a pas une augmentation suffisante… »

La direction ne souhaite pas commenter ces estimations préliminaires. « Le profil d’activité continue à évoluer en raison d’un virage ambulatoire de plus en plus important (le patient est hospitalisé moins longtemps, produisant moins d’actes, Ndlr), analyse la directrice Valérie Gaillard. Des actions sont suivies aussi bien sur les recettes que les dépenses pour arriver à une situation finale de l’établissement qui sera effectivement défradée, mais dont on espère qu’elle soit maîtrisée. »

Les syndicats, eux, craignent de nouveaux efforts demandés en 2018. Ces dernières années ont en effet déjà été marquées par un plan de retour à l’équilibre composé de réorganisations multiples, de réductions de postes et d’investissements remis à plus tard. Alors, ils se demandent comment sera-t-il possible de sabrer encore dans les dépenses.

« On est dans une nouvelle ère où il faut être efficient et rentable à n’importe quel prix, et de par ce fait, on fait courir des risques aux patients », déplore la CGT. « Demandez-vous pourquoi il y a des pathologies qui avaient disparu et qui reviennent à l’hôpital, comme les escarres (qui peuvent résulter de soins insuffisants, Ndlr) », fait simplement remarquer le secrétaire de FO.