Il en a informé le sous-préfet vendredi dernier, nombre d’élus de la vallée de Seine lors d’une réunion tenue lundi, et doit officiellement l’annoncer à son opposition municipale ce mardi soir. Le maire d’Orgeval, Yannick Tasset (LR), démissionnera de l’hôtel de ville et de la communauté urbaine le 31 décembre. Cette retraite élective, mais aussi professionnelle puisqu’il part également de son cabinet médical pisciacais, est une retraite forcée, pour raisons de santé.

Depuis plusieurs semaines, il prépare son départ, qu’il avait déjà révélé à sa majorité municipale ainsi qu’à des fonctionnaires de mairie.. mais les choses se sont accélérées il y a une dizaine de jours. Son plus farouche opposant, Daniel Louvet, a diffusé un tract dénonçant la confirmation en Cour de cassation d’une condamnation pour complicité de prise illégale d’intérêts (voir encadré).

Les rumeurs liant la seconde à la première allant bon train dans la petite ville de 6 000 habitants, Yannick Tasset, maire depuis 2001, a voulu y couper court. « Mes médecins m’ont dit de me mettre au vert, résume l’homme de 69 ans d’une retraite qu’il envisage près de Nantes, auprès de ses trois enfants et bientôt cinq petits-enfants. Ce n’est pas une décision facile à prendre, Orgeval est mon bébé. »

« Mes médecins m’ont dit de me mettre au vert », résume l’homme de 69 ans d’une retraite qu’il envisage près de Nantes, auprès de ses trois enfants et bientôt cinq petits-enfants.

La coupure à venir, nette, lui laisse cependant le temps de « boucler » le projet de construction de deux salles, l’une sportive, l’autre culturelle, près de la maternelle Jean de la Fontaine. Arrivé à Orgeval il y a 37 ans, « tombé amoureux », devenu conseiller municipal en 1995, il la quittera plutôt satisfait. « J’ai la prétention de penser que le village est quand même beaucoup plus beau qu’il y a 16 ans », estime l’édile qui décrit son action comme « tournée sur l’amélioration des services ».

L’élection de son successeur par le conseil municipal devrait intervenir début 2018. « Naturellement, le premier adjoint (Jean-Pierre Juillet, Ndlr) est le candidat officiel à ma succession, indique Yannick Tasset. Je reste dans une attitude de neutralité même si j’ai mes opinions, je crois les conseillers municipaux suffisamment adultes pour prendre leur décision et faire ce qui est bon pour la commune. »

Condamné en appel, Yannick Tasset « arrête tout procédure »

Il y a une dizaine de jours, le conseiller municipal d’opposition Daniel Louvet, de la liste Orgevalpour tous, a diffusé dans la commune un tract intitulé « Monsieur Tasset définitivement reconnu coupable de prise illégale d’intérêt ». Le document fait référence à des faits valant à ce jour au maire Yannick Tasset une condamnation à 8 000 euros d’amende et un mois de prison avec sursis. Il annonce qu’il ne poursuivra aucune procédure supplémentaire.

En 2009, le projet de modification du Plan local d’urbanisme (PLU) rend constructible une bande de terre agricole appartenant à l’épouse de l’ex-adjoint Guy Douniès, aujourd’hui conseiller municipal délégué à la voirie. Cette année-là, des travaux, évoqués depuis 2000, créent un rond-point et des places de stationnement à cet endroit. Pendant le chantier, Guy Douniès fait ajouter des fourreaux vers la parcelle de son épouse.

Daniel Louvet et une autre conseillère d’opposition dénoncent ces faits à la gendarmerie. Plusieurs procès s’ensuivent, Yannick Tasset conteste ses condamnations, la constructibilité de la parcelle incriminée disparaît en 2011 du PLU. En 2016, la Cour de cassation renvoie à la Cour d’appel, qui, en mai dernier, réduit la première condamnation en appel de 20 000 euros à 8 000 euros d’amende et dédouane le maire de deux des trois chefs d’accusation.

L’adjoint de l’époque avait été condamné mais dispensé de peine compte tenu de « la quasi-inexistence du préjudice » selon les juges. « Monsieur Tasset partageait avec Monsieur Dounies une proximité politique caractérisée par le ralliement de celui-ci à la sa majorité et lui a donné des attribuations en matière d’urbanisme », analyse dans son tract Daniel Louvet.

« Monsieur Louvet est devenu mon ennemi intime depuis dix ans, et le moment où je l’ai viré pour déloyauté vis-à-vis du maire, balaie Yannick Tasset du tract de son opposant (et ex-adjoint, Ndlr). J’essaie d’oublier tout cet épisode rocambolesque. » Alors qu’il avait jusque-là été au bout de toutes les procédures dans cette affaire, il ne contestera pas la dernière décision de justice : « Le principe, c’est d’arrêter tout ce qui peut me stresser, les gens pensent ce qu’ils veulent […] Je tourne la page. »