Prolongement d’Alerte agri, dispositif créé en 2014, une convention « proximité et contact » a été signée mercredi 8 octobre à la Chambre interdépartementale d’agriculture en présence du préfet Serge Morvan et du commandant du groupement de gendarmerie départemental Loïc Barras. « Une meilleure connaissance mutuelle » et une dissuasion « contre la délinquance » sont attendues, dans un département où la ville n’est pas sans conséquences sur le travail des agriculteurs.

Entourés de zones urbanisées, certains exploitants déplorent ainsi de plus en plus d’incivilités et de nuisances liées à cette proximité. « On a des problèmes d’agressions avec les gens qui font des rodéos à moto ou en quad dans les champs. Certains ont déjà reçu des coups de casque », s’exaspère Philippe Maurice, président de l’Union de Mantes de la FDSEA.

« Les exploitations agricoles représentent 40 % de la surface du département, souligne le préfet Serge Morvan. Leur sécurité est une condition à leur évolution ». Dans l’ensemble des Yvelines, vols de fiouls et de câbles électriques restent les faits les plus récurrents. « On ne peut plus laisser les engins dans les champs sans risquer d’avoir le réservoir percé», déplore Philippe Maurice.

Le dispositif prévu par la convention inclut un exploitant référent dans chaque commune. « On a un volume faible de vols déclarés, mais les préjudices sont importants », détaille le commandant Loïc Barras. En effet, « tout n’est pas signalé », précise-t-il en encourageant les agriculteurs à porter plainte systématiquement.

Mais à proximité des villes, les incivilités et la délinquance ne sont pas forcément celles que l’on croit. « Des gens qui vont être à cheval dans un champ de blé, qui vont prendre trois salades par-ci par-là alors que les champs sont des propriétés privées, les gens qui viennent voler les autoradios dans les tracteurs, décrit ainsi Christophe Hillairet, le président de la chambre d’agriculture francilienne. Sauf que l’autoradio, c’est 100 euros, et la vitre, 2 000 euros. »

En 2017, 20 enquêtes ont été ouvertes à la suite d’une plainte, contre 25 en 2016.

Dans le Mantois, Philippe Maurice constate également un autre phénomène, nouveau mais de plus en plus fréquent, en particulier en vallée de Seine, très urbanisée. « On a de plus en plus de dépôts sauvages. Les gens viennent entre midi et 14 h pour déposer des sacs, des déchets… c’est pénible », s’afflige le céréalier de Oinville-sur-Moncient.

« On espère que cette convention va se traduire par des effets réels », souhaite donc Christophe Hillairet, tout en insistant sur la nécessité pour les jeunes gendarmes « de connaître le territoire ». Une nécessité que reconnaît Loïc Barras de recrues méconnaissant parfois le monde rural et agricole : « Environ 25 % des effectifs sont présents depuis moins de deux ans. On a besoin d’une vraie confiance. »

Pour pallier le problème, « un commandant de brigade pourra par exemple envoyer une nouvelle recrue en charge chez l’agriculteur référent de sa circonscription », poursuit le commandant. En 2017, 20 enquêtes ont été ouvertes à la suite d’une plainte, contre 25 en 2016. « Plus on a une occurrence élevée, plus on remonte les pistes », insiste Loïc Barras.

« Dés que l’on voit quelque chose, on prévient les gendarmes et on dit à nos agriculteurs de systématiquement composer le 17 » commente pour sa part Philippe Maurice. Lui qui a adhéré au dispositif d’Alerte agri 78 en 2014, se dit « plutôt confiant », et conclut : « Je pense que ça peut améliorer la situation. Mais il faut vraiment travailler sur le comportement des gens, qui sont individualistes. »

Les pigeons aussi sèment le trouble dans les champs

« J’ai semé du blé derrière les maïs, il y avait 300 à 400 pigeons de ville. » Le problème, évoqué il y a quelques jours par le céréalier buchelois Alain Defresne, est peu connu, mais bien présent pour les agriculteurs dont les exploitations jouxtent des villes, à l’instar de Buchelay.

Contrairement aux autres espèces d’oiseaux, par ailleurs régulés par la chasse, les pigeons ne se laissent pas effaroucher, décrit l’agriculteur : « Ils n’ont pas peur des gens, pas peur des pétards, donc les canons [à bruit] et les détonations… ils s’envolent puis se reposent. »