Chose promise, chose due. Le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise s’y était engagé auprès du député-maire de Mantes-la-Jolie avant l’été : un débat sur la carrière calcaire de Brueil-en-Vexin a été organisé jeudi au conseil communautaire, devant plus de 100 personnes, loin de la douzaine de citoyens qui assistent d’habitude au conseil. Les positions ont peu évolué ces derniers mois, entre défense de l’emploi industriel et exhortations à la transition écologique.

D’un côté, le cimentier Calcia, filiale d’Italcementi, lui-même filiale de l’Allemand Heidelberg, soutenu par l’Etat et certains élus locaux parmi lesquels figurent les plus puissants des Yvelines, Pierre Bédier (LR) en tête. Pour la multinationale dont le siège français se trouve à Guerville et la cimenterie à Gargenville, l’équation est simple : sans calcaire pour alimenter son usine ouverte en 1921, qui emploie près de 100 personnes, impossible de continuer la production.

De l’autre, quelques centaines de riverains du projet brueillois membres d’une association, l’AVL3C – Vexin zone 109, mais aussi 47 maires de la vallée de Seine ayant signé une motion de refus au printemps. Eux dénoncent les pollutions de l’air et de l’eau engendrées par la cimenterie comme par l’exploitation de la carrière, la perte de terres agricoles, et d’emplois dans les secteurs du tourisme et des loisirs. Ils plaident pour une reconversion écologique de la cimenterie. L’association, habituée des manifestations, offrait à l’entrée du conseil des bouteilles d’eau de la rivière Montcient.

Si la polémique qui fait rage depuis des années dans le Mantois y divise les élus des communes de GPSEO, le projet restait largement méconnu à l’Est des Mureaux, avant les présentations débattues jeudi soir. Pas sûr, cependant, que les conseillers communautaires aient tiré des conclusions définitives lors des échanges parfois virulents entre les élus et avec le public. Ce dernier, composé en majorité d’opposants, l’était aussi de salariés du cimentier venus défendre leur emploi.

Les présentations de Calcia, de l’association, de Philippe Pascal (LR) au nom des maires signataires de la motion, puis du président du Parc naturel régional du Vexin français, similaires à ce qui a déjà été exprimé publiquement ces derniers mois, sont restées attachées à la carrière et à sa cimenterie. Le débat ayant suivi, lui, a aussi largement porté sur un éventuel changement de modèle économique de la vallée de Seine.

La droite mantaise, contrairement à son leader, le président du conseil départemental Pierre Bédier, est aujourd’hui rangée derrière les opposants. « Au début, j’étais préoccupée par l’aspect emploi et logement, ma position a évolué, a témoigné la conseillère départementale de Limay, Cécile Dumoulin (LR). On est sur des terres d’industrialisation, ce n’est pas une raison pour avoir n’importe quelle industrie. »

Pour le cimentier, l’équation est simple : sans calcaire pour alimenter son usine ouverte en 1921, qui emploie près de 100 personnes, impossible de continuer la production.

Si l’ex-maire de Mantes-la-Jolie Michel Vialay (LR) dénonce les pollutions potentielles, il porte aussi son argumentation sur la question sensible de l’emploi : « On voit bien que le choix qui sera fait, quel qu’il soit, sera destructeur d’emplois. » Lui s’inquiète également pour les biens immobiliers des riverains : « La perte de valeur de tous ceux qui habitent à côté sera relativement importante, et elle sera immédiate », là où les mesures de reconstitution paysagère s’étaleraient sur des années.

Jean Lemaire (UDI), l’édile gargenvillois, et malgré la bruyante hostilité d’une partie du public, livre un vibrant plaidoyer pour la cimenterie, située à cheval sur Juziers et sa commune. « Si l’eau était polluée, la société s’engageait à remplacer les quantités d’eau perdues ou inutilisables », rappelle-t-il d’une extension des carrières en 1986 :
« Et pas une protestation des communes voisines ! »

Indiquant que le volume de CO2 et de certains polluants émis par la cimenterie est proche de celui de l’ensemble de la circulation de l’autoroute A13, il demande : « Qui oserait aujourd’hui s’élever contre les usines Renault et PSA qui continuent à produire des véhicules polluants de type diesel ? » Quant à l’école nouvellement érigée dans sa commune, critiquée par certains élus, il fait noter que celle-ci est sous le vent des industries de Limay, et conclut : « En fait, il faudrait fermer la Sarp, Alpa, les usines automobiles, enfin tout ce qui contribue à la production de notre département…. »

Le Gargenvillois compte son homologue limayen comme allié. Aussi vice-président délégué à l’environnement de GPSEO, Eric Roulot (PCF) rappelle que la cimenterie rapporte chaque année cinq millions d’euros de taxes à GPSEO. « Il y a possibilité de contraindre l’exploitant à faire mieux au niveau environnemental, et non pas être dans une situation où les usines qui polluent […], on les ferme au détriment de l’emploi, des conditions de vie et de travail », argue-t-il.

Car la gauche est elle aussi divisée, les élus muriautins affichant un net refus de la carrière. « Depuis 20 ans, on s’est toujours opposé à l’extension de la zone 109 de l’Etat à Calcia, nous trouvons que ce projet est insensé, s’insurge ainsi Albert Bischerour (DVG), membre de l’exécutif de GPSEO. Je crois que c’est là qu’il faut avoir le courage politique de dire, à un moment donné, non. Assez de destructions de sites remarquables, assez d’usines polluantes. »

Pierre Bédier lui-même a conclu les interventions des élus, diversement applaudies, parfois huées par le public. Louant « un important travail qui, sous la pression des élus et des associations environnementales, a amené Calcia à nettement améliorer son projet », il rappelle la présence historique du cimentier dans le Mantois, subventionnant associations et mairies. Surtout, il plaide pour « l’emploi industriel en vallée de Seine » et ses salariés non qualifiés : « Toutes les familles ouvrières sont condamnées au chômage et au RSA, c’est ça la réalité, regardez le taux d’emploi. »