L’application gratuite Yuka, c’est plus de 850 000 téléchargements, trois associés-gérants dont deux frères, une stagiaire, déjà des revenus et 150 000 produits alimentaires catégorisés. Ces jeunes patrons de start-up sont, pour l’une, originaire de Verneuil-sur-Seine où vit encore toute sa famille, et pour un autre, habitant de Chatou.

En deux ans, leur application mobile de nutrition est en train de devenir un incontournable de la santé numérisée. En ce mois de décembre, Yuka a ainsi été célébrée par des titres aussi différents que le magazine économique Forbes que par le blogueur nouvelles technologies Korben. Leur idée ? En scannant les produits alimentaires de leur supermarché, l’utilisateur voit apparaître une pastille rouge, jaune ou verte lui indiquant leur qualité nutritionnelle.

Tout commence en 2016, lorsque Benoît Martin achète un livre, « Le bon choix au supermarché », qui répertorie et classe 800 produits de l’industrie agro-alimentaire. « Benoît l’avait acheté pour mieux nourrir ses enfants, se souvient Julie Chapon, 30 ans. On s’est dit que c’était génial, mais qu’on ne va pas aller faire ses courses avec un bouquin… »

Leur ébauche en tête, ils participent à un hackaton (événement lié à la création de code, souvent doublé d’un concours, Ndlr) parisien consacré à la nourriture un mois après. « On n’avait pas grand-chose, et on a gagné ce concours. On s’est dit qu’il y avait quelque chose, que c’était un besoin, poursuit la co-fondatrice. Toute l’année 2016, on a travaillé dessus le soir et le week-end, on avait tous un boulot. »

Leur idée ? En scannant les produits alimentaires de leur supermarché, l’utilisateur voit apparaître une pastille rouge, jaune ou verte lui indiquant leur qualité nutritionnelle.

Le 9 janvier 2017, l’application est lancée dans le grand bain, en l’occurrence le portail d’Apple, suivi par celui d’Android le 1er juin. Le succès prend rapidement, d’abord par le bouche-à-oreille. « La nutrition parle à tout le monde, les consommateurs ont envie de mieux manger, mais c’est compliqué de lire les étiquettes et de déchiffrer ce qu’il y est marqué », analyse Julie Chapon de ces adhésions précoces. L’utilisateur peut également envoyer un produit absent de la base de données.

Devant la croissance rapide des utilisateurs, ils envisagent rapidement d’en faire leur occupation exclusive. Ils lancent un programme nutrition en ligne, adossé à l’application et payant, créent un formulaire de dons. Ils travaillent maintenant à la sortie prochaine de fonctions payantes dans l’application, l’une dédiée à l’analyse des produits cosmétiques, l’autre à des alertes personnalisées selon certains allergènes ou des produits sujets d’intolérances comme le gluten.

« Toutes ces pistes [de rémunération] sont nées au fur et à mesure, comme pour les dons où les gens demandaient tous les jours comment nous aider, on évolue en fonction des demandes d’utilisateurs, détaille la trentenaire. Quand on a lancé l’application, on ne pensait pas du tout la monétiser, mais avec le nombre d’utilisateurs qu’on a, c’est totalement pertinent, ça peut nous permettre d’en vivre. »

Leurs débuts ont été permis par un apport financier personnel, ainsi que par des subventions d’Etat pour l’innovation et des fonds engrangés suite à un concours. Aujourd’hui, dons et adhésions au programme de nutrition constituent l’essentiel de leurs revenus. Signe de succès, Yuka a été contactée par certains des géants du secteur agro-alimentaire. « On sait que certains ne nous aiment pas du tout, il y en a qui sont plus sympas et nous ont rencontré », sourit Julie Chapon.

Enfin, si la jeune pousse est bien une entreprise privée, elle s’inscrit partiellement dans l’écosystème ouvert du web. Elle utilise ainsi la base de données alimentaire « open source » Openfoodfacts, qu’elle retravaille en intégrant la dangerosité ou non des additifs alimentaires, pour aboutir à son propre classement. Mais elle en est aussi devenue aujourd’hui, grâce au contenu généré par ses utilisateurs, le premier participant mondial avec « 400 à 500 contributions par jour ».