Depuis deux ans, ils manifestent à intervalles réguliers leur opposition à la Ligne nouvelle Paris Normandie, censée à terme relier Paris, Rouen, Le Havre et Caen afin d’en améliorer la desserte. Les agriculteurs du Mantois, ne s’estimant pas assez écoutés, envisagent désormais des actions de plus grande ampleur contre ce projet estimé à plus de six milliards d’euros.

L’opposition à la LNPN était unanime parmi la petite trentaine d’exploitants, présents à la chambre d’agriculture de Magnanville, mardi 6 février pour l’assemblée générale de l’Union de Mantes, syndicat agricole qui regroupe des agriculteurs du Mantois et du canton de Meulan-en-Yvelines au sein de la FDSEA.

Cette réunion est l’occasion pour eux de rappeler à Cécile Dumoulin (LR), conseillère départementale du canton de Limay, et seule élue présente, leur rejet du tracé Sud de la ligne nouvelle Paris-Normandie (LNPN), retenu fin octobre par le comité de pilotage et passant par le plateau agricole au Sud-Ouest de Mantes-la-Jolie.

Les agriculteurs espèrent surtout des élus du conseil départemental des Yvelines, comme de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), une position claire et une opposition au tracé. « C’est dommage qu’il n’y ait pas eu plus d’élus, beaucoup ont annulé au dernier moment avec la neige », pointe en fin de réunion Philippe Maurice, agriculteur céréalier à Oinville-sur-Montcient et président de l’Union de Mantes.

Le tracé au Sud de Mantes-la-Jolie à travers champs avait été décidé en octobre. Le rapport du Conseil d’orientation des infrastructures (COI), présidé par Philippe Duron, remis le 30 janvier dernier au gouvernement, est venu préciser le calendrier des travaux. Si le rapport précise que « le projet LNPN et le projet Eole se complètent utilement », il conforte l’extension du RER E, qui reste fixée à 2024 à Mantes-la-Jolie, mais décale la LNPN.

« Avant, on faisait plutôt de la communication. Mais aujourd’hui on voit que le projet avance, détaille Philippe Maurice, président de l’Union de Mantes. On va muscler les actions. »

L’optimisation des flux à la gare Saint-Lazare, un chantier à 260 millions d’euros, reste fixée entre 2018 et 2027. Côté Normandie, le scénario le plus pessimiste repousse la voie ferrée après 2037, le plus optimiste ne lançant les travaux estimés à plusieurs milliards d’euros qu’entre 2023 et 2028. Entre Paris et Mantes-la-Jolie, selon le scénario retenu par le gouvernement, la LNPN serait réalisée pour environ 1,4 milliard d’euros, soit entre 2023 et 2027, soit entre 2028 et 2032. De quoi voir venir ?

Hors de question, pourtant, de relâcher leurs actions pour les syndicats agricoles franciliens, qui ont estimé que le projet LNPN toucherait 250 exploitations, la voie ferrée nécessitant 10 à 15 hectares de terres agricoles au kilomètre linéaire. La dernière action des agriculteurs du Mantois remonte au 22 juin 2017. « Cela a été un succès, souligne Philippe Maurice. En moins de deux heures, on avait distribué 2 000 tracts. »

Ce type de manifestations est-il efficace ? « Les gens ne sont pas allés signer la pétition derrière, on a seulement 800 signatures. Ca ne pèse rien ! », regrette l’un des présents à l’assemblée générale. « Ca a permis de faire de l’information, on n’a pas à rougir », nuance un autre. Dans les rangs, ils sont plusieurs à estimer que cette communication n’est pas forcément suffisante.

« Il faudrait passer à la vitesse supérieure », estime l’un. Un autre se montre plus catégorique : « Va falloir foutre le bordel. » S’il reste plus mesuré, le président de l’Union de Mantes partage toutefois les avis exprimés. « Avant, on faisait plutôt de la communication. Mais aujourd’hui on voit que le projet avance, détaille Philippe Maurice. On va muscler les actions. »

La dernière manifestation contre la LNPN remonte au 22 juin 2017 (photo). « Cela a été un succès, souligne l’Union de Mantes. En moins de deux heures, on avait distribué 2 000 tracts. »

Arnaud Lepoil, ancien président des Jeunes agriculteurs du canton de Mantes-la-Jolie, évoque alors le soutien des élus locaux, jugé essentiel. « Il faudrait prendre une position claire et unanime au conseil départemental, demande l’exploitant céréalier de Perdreauville. On a l’impression que les élus ne jouent pas franc-jeu. »

Il n’épargne pas plus Philippe Tautou (LR), le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO), dont les élus avaient voté en décembre 2016 un avis défavorable au tracé Sud, dont 76 % passe en milieu agricole (contre 38 % pour l’autre tracé, Ndlr). Lors d’une rencontre avec les agriculteurs il y a quelques mois, le fatalisme affiché par Philippe Tautou a provoqué leur courroux.

Seule responsable politique présente, la conseillère départementale Cécile Dumoulin a posé « la question du poids des élus locaux », face à des entreprises comme SNCF réseau ou la Région Normandie. Pierre-Yves Dumoulin (LR), vice-président en charge des transports de GPSEO, « comprend » les inquiétudes des agriculteurs, mais fait noter que « la balle est dans le camp de l’Etat ». Le tracé Sud « va prendre le plus de terres agricoles », l’élu fustigeant « un semblant de concertation » mené par la SNCF : « Elle nous a dit que l’on pouvait refuser tous les tracés, sauf celui-là. »

Le projet LNPN, s’il concerne d’abord les voyageurs normands, bénéficierait aussi à ceux du futur RER E, précise-t-il : « C’est la promesse qu’il puisse monter en charge parce qu’en libérant des voies sur le bloc actuel, J5, on puisse avoir plus de trains circulants et donc plus de RER à l’horizon de la LNPN. » Et Pierre-Yves Dumoulin de poursuivre sur « l’ambiguïté » du projet : « On est conscients qu’on a besoin d’une voie mais on attend de la SNCF des précisions sur les modalités. »

Le tracé choisi par le comité de pilotage avait été « définitivement écarté » par la communauté urbaine « en raison de son emprise sur les terres agricoles mais aussi parce qu’elle hypothéquait définitivement la création d’une gare à Achères, la gare Confluence », ajoute le vice-président. Il veut cependant rassurer les exploitants : « On sera très très exigeants sur ce tracé, sur les répercussions écologiques et agricoles. Nous allons l’accompagner pour protéger au mieux agriculteurs et habitants. »

De leur côté, les agriculteurs yvelinois pourraient agir très prochainement. « Ca fait quelques temps que ça monte, explique Rémy Lefevre, nouveau président des JA du canton de Mantes-la-Jolie. Certains veulent agir de suite, mais il faut canaliser. » Dans l’Eure, leurs homologues ont créé en 2016 l’Association de défense des agriculteurs, propriétaires fonciers et de la ruralité (ADAPFR). Ils ont manifesté le 31 janvier dernier, et annoncent une journée de mobilisation ce vendredi 16 février.

Mise à jour du lundi 19 février : Il a été précisé que la voie ferrée toucherait 10 à 15 hectares de terres agricoles au kilomètre linéaire.

Crédits photos : ARCHIVES / LA GAZETTE EN YVELINES