La contestation sociale des gilets jaunes a-elle gagné les établissements scolaires de la vallée de Seine ? Depuis le lundi 3 décembre, de nombreux lycées de la région sont le théâtre de blocages, partiels ou totaux. Des lycéens en colère entendent dénoncer la réforme du Bac et la mise en place de Parcoursup, la plateforme controversée d’inscription à l’université.

Si les premières manifestations se sont voulues pacifiques, la radicalisation a rapidement gagné du terrain dans certains établissements, avec des affrontements entre forces de l’ordre et lycéens en marge des manifestations, notamment aux abords des établissements de Limay ou de Poissy (des affrontements avec la police ont encore eu lieu lundi matin au lycée Le Corbusier, Ndlr), ainsi que devant les deux lycées en lisière du Val Fourré mantais, ayant culminé par 151 interpellations et une vidéo devenue virale de ces placements en garde à vue (à lire p. 10, Ndlr).

Parmi les lycéens mécontents, Aline a fait entendre sa voix lors du blocage du lycée Condorcet de Limay, lundi 3 décembre. Présente à la traditionnelle opération « barrage ouvert » des gilets jaunes sur le péage de Buchelay le mercredi 5 décembre, l’adolescente âgée de 17 ans avait en effet quelques jours auparavant troqué son gilet jaune contre un uniforme de lycéenne révoltée.

« Le Bac ne sert plus à rien, il perd toute signification, cela devient comme le brevet des collèges, poursuit Aline, scolarisée en terminale STMG. Quant à l’application Parcoursup, elle nous met une grosse pression sur les épaules. Très tôt, on doit connaître notre orientation et on stress pour savoir si on va décrocher l’école que l’on veut. »

« Nos camarades ont été interpellés dans des conditions déplorables et inhumaines », fulmine Yanis Ouyahia, élève au lycée mantais Saint-Exupéry, lors d’un rassemblement donné vendredi matin

Actuellement, le dialogue semble être rompu entre le ministre, les enseignants et les lycéens. « Je suis écœurée par les propos mensongers du ministre Jean-Michel Blanquer qui dit que les élèves sont ravis de la réforme du Bac », peste une professeure d’anglais au lycée mantais Saint-Exupéry au sujet de la nouvelle formule de l’épreuve, qui obligera les élèves de seconde à choisir trois spécialités dès la fin de l’année. « Et pour ce qui concerne Parcoursup, c’est la grande loterie », poursuit l’enseignante.

Si les premiers blocages se sont déroulés dans le calme, comme à Limay, la suite le fut beaucoup moins, donnant lieu à des débordements violents, notamment à Mantes-la-Jolie. Jeudi 6 décembre, des affrontements entre lycéens et forces de l’ordre aux abords du lycée Saint-Exupéry ont conduit à 151 interpellations. Les images des arrestations sont devenues virales et ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux comme des médias.

Une vidéo « choquante » pour la cinquantaine d’élèves, de professeurs et de parents d’élèves des lycées Jean-Rostand et Saint-Exupéry, les deux établissements voisins qui jouxtent la cité du Val Fourré. Ils étaient venus exprimer leur colère lors d’un rassemblement spontané le lendemain matin vendredi sur le parking situé entre l’Agora mantaise et le lycée Saint-Exupéry, lieu des échauffourées. Les enseignants de chaque établissement ont également exprimé leur colère dans deux communiqués de presse.

« Ils ont été arrêtés dans des conditions déplorables et inhumaines », fulmine Yanis Ouyahia, élève au lycée Saint-Exupéry et membre du Mouvement des jeunes communistes de France. Pour Michel Chastan, conseiller principal d’éducation du lycée Saint-Exupéry, l’attitude des policiers « alimente la machine à haine ». Le délégué syndical FSU, première fédération syndicale de l’Éducation nationale, poursuit : « Je suis profondément choqué par les images d’humiliation que j’ai pu voir sur internet… Je ne cautionne pas les voitures brûlées par les lycéens, mais la réaction des forces de l’ordre est disproportionnée. »

PHOTOS : LA GAZETTE EN YVELINES