Les « managers de ville » existent depuis vingt ans, la France en compte environ deux cents… et bientôt un de plus, qui se partagera entre deux communes alors que le contexte reste morose dans les centres-villes. Dans le cadre d’une convention entre les mairies d’Achères, de Conflans-Sainte-Honorine, et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) Versailles-Yvelines, les commerçants de ces deux communes auront bientôt un interlocuteur unique.

Son rôle ? Parvenir à améliorer l’activité commerciale de centres-villes sur le déclin, lent à Conflans-Sainte-Honorine, presque déjà achevé à Achères. Recension des locaux bientôt ou déjà vacants, connaissance de la situation financière des magasins, assistance aux petits patrons à tous les niveaux, mais aussi relations avec la mairie et d’autres partenaires institutionnels : la palette est large, le travail varié, et l’efficacité difficile à mesurer.

« Toutes les municipalités ont des problématiques de commerce de centre-ville, dans l’ensemble des Yvelines et en France de manière générale », constate Gérard Bachelier, président de la CCI Versailles-Yvelines. « Nous avons eu des expériences positives sur d’autres communes », plaide-t-il de ces hommes-orchestres. Son institution est l’employeur des bientôt trois managers de ville yvelinois (le troisième exerce à Plaisir, Ndlr), la CCI étant ensuite rétribuée par les mairies (environ 30 000 euros annuels pour un manager à temps complet, Ndlr).

A Achères, il ne sera pas le premier à exercer ce poste, et sera présent deux jours par semaine. « L’objectif est qu’il soit facilitateur des commerces qui veulent s’installer, et en rapport avec les propriétaires de locaux vides », espère Marc Honoré (DVD), le maire d’Achères, qui avait déjà un tel poste par le passé. Ce manager partagé devrait arriver au plus tard en septembre.

Chez les commerçants conflanais, la nouvelle semble bien accueillie. « C’est une super idée ! On se disait justement en réunion entre commerçants qu’on aurait besoin de quelqu’un pour nous aider », témoigne ainsi Isabelle Osmont, soeur du pâtissier Vincent Osmont. Elle a récemment lancé une page Facebook dédiée aux commerçants, l’ancienne association de commerçants de la rue Maurice Berteaux ayant disparu. Satisfaite de la récente installation de commerces de détail, elle craint les prochaines difficultés de circulation causées par les travaux place Fouillère.

« On noue un partenariat avec Achères [pour ce recrutement] pour qu’on puisse avoir des commerces diversifiés en centre-ville, et qu’on puisse les valoriser, avance du recrutement Laurent Brosse (LR), l’édile conflanais. On souhaite qu’il fasse un diagnostic, qu’il identifie nos besoins et les locaux vides, et utilise après son carnet d’adresses pour faire la promotion de la ville. » La convention signée avec la CCI est d’un an : « On fera un bilan pour voir si ça a bien fonctionné. »

A entendre les municipalités muriautine et chantelouvaise, comme les associations de commerçants muriautines, l’utilité d’un tel poste ne serait plus à démontrer. Les deux communes se partagent ainsi Jean-Paul Rosselin, présent chaque semaine quatre jours aux Mureaux, un jour à Chanteloup-les-Vignes. « Souvent, je dis « manager pour le commerce », c’est plus explicite », explique ce quinquagénaire, reconverti il y a un an et demi après quinze ans comme patron d’un commerce, et la même durée dans le spectacle.

« Initialement, l’idée était d’avoir une aide sur la rénovation des commerces et les installations, ce n’est pas le coeur de métier d’une mairie », se souvient Patricia Hamard, conseillère municipale déléguée au commerce aux Mureaux, aux côtés du manager de ville Jean-Paul Rosselin.

Sa semaine-type ? « Il faut avoir un sac à dos et un ordinateur sur le dos », répond le manager en souriant de journées qui ne sont jamais les mêmes, passées à rencontrer l’un des deux cents commerçants muriautins, à échanger avec les agents municipaux, ou chercher des subventions. « Il y a une ambiance plutôt défaitiste du commerce actuellement, et pas qu’aux Mureaux, décrit-il de son arrivée auprès de ces petits patrons commerçants de vallée de Seine. On a l’impression qu’ils ont perdu la partie. »

« On le voit tous les jours en action dans le centre-ville pour aider les commerçants, à mieux valoriser leur image, refaire leur vitrine, les conseiller, apprécie Davy Ramos, président depuis un an de l’association Mureaux entreprises, qui regroupe tant l’industrie et les sociétés de service que le petit commerce du centre. C’est un poste que j’ai découvert en prenant mes fonctions, je pense que c’est essentiel dans une ville. »

Côté mairie, la création du manager de ville remonte à plusieurs années, à l’initiative de Patricia Hamard (DVG), conseillère municipale déléguée au commerce. « Initialement, l’idée était d’avoir une aide sur la rénovation des commerces (notamment en montant des dossiers de subventions, Ndlr) et les installations, ce n’est pas le coeur de métier d’une mairie », se souvient-elle. Elle en a été satisfaite au point de conditionner son second mandat comme déléguée au commerce, débuté en 2014, au maintien d’un manager de ville.

Aujourd’hui, aux Mureaux, le principal défi du centre-ville concernerait « la paupérisation des commerces », car « la demande qualitative n’est plus là ». Alors, avec son bâton de pèlerin, il doit connaître chacun pour pouvoir, en cas de besoin, aider avant la chute ou trouver un remplaçant. Mais aussi expliquer à son employeur indirect, la mairie, les demandes comme la vie de ces petits patrons, pas toujours compris, et dont les situations sont systématiquement des cas particuliers.

« C’est important de transcrire [auprès des élus et des techniciens municipaux] la solitude du commerçant, la difficulté de porter une entreprise seul… même si c’est aussi souvent pour ça qu’ils sont devenus commerçants, pour ne plus avoir de patron », indique Jean-Paul Rosselin. Aux Mureaux, il a aussi aidé à la création, en cours, d’une association de commerçants au centre commercial Espace, comme il le fait également à Chanteloup-les-Vignes.

« J’essaie d’oeuvrer là-dessus à partir de quelques volontés », explique-t-il ainsi de l’association de commerçants chantelouvaise, mise en sommeil et bientôt relancée. Si la commune, plus petite, ressemble par certains aspects aux Mureaux, elle ne compte qu’une trentaine de commerces. Autre objectif pour lui : « Il y a une demande de boucherie-charcuterie traditionnelle dans le centre-ville, pour une population vieillissante. »

Le conseiller municipal chantelouvais délégué au commerce local, Yves Dubois (SE), se dit en tout cas « très satisfait », et poursuit : « C’est un métier bien spécifique, nous, en tant qu’élus, on sait des choses mais pas tout. » Ni vraiment agent municipal, ni représentant des commerçants, le manager de ville parvient, semble-t-il, à faire efficacement le lien entre ceux qui, souvent, se regardent en chiens de faïence : « Il faut être très optimiste », sourit de son métier Jean-Paul Rosselin.

Son seul vrai échec pour l’instant : le refus des grandes enseignes de venir aux Mureaux ou à Chanteloup-les-Vignes. La première ne compte ainsi que 3 % de marques et franchises nationales (contre 25 % en moyenne en France, Ndlr), la seconde aucune. Ces géants du commerce seraient très frileux à investir dans ces communes secouées par des émeutes il y a plus de deux décennies, et malgré les opérations de rénovation urbaine.

GPSEO veut acheter et relouer moins cher aux commerçants

Des loyers plus bas permettront-ils de faire redécoller le commerce de centre-ville ? Selon nos informations, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) compte créer prochainement une Société d’économie mixte (Sem) pour revigorer les centres-villes commerciaux. Elle se rendrait propriétaire de locaux commerciaux, afin d’y attirer de nouveaux magasins grâce à des loyers moins élevés.

« Nous sommes un certain nombre de communes qui avons des problèmes de commerce de centre-ville, confiait il y a quelques semaines Pierre Bédier (LR), président du Conseil départemental des Yvelines et vice-président à GPSEO. Entre les loyers trop élevés et la baisse de fréquentation, l’effet de ciseau est insupportable. » Les communes concernées apporteraient au panier de la mariée les quelques locaux commerciaux de centre-ville dont elles sont déjà propriétaires.

GPSEO investirait des liquidités pour doter la Sem d’un capital suffisant, permettant de nouvelles acquisitions ou de réaliser des chantiers. « Elle pourrait procéder à des achats de locaux, des restructurations, et une mise à disposition des commerçants à des tarifs raisonnables, détaille Pierre Bédier. Ce sera en millions d’euros, et ce sera une politique importante de la communauté urbaine. »

A la campagne, chaque nouveau commerce est une victoire

Face à l’église, la nouvelle épicerie de Saint-Martin-la-Garenne permet à l’autre commerce du village, un bar, de remplacer sa petite échoppe par un salon de coiffure.

« On n’est pas peu fiers ! » Ce mercredi 21 juin, le maire de Saint-Martin-la-Garenne, 1 000 habitants, ne cache pas sa joie d’inaugurer la nouvelle épicerie du village, déjà ouverte tous les jours de 9 heures à 21 heures depuis un mois. Face à l’église, l’échoppe permet à l’autre commerce du village, un bar, de remplacer sa petite épicerie par un salon de coiffure.

Hors des villes, les centres des villages sont en effet désertifiés depuis longtemps. Alors, un commerce, c’est un peu de vie qui revient pour les édiles concernés. Quelques jours auparavant, c’est la maire de Richebourg qui se félicitait également d’avoir pu installer en 2015 une boulangerie de 280 m². Seul magasin de cette commune d’un peu plus de 1 600 habitants, il se situe là où une boucherie avait fermé en 2003.

Il a d’abord fallu réaménager le local municipal de la place de la mairie. Le chantier de 700 000 euros HT a été financé, entre autres, par la municipalité et le Conseil départemental des Yvelines. Mais les élus ne regrettent pas l’investissement, dont ils estiment qu’il a permis de créer le marché du samedi matin. « Le marché, on avait essayé avant, et depuis que la boulangerie est là, ça attire les gens », se réjouit Caroline Montel (SE), adjointe richebourgeoise.

« Un village qui meurt, c’est un village qui n’a plus d’école et plus de commerces », indiquait mercredi Stéphan Champagne (SE), le maire de Saint-Martin-la-Garenne, à la petite centaine d’habitants venus inaugurer l’épicerie. « C’est un lieu où les voisins vont se rencontrer et recréer du tissu social », poursuivait-il, tout en prévenant : « Ce n’est pas gagné. Par exemple, on a la presse maintenant, mais [Presstalis] lui a donné quinze jours, on lui retirera sous dix exemplaires vendus par jour. »

Mise à jour, 3 juillet 2017 : cet article a été modifié pour rectifier deux erreurs factuelles concernant la population de Saint-Martin-la-Garenne et la nature du commerce existant dans le village.