Depuis sa création au 1er janvier 2016, la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) est responsable de la transition énergétique de ses 73 communes de vallée de Seine, et donc du développement des énergies renouvelables. Une récente étude de la collectivité révèle un important potentiel lié à la présence d’industries. Pour l’instant, seule Les Mureaux, dont plusieurs bâtiments sont déjà équipés de panneaux ou de chauffage solaire, peut faire figure d’exemple.

A Triel-sur-Seine, la récente annonce de l’abandon du projet de ferme solaire, prévue sur une vingtaine d’hectares de l’ancienne décharge, a suscité la colère du maire. GPSEO affirme aujourd’hui attendre un nouvel investisseur. D’autres projets avancent discrètement, portés plus particulièrement sur l’autoconsommation de l’énergie produite.

GPSEO a ainsi récemment lancé un projet remontant à plusieurs années, subventionné par l’Etat. Il vise à installer des panneaux solaires au parking relais de la gare muriautine, ainsi que sur l’ancien siège de la communauté d’agglomération des deux rives de Seine à Carrières-sous-Poissy, et sur le parking relais de la gare de Verneuil-Vernouillet. Ils en alimenteraient l’éclairage ainsi que des bornes de recharge pour véhicules électriques.

Un autre projet de production d’énergie à partir du soleil, lui aussi subventionné par l’Etat, est en cours de réalisation à Evecquemont, Gaillon-sur-Montcient et Tessancourt-sur-Aubette. Destiné à alimenter en énergies les écoles de ces villages, il passe par un dispositif « aérovoltaïque », qui mélange production d’air chaud et d’électricité, ajoutée d’un stockage par batteries au lithium. Pour l’instant, la somme des projets en cours reste très insuffisante par rapport aux objectifs fixés par l’Etat, ce qu’ont révélé plusieurs études lancées par GPSEO.

« On est très en retard. Aujourd’hui, sur GPSEO, on doit être à 1,5 % d’énergies renouvelables, la France s’est engagée à la COP21 (le sommet climat de Paris, Ndlr) pour être à 32 % en 2050, admet Eric Roulot (PCF), vice-président à l’environnement de GPSEO et maire de Limay. Il y a du boulot auquel on s’attelle, car il y a un potentiel important en matière d’énergies renouvelables. »

Aux Mureaux, la municipalité est engagée de longue date dans la production d’énergie solaire. Elle a ainsi déjà équipé la médiathèque (photo), l’hôtel de ville et le pôle Molière il y a plusieurs années.

Comme souvent en vallée de Seine, les décideurs comptent beaucoup sur l’industrie. « La particularité de GPSEO est qu’on a encore aujourd’hui des usines industrielles qui produisent de la chaleur fatale, qui part aux petits oiseaux, avance l’élu. L’enjeu, c’est la captation de cette chaleur-là pour permettre de chauffer ou d’alimenter des réseaux de chaleur. »

Il met aussi en avant l’utilisation de la biomasse (comme dans les chaudières à bois, Ndlr) ainsi que l’énergie solaire. « Le photovoltaïque peut constituer la réponse à certains endroits, je prône la diversité des méthodes, c’est la multiplication de différentes choses qui nous permettra d’atteindre les objectifs qui sont les nôtres », estime Eric Roulot.

Pour l’instant, exceptées les deux importantes chaudières à bois de Mantes-la-Jolie et des Mureaux, c’est bien le solaire qui semble être l’énergie renouvelable la plus développée en vallée de Seine. Pourtant, l’investissement le plus important en la matière, d’origine privé et prévu à Triel-sur-Seine, à l’emplacement de l’ancienne décharge, a été annoncé en décembre dans Le Parisien comme annulé par le président de GPSEO, Philippe Tautou (LR).

Le dossier remonte à une douzaine d’années : à la fin de l’exploitation du centre d’enfouissement d’EMTA, filiale de Veolia, le photovoltaïque a le vent en poupe et les prix de rachat de l’énergie solaire sont au plus haut. « Ce terrain était idéal, il n’y avait rien dessus, et il est très proche du poste-source électrique pour se raccorder », se souvient Jean-Marie Ripart (SE), vice-président de GPSEO chargé du développement économique et maire de Jambville.

Des investisseurs se manifestent en 2009 pour ce terrain de 70 ha. « Il y a eu de grandes difficultés de collaboration avec la Ville de Triel, qui à l’époque tergiversait, on a dû travailler avec la Ville, mais ça a été compliqué pour être très honnête, du coup, le projet a pris beaucoup plus de temps que prévu », poursuit l’élu. Initialement prévue sur 50 ha, la ferme solaire est réduite à une vingtaine d’hectares.

Viennent ensuite les remblais, nécessaires pour supporter les panneaux… mais aussi demandés par l’exploitant de l’ex-décharge, afin de pouvoir reconstituer un réseau de captage du méthane en fort mauvais état, et pour éviter que des particules d’amiante enterrées ne se répandent. En 2011, le préfet autorise l’apport de 4,2 millions de tonnes de remblais, soit 4 m de hauteur sur les 70 ha de terrains.

« C’était entre 100 et 300 camions par jour !, se souvient Joël Mancel (DVD), le maire de Triel-sur-Seine, qui décide d’interdire la circulation des camions de plus de 3,5 tonnes dans la décharge. J’étais opposé au volume et à la hauteur, pas sur le fait qu’il fallait remblayer pour une ferme solaire, j’étais très favorable et je le suis toujours. » En 2013, un nouvel arrêté préfectoral divise par deux le volume de remblais autorisé. La mairie et les associations retirent leurs recours.

« Conjugué au fait que la France a décidé de faire un moratoire sur le photovoltaïque en neutralisant les prix de rachat, l’investisseur [restant] a préféré abandonner le projet, note de son côté Jean-Marie Ripart. En fait, il n’y avait plus de projet là depuis longtemps, l’abandon s’est fait avant que GPSEO ne reprenne le dossier, et il n’y a plus aujourd’hui d’opérateur intéressé pour l’instant. »

Aujourd’hui, l’édile triellois est un peu amer, non du retrait de l’investisseur, mais de l’annonce par Philippe Tautou de l’abandon du projet qui lui semble un message peu propice à trouver de nouveaux financeurs. « Je voudrais que le président de la communauté urbaine réponde à mon courrier, déjà, et puis qu’il y ait une prise de position, même si elle doit être différée dans le temps, pour au moins ne pas parler d’abandon définitif », demande désormais Joël Mancel.

« Aujourd’hui, les choses évoluent de nouveau favorablement (pour l’énergie photovoltaïque, Ndlr), on le voit bien, des initiatives se lancent, et un investisseur pourrait être intéressé, espère le vice-président au développement économique. Dans ce cas-là, la communauté urbaine regardera avec diligence ce projet-ci, en coopération étroite avec la Ville de Triel. »

Lui se dit en effet très favorable à ce type d’installations, en particulier sur les friches industrielles. « C’est un débat qu’on doit engager dans le cadre du projet de territoire, analyse l’élu. Ca crée des emplois indirects en termes de maintenance, il y a tout une économie circulaire qui peut se mettre en place autour de ça. Ce sont des facteurs extrêmement intéressants, à la fois pour l’environnement, mais aussi en termes économiques et de recettes fiscales. »

Aux Mureaux, la municipalité est engagée de longue date dans la production d’énergie solaire. Elle a ainsi déjà équipé la médiathèque, l’hôtel de ville et le pôle Molière il y a plusieurs années. « On est toujours en quête de solutions permettant de produire de l’énergie renouvelable », se félicite Michel Carrière (DVG), adjoint au développement durable, de la présence continue de la commune au sein de l’association européenne Energy cities, alors que peu d’entre elles parviennent à remplir les objectifs contraignants fixés par les villes fondatrices.

Il évoque également la proportion importante du solaire dans la production actuelle d’énergies renouvelables dans les Yvelines. « Sur l’ensemble des 200 villes qui adhèrent directement ou par le biais d’intercommunalités au Syndicat d’énergie des Yvelines, on est à 1 630 producteurs d’énergie, développe l’élu. Un pour l’éolien, 19 pour le biogaz et 1 600 producteurs d’énergie électrique : ce n’est pas si anodin que ça. »

L’écologiste s’inquiète cependant de l’origine des matières premières entrant dans la composition des panneaux solaires, et du coût du transport de l’électricité.
« Je pense que l’idéal serait de capter et de consommer sur place, c’est-à-dire d’inventer le circuit court dans la production d’énergie, utilisée immédiatement, encourage Michel Carrière. C’est une question de batteries. »

L’autoconsommation est au coeur de trois projets largement subventionnés par l’Etat, visant à alimenter en électricité bâtiments, éclairage et véhicules électriques, et dont l’appel d’offres a été lancé en décembre par GPSEO. A Carrières-sous-Poissy, le toit de l’ex-siège de la communauté d’agglomération pourrait recevoir des panneaux solaires. Des ombrières solaires seraient créées au parking-relais de la gare SNCF de Verneuil-Vernouillet.

Enfin, aux Mureaux, des ombrières seraient érigées sur le toit du parking-relais de la gare. « On avait étudié ce projet avec un tiers investisseur : des banques, se rappelle Michel Carrière de ce projet initialement municipal, initialement peu soutenu hors des Mureaux. Les banques, au dernier moment, ont préféré se déplacer ailleurs. S’ils y arrivent, ce sera une victoire de l’intelligence et de la technique, je suis très content qu’Eric [Roulot] puisse reprendre le projet. »

Trois autres projets d’autoconsommation de l’énergie solaire sont plus proches de se concrétiser, dans trois petites communes. A Gaillon-sur-Montcient, Tessancourt-sur-Aubette et Evecquemont, des panneaux aérovoltaïques devraient être installés d’ici 2020 sur les toits des trois écoles communales, avec un fort soutien financier de l’Etat.

A Evecquemont, la solution retenue à ce stade, dont la pose commencera après la rénovation thermique du bâtiment prévue cette année, est de mélanger photovoltaïque et aérovoltaïque. L’aérovoltaïque consiste à utiliser l’air utilisé pour refroidir des panneaux photovoltaïques afin de chauffer les pièces de l’école, selon un système technique proche de la ventilation double flux. L’électricité produite alimentera l’école ainsi que l’éclairage public.

« Tout a débuté parce que Jean-Christophe Barras (adjoint à Evecquemont, Ndlr) a rencontré un fournisseur local d’aérovoltaïque, se souvient la maire Ghislaine Senée (EELV), qui souhaiterait plus de volontarisme chez les élus de GPSEO. On l’a complété de photovoltaïque pour trouver un équilibre financier pour une commune comme la nôtre, qui permette d’avoir un gain au niveau énergétique,et qu’on puisse avoir un retour sur investissement qui ne dépasse pas 15 ou 20 ans. »