« L’entreprise, c’est mon cinquième enfant », raconte-t-elle sans détour dans son bureau de l’immeuble Apollo. Ce dernier est le siège que s’est construit Hervé SA, l’une des plus grosses entreprises du bâtiment du Mantois, avec 200 salariés permanents. Spécialiste du gros œuvre et des études d’ingénierie, elle construit aujourd’hui aux quatre coins du monde. Quant à Renée Salvador, elle a beau avoir soufflé ses 84 bougies, l’énergie qu’elle dégage ferait envie à bien des vingtenaires.

Son père crée l’entreprise éponyme Hervé SA après la seconde guerre mondiale, à Lainville-en-Vexin, avec un seul ouvrier. « Il en parlait matin, midi et soir, je ne voulais pas travailler dans le bâtiment », détaille dans un sourire celle qui était alors une jeune fille. Elle passe son diplôme d’ingénieur, travaille à Paris avant de rencontrer son mari, Marc Salvador, qui rentre dans l’entreprise paternelle.

Elle attendra 1955 et la retraite de son père, pour le faire. Hervé SA compte alors une dizaine de salariés, et Marc Salvador à sa tête. Après un transfert à Mantes-la-Jolie l’année suivante, l’entreprise grossit rapidement et déménage plusieurs fois, jusqu’à détruire l’ex-cinéma Apollo pour y construire son siège.

Le drame se produit en 1983. Marc Salvador, en route vers un chantier, décède brutalement d’un accident de voiture. Alors directeur général, Renée Salvador prend la tête d’Hervé SA après une réunion de famille, dans l’urgence. « Il fallait une résolution rapide car banquiers, clients et salariés attendaient », se souvient-elle avec émotion.

Dans les années 90, son fils aîné lui succède, revenant des Etats-Unis où il avait fondé une famille après ses études. Renée Salvador y reste très présente, jusqu’à aujourd’hui, où elle est présidente du conseil de surveillance. « Je ne fais rien par moi-même mais supervise l’ensemble des tâches », explique-t-elle.

Son autre grand engagement est à la paroisse de Mantes-la-Ville, où elle habite. Elle joue de l’orgue lors des messes, organisait la kermesse jusqu’à l’an dernier, et s’occupe toujours d’un pèlerinage bisannuel. Il y a un mois, elle était au pique-nique interconfessionel de l’association Urban mediation : « Pourquoi ne pas se rencontrer plutôt que de se taper dessus ? », demande-t-elle.

La retraite, elle, n’est pas pour tout de suite : « A partir du moment où ça ne me plaira plus, je ne viendrai plus dans l’entreprise. Je suis d’un tempérament assez actif, je ne me vois pas faire le ménage tout les jours », confie l’octogénaire. Elle a d’ailleurs su transmettre à ses enfants la passion du bâtiment, dont trois sur quatre travaillent dans ce secteur.