Beaucoup de passion, d’enjeux politiques et personnels ont recouvert ces cinq dernières années l’objet premier de la crèche associative Baby loup : accueillir de très jeunes enfants, au sein d’une ville de banlieue, Chanteloup-les-Vignes, et plus particulièrement d’un quartier socialement défavorisé, la Noé. Aujourd’hui, en partie suite au long épisode judiciaire opposant Baby loup à une de ses employées, la crèche a déménagé depuis le mois de mars à Conflans-Sainte-Honorine.

La question se pose alors si, avec 66 % de familles conflanaises accueillies, la crèche répond encore à sa vocation initiale. Pour Julien Taffoureau, chargé de développement de la crèche, « le public est le même » et les critères d’accueil n’ont pas changé avec le déménagement. La priorité serait toujours donnée aux familles dont les parents travaillent « en horaires décalées, c’est-à-dire la nuit, tôt le matin ou lorsque les plannings évoluent une semaine sur l’autre »,
puis aux parents isolés, « essentiellement des femmes », et enfin aux « personnes disposant de faibles ressources. »

Historique de la crèche

Baby loup a été fondée, en 1991, par un collectif de femmes du quartier de la Noé à Chanteloup-les-Vignes. Elle est l’émanation de l’association Mini loup, créée en 1986, dont le but était déjà la garde d’enfants. La situation économique et sociale du quartier (chômage élevé, horaires décalés des mères de famille Ndlr) amène la crèche à étendre ses heures d’ouverture. Un accueil atypique le soir et le week-end, unique en France, se met en place à partir de 2002. C’est à cette date, que l’idée présentée par Mara Maudet dès 1993, se concrétise : la structure sera désormais ouverte 24 h/24 tous les jours de la semaine. Suite aux rebondissements dans l’affaire Fatima Afif (voir encadré), entre autres, la crèche quitte Chanteloup-les-Vignes, en décembre 2013, pour rouvrir à Conflans-Sainte-Honorine en mars 2014.

Bien que Baby loup soit une association, ses recettes de fonctionnement sont principalement issues de subventions publiques (collectivités locales et Caisse d’allocations familiales Ndlr). Selon le rapport d’activité de la crèche, « les rémunérations de services institutionnels » s’élevaient à 731 702 euros en 2013, sur un total de produits de fonctionnement de 1,135 million d’euros.

Le directeur général des services de Chanteloup-les-Vignes assure que la ville versait « une somme oscillant selon les années entre 130 000 et 155 000 euros .» Le plus haut fonctionnaire de la mairie chantelouvaise précise également qu’entre 2000 et 2012, hors financement de la Caisse d’allocations familiales (CAF), « la crèche a bénéficié de 4,2 millions de subventions publiques.»

Après avoir annoncé qu’il accueillerait la crèche dans sa ville, l’ancien maire de Conflans-Sainte-Honorine, Philippe Esnol (PRG), promettait d’accorder 400 000 euros de subvention à Baby loup, « ce qui était un peu optimiste mais cela permettait de rassurer leur banquier.
Il faudrait recalculer, ça ferait peut-être 300 000 euros », reconnait aujourd’hui l’intéressé, avant de fustiger les 90 000 euros (sur 9 mois en 2014 Ndlr), accordés par son successeur, Laurent Brosse (UMP) : « Il prend en compte uniquement le coût des salariés, c’est n’importe quoi. » Le sénateur des Yvelines ne comprend pas que l’actuel maire de Conflans-Sainte-Honorine explique accorder un taux de subvention horaire identique à celles des crèches municipales : « Comment Brosse peut-il dire une connerie pareille ? »

L’affaire Fatima Afif

Elle était directrice-adjointe de la crèche, c’est une lettre du
9 décembre 2008 qui annoncera à Fatima Afif son licenciement de Baby loup pour faute grave. Celle d’avoir refusé de retirer son foulard islamique pendant les heures de travail. S’ensuit une longue affaire judiciaire. Fatima Afif saisit le conseil des Prud’hommes de Mantes-la-Jolie, pour discrimination religieuse, le 9 février 2009. Il rejettera sa demande le 13 décembre 2010, comme la cour d’appel de Versailles le
27 octobre 2011. Mais la cour de cassation annule cet arrêt, le
19 mars 2013, et renvoie les parties devant la cour d’appel de Paris. Le licenciement de l’employée est confirmé, par cette cour, le 27 novembre 2013. Puis à nouveau par la cour de cassation le 25 juin 2014.

« Ce qui est sûr, c’est que 2,34 euros/heure n’est pas viable », affirme le chargé de développement de la crèche. « Les autres villes versent entre 3,78 et 4 de l’euros/heure, sans compter que les Conflanais disposent de la proximité, d’activités que l’on ne trouve pas ailleurs et de l’inscription prioritaire. Les 3,03 euros de l’heure (tarification majorée, Ndlr) étaient le tarif de la CAF en 2011. »

Annick Wolff, directrice du centre de promotion par la formation (CPF) à Chanteloup-les-Vignes, est une ancienne membre du conseil d’administration de Baby loup, « même si j’y suis restée très peu de temps », note-t-elle. Elle précise avoir gardé « le souvenir d’une présidente charmante (Dominique Ruet Ndlr) mais d’une directrice (Natalia Baleato, Ndlr) particulière, alors même que la ville de Chanteloup la défendait ».

Pour cette ancienne première adjointe au maire d’Andrésy, le problème est ailleurs : « Je pense que c’était très politique, Natalia Baleato est très investie à gauche et la mairie est de droite. Pendant les dernières élections municipales à Andrésy, elle venait tracter pour soutenir sa directrice-adjointe (Patricia Gomis, Ndlr), présente sur une liste de gauche. »

Désaccords avec la mairie de Chanteloup-les-Vignes

Il y a quelques semaines, la maire de Chanteloup-les-Vignes, Catherine Arenou (DVD), nous expliquait avoir « signé une convention pour un certain nombre d’heures avec Baby loup » et qu’elle se trouvait avec « le couteau sous la gorge », après une demande de doublement des heures pour que les Chantelouvais puissent toujours être accueillis. Pour Julien Taffoureau, chargé de développement à Baby loup, les 5 000 heures conventionnées avec la mairie « allaient être dépassées en septembre et le service petite enfance en a été informé. Nous avons proposé une reconduite de 5 000 heures, et finalement nous nous sommes entendus sur 4 000 heures. » Le service petite enfance indique, lui, que « pour l’instant la mairie n’a rien signé. »