Nous la rencontrons sur le marché du Val fourré, où elle tenait en septembre, avec d’autres femmes, un stand humanitaire. Samia Maakouf a en effet fondé Zakatime cet été, pour reloger dans Gaza des habitants qui ont perdu leur toit sous les bombes israéliennes.

Née à Albertville (Savoie), elle arrive à Mantes-la-Jolie à 6 ans, avec sa mère qui vend du thé et des msemen (crêpes feuilletées, Ndlr) au marché. Très bonne élève au collège Cézanne, elle doit fournir plus de travail lors de son entrée au lycée Saint-Exupéry.

Elle découvre l’existence de Sciences po en terminale, par l’intermédiaire du partenariat de préparation au concours, passé entre le lycée et le prestigieux établissement parisien. Elle s’y inscrit par défi. « Je ne savais pas ce qu’étaient la gauche ou la droite », se souvient l’étudiante de 19 ans. Après avoir décroché les deux examens oraux d’admission, elle choisit d’aller apprendre au campus de Menton. « Pour le cadre de vie, mais aussi car on nous proposait des études spécialisées sur le Moyen-Orient et des cours d’arabe », explique Samia Maakouf.

Elle apprécie l’ouverture d’esprit que lui ont apporté ces études à l’autre bout de la France. « Quand je compare le campus et le Val fourré, ce sont deux environnements arabo-musulmans, mais les mentalités y sont très différentes », note la jeune femme, qui veut garder les pieds sur terre et continue d’aider sa mère au marché.

Les débuts à Sciences po, et le regard de leurs camarades, ne sont pas toujours faciles pour les étudiants mantais. « Ca s’arrête dès les premières notes, c’était une petite fierté de voir que nous pouvons être meilleurs qu’eux », se contente-t-elle. Pour sa troisième année d’études, elle est à l’université anglophone turque de Boğaziçi.

Aujourd’hui passionnée de politique dans ses différents aspects, elle regarde Mantes-la-Jolie d’un œil neuf. « Le terrain politique est très délicat ici, je ne l’ai découvert que l’année dernière ! », s’amuse-t-elle. « La diversité phénoménale de Mantes est une chance », estime Samia Maakouf. « Elle est soit sous-utilisée, soit utilisée à mauvais escient. J’ai parfois l’impression que l’on nous divise pour mieux régner », juge-t-elle néanmoins.