« J’étais un bon à rien, me disaient gentiment mes grands-parents cultivateurs », se souvient Paul Devaux avec un petit sourire. Il est pourtant difficile de l’imaginer ainsi, alors qu’à 71 ans et après une vie bien remplie, Paul Devaux continue d’avancer et de cultiver ses passions. Comme beaucoup d’autres à cette époque, il arrive en France à 3 ans, lorsque ses parents sont rapatriés d’Algérie. Son père, de garde forestier, devient ouvrier à l’usine de Flins-sur-Seine. La famille arrive à Mantes-la-Jolie alors qu’il a 11 ans.

Pas très scolaire, il s’engage en apprentissage à Paris, devient chaudronnier, travaille quelque temps et fait son service militaire, avant de revenir à Mantes-la-Jolie. Il entre en 1967 chez Selmer, le célèbre fabricant mantevillois d’instruments a vent. Embauché pour prendre la suite d’un chef d’équipe partant en retraite, il le devient donc un an plus tard. Il continuera à grimper les échelons, jusqu’à devenir, dans les années 1980, responsable de la fabrication de l’ensemble de l’usine. Il le restera jusqu’à son départ en retraite, en 2002.

« Je me suis éclaté chez Selmer pendant 35 ans, je n’ai jamais été au travail à reculons, toujours avec plaisir, assure ce bourreau de travail. Même si j’étais un responsable, et que les salariés me craignaient un peu, je les ai toujours beaucoup appréciés. » Son intérêt pour les escargots, lui, date du début des années 90 : « Un jour, je lis un article sur deux médecins partis élever des escargots, ça a fait tilt, j’ai commencé à regarder ça de très près. Comme je suis quelqu’un qui ne fait pas les choses à moitié, je m’y suis mis pleinement. »

Amis, famille et connaissance apprécient ses premières productions, lui y consacre tous ses week-ends. En quelques années, le parc d’élevage expérimental, monté derrière la maison qu’il s’est construite, s’agrandit, se complète d’un laboratoire agréé, et d’une entreprise en bonne et due forme. Cette croissance va jusqu’à la création de son actuel magasin de Favrieux. « Je me suis régalé parce que ça a marché. Ca m’est arrivé d’aller faire des marchés où les gens se jetaient dessus, alors que je n’avais même pas monté la vitrine ! », se rappelle-t-il aujourd’hui de ses années d’éleveur.

Il transmet son activité à l’une de ses trois filles en 2008 et part en retraite, définitivement cette fois-ci. Il en profite pour se consacrer à la chasse, une autre de ses passions. Il est toujours aussi actif que lorsqu’il travaillait, à entendre sa femme Claudine, rencontrée chez Selmer. « Le jour où j’arrête, c’est que je suis mort », confirme posément Paul Devaux.