Ils tiennent FJD, une discrète boite de communication limayenne à la clientèle locale et plutôt fidèle. Mais les passions de David et de François-Joël Tollemer sont bien différentes de leur travail, de la musique à l’histoire, en passant par l’informatique ou le bon whisky. Ils accueillent La Gazette au Zébra, la scène ouverte du centre d’action culturelle mantais Georges Brassens. Ce soir-là, avec le troisième larron composant leur groupe Kptain bebeu, ils ont joué des classiques du rock jusqu’à minuit.

La musique est d’abord la passion de François-Joël, 44 ans, même si tous deux ont hérité cet intérêt de leurs parents. « Si j’avais pu en faire ma vie, je l’aurais fait. J’ai arrêté cette idée après quelques mauvaises expériences à 20 ans », se souvient le cadet avec une pointe de nostalgie dans la voix.

Il est plus taciturne que son frère David, 46 ans, qui parle volontiers pour deux. « Ils étaient des vignerons, qui habitaient la plus vieille rue, rue de l’Eglise. Les vignes étaient sur les coteaux, au Sud », raconte-t-il de ses ancêtres limayens, obligés de se reconvertir lorsque le philloxera ravage le vignoble de la vallée de Seine.

Après une enfance sans histoire à Limay, les deux frères prennent des voies différentes et quittent la commune. Ils se retrouvent professionnellement comme géographiquement en 1996, alors que l’aîné travaille dans une entreprise de communication. « C’est venu un peu par hasard, il y avait un besoin, David m’a embarqué », se rappelle François-Joël. Ils ne se quitteront plus, et continuent de travailler ensemble presque 20 ans après. Seule différence, l’entreprise est désormais la leur, créée en 2007.

Leur autre grande passion, l’histoire, est plutôt celle de David. Elle était en sourdine depuis ses études, il se replonge dedans à l’occasion d’une commande professionnelle. Elle les mènera à réaliser la maquette de plusieurs livres : « Nous nous sommes fait plaisir en rencontrant d’autres gens passionnés et passionnants ! »

En 2008, ils se lancent dans l’édition de la revue Art, artistes et patrimoine, avec un rédacteur-photographe : « Il n’y avait rien qui donnait la parole aux artistes », expliquent-ils. Depuis, les trois à quatre numéros annuels balaient très large le champ culturel local.

Peintres, tatoueurs, vitraillistes, ou restaurateurs de bâtiments comme de tableaux, ont voix dans leur magazine diffusé en vallée de Seine et dans le Vexin. « On ne gagne rien avec, mais on se fait plaisir », expose David Tollemer de cette aventure. Culture et histoire sont des disciplines également présentes dans leur vie privée, eux qui sont mariés à deux restauratrices de sculptures et historiennes d’art. Quant à leur entreprise, celle-ci est au service de leur vie, et certainement pas l’inverse.

« Ma vie, c’est le boulot, le groupe, les enfants que je vais chercher à l’école. Ce sont des choix, je ne gagne pas des millions mais nous avons à manger, à boire, un toit, on fait de la musique. Nous ne sommes pas malheureux », résume de leur philosophie David Tollemer, approuvé par son frère. Leur bonne humeur, éclatante ce soir-là au Zébra, semblait leur donner raison.