Le financement par les internautes de jeunes entreprises, ou crowdfunding, est aujourd’hui bien connu, notamment avec la plateforme Kickstarter. Il est maintenant possible, ici avec la plateforme Unilend, de prêter en ligne quelques dizaines d’euros pour financer des entreprises existantes. Un magasin d’optique de Buchelay, et une PME industrielle de précision à Chanteloup-les-Vignes, ont ainsi sollicité les internautes.

Depuis 2007, le crédit aux entreprises reste d’un accès difficile. « Maintenant, c’est très compliqué de demander de l’argent aux banquiers », explique ainsi Arnaud Simon, dans son Optical center. « Le système bancaire souhaite énormément de garanties pour prêter », confirme Eric Wagner, directeur général d’Outil précis.

Outil précis découpe des prototypes et des petites séries pour l’industrie aéronautique et spatiale.
Outil précis découpe des prototypes et des petites séries pour l’industrie aéronautique et spatiale.

Cette PME de pointe, au chiffre d’affaires annuel de 3,2 millions d’euros, est le leader français de l’électro-érosion, utilisée pour les matériaux trop durs ou les pièces aux formes très complexes. Avec cette technique, l’entreprise, créée en 1960, découpe des prototypes et des petites séries pour les grands noms de l’industrie aéronautique et spatiale.

« Nous avons toujours investi le résultat de l’entreprise dans l’outil de production », exprime avec fierté Pierre Heintz, codirigeant et fils du fondateur. Après un moment difficile il y a quelques années, Outil précis est à nouveau en pleine croissance. Une rénovation de l’usine est en cours et l’entreprise, qui comptait 10 salariés en 2013, devrait employer 18 personnes en 2015.

« C’est venu par hasard, j’ai reçu un mail de pub un lundi matin, j’ai cliqué », se souvient Eric Wagner, à qui la Banque de France venait de conseiller une augmentation des fonds propres. Il reste aujourd’hui surpris de la simplicité de son emprunt, 250 000 € sur cinq ans : « Le dossier est en ligne pour 30 jours. Aujourd’hui, il en reste 16, nous sommes à 118 000 €. »

Le taux d’intérêt, élevé, n’est pas forcément intéressant pour Outil précis, alors que l’Union européenne est en train de débloquer des fonds à très faible taux, destinés aux PME industrielles. « J’ai trouvé novateur que des particuliers s’intéressent aux PME. Peut-être que nos propres ouvriers nous prêtent de l’argent sans que je le sache », se réjouit cependant le directeur général.

Le patron de ce magasin d’optique de Buchelay a réalisé un emprunt de 40 000 € cet été.
Le patron de ce magasin d’optique de Buchelay a réalisé un emprunt de 40 000 € cet été.

Le patron du magasin d’optique de Buchelay, lui, a réalisé un emprunt de 40 000 € cet été, en une semaine. Il souhaitait lancer une activité d’audioprothésiste, mais les banques n’étaient pas intéressées. « Ce sont des taux qui sont plus élevés que chez un banquier, maintenant, pour lancer une activité qui fonctionne, il n’y a pas le choix », expose Arnaud Simon.

« Je pourrais repasser par Unilend pour un petit investissement, c’est une bonne solution d’ultime tentative, le système est simple, ça s’est fait rapidement et simplement », ajoute, plutôt satisfait, le chef d’entreprise. Il a d’ailleurs observé, une fois sa collecte terminé, que des prêts lui avaient été faits par des habitants du Mantois.

La plateforme parisienne vient de fêter son premier anniversaire. Aujourd’hui, elle a collecté pour 80 entreprises, auprès de 2 600 prêteurs, plus de 6,5 millions d’euros. « Je comprends la frilosité du système bancaire classique, mais aujourd’hui, il n’aide pas forcément à la hauteur des besoins de la croissance. Il ne faut pas casser les bonnes initiatives », conclut Eric Wagner.

Un investissement risqué

Financer directement des entreprises est un choix qu’il faut pouvoir se permettre. « C’est un investissement risqué, ne cache pas Nicolas Lesur, le fondateur d’Unilend. Ca justifie le taux d’intérêt élevé, et la nécessité de prêter au maximum d’entreprises possibles. » Les plateformes de prêts en ligne similaires, dans d’autres pays européens, connaissent d’ailleurs des taux de défaut allant de 1 à 4 %, et Unilend envisage d’être à environ 2 %.

Pour limiter les risques, moins de 5 % des dossiers reçus seraient validés. « La sélection se fait sur des critères financiers, nous essayons de comprendre la capacité de remboursement de l’entreprise », détaille Nicolas Lesur. Les internautes inscrits respecteraient ces conseils, assure le chef d’entreprise : « Nous observons des gens qui prêtent au maximum d’entreprises. Mais pas à toutes non plus, ça montre leur discernement. »

Comment emprunter avec Unilend ?

Une entreprise souhaitant réaliser un emprunt par l’intermédiaire de la plateforme doit déposer un dossier sur le site internet, Unilend se chargeant de récupérer les données financières. La jeune pousse parisienne se rémunèrera via un pourcentage de l’argent finalement emprunté. Les fondateurs de la start-up garantissent une réponse en 48 à 72 h.

La campagne de financement est ensuite lancée pour une ou plusieurs semaines. Le taux d’intérêt initial est fixé par Unilend, entre 8 et 10 %. Il pourra baisser, selon un système d’enchères inversées, à partir du moment où il y a plus de prêteurs que nécessaires. Lorsque le financement est complet, l’entreprise peut l’accepter ou le refuser, si le taux d’ntérêt ne lui convient pas.

Les internautes inscrits pour prêter de l’argent ont accès aux bilans financiers (non détaillés, Ndlr) des trois derniers exercices comptables. Le seuil minimum par prêt est de 20 €, remboursés au fur et à mesure par l’entreprise financée. Ces investissements ne bénéficient d’aucune niche fiscale, et chaque internaute est considéré comme créancier à part entière.