Depuis 2013, la communauté musulmane mantevilloise se trouve écartelée entre deux associations. El Fethe existe depuis plus d’une décennie, l’association Mosquée Mantes Sud (AMMS) depuis 2013. Sur fond de projet de mosquée (voir encadré), leurs responsables s’affrontent, au point qu’El fethe assigne aujourd’hui en justice le président de l’AMMS.

En écoutant Abdelaziz El Jaouhari, le président rosnéen de la jeune association Mosquée Mantes Sud (AMMS), parler d’El fethe, l’affaire paraît simple. « Il y a eu beaucoup de problèmes de gestion de l’association, de fausses déclarations, des sommes importantes sont passées on ne sait où », assure-t-il.

« Pour assainir l’association, il était question de créer une autre structure », estime Abdelaziz El Jaouhari, le président de l'AMMS.
« Pour assainir l’association, il était question de créer une autre structure », estime Abdelaziz El Jaouhari, le président de l’AMMS.

« Comme les fidèles n’ont pas eu de réponses à leurs questions, pour assainir l’association, il était question de créer une autre structure », ajoute-t-il. Alors, après une réunion publique fin 2013, naissait l’AMMS. Celle-ci a pris le relais d’El fethe, dans la récolte de fonds destinés à la future mosquée.

Les responsables d’El fethe décrivent, eux, un hold-up du président de l’AMMS sur la communauté musulmane, commencé en 2011. « Il s’est intégré au prétexte de nous aider, sans faire partie de l’association, il a sympathisé avec Madame le maire (Monique Brochot, Ndlr), tissé des liens », raconte, amer, Zoher Abbadia, président d’El fethe depuis 2 ans.

Le projet de mosquée se construit concrètement, petit à petit, avec El fethe. Arrive octobre 2013, et un double coup de théâtre. Une délibération du conseil municipal attribue le projet de mosquée à l’AMMS, qui se constitue quelques jours plus tard sans les responsables d’El fethe.

« Il a mélangé la politique et la religion », estime Zoher Abbadia, le président d'El fethe.
« Il a mélangé la politique et la religion », estime Zoher Abbadia, le président d’El fethe.

Les pétitions n’y changeront rien, l’AMMS devient le partenaire privilégié de la mairie. « Il a fallu laisser la salle de prière à l’AMMS, avec leur imam, pour constituer un quartier général pour la campagne de Madame Brochot (PS) […] il a mélangé la politique et la religion », estime Zoher Abbadia.

L’association El fethe décide de ne pas aller devant la justice, afin de ne pas mettre en danger le projet de mosquée, selon ses responsables. Entre temps, les associations s’affrontent uniquement autour des dons déjà récoltés par El fethe auprès des fidèles, que l’AMMS ne parvient pas à récupérer.

Aujourd’hui, alors que le projet de mosquée à l’endroit prévu est tombé à l’eau, El fethe assigne en justice Abdelaziz El Jaouhari pour obtenir réparation. Le différend paraît donc plus loin que jamais de se résoudre, et sera prochainement examiné en place publique. De son côté, El fethe cherche maintenant un local privé à acheter pour constituer une mosquée, avec les 167 000 € de dons récoltés jusqu’en 2013.

La mairie FN bien partie pour payer
partiellement la mosquée

Tout avait été bouclé avant l’élection de la majorité FN en mars dernier. L’association Mosquée Mantes Sud (AMMS) devait racheter, pour 650 000 €, l’ancien bâtiment de la trésorerie des impôts, détenu par la Communauté d’agglomération de Mantes en Yvelines (Camy).

La Camy souhaitait impliquer la mairie de Mantes-la-Ville pour respecter sa compétence sur les cultes, cette dernière rachetant alors le local, avant de le revendre immédiatement à l’AMMS. Tout l’édifice est cependant tombé par terre après l’élection de Cyril Nauth (FN). Le nouveau maire ne s’est en effet pas présenté chez le notaire lors de la signature de la vente. « Nous assignons la ville au tribunal pour la signature de l’acte de vente, et pour demander des dommages en remboursement du préjudice », explique Aziz El Jaouhari, président de l’AMMS.

Le maire a assuré à Libération avoir « trouvé une solution » pour que cette illégalité ne coûte rien à la ville. Mais la commune a déjà dépensé quelques dizaines de milliers d’euros en procédures contentieuses. Et les Mantevillois pourraient bien, si l’issue judiciaire est défavorable à la commune, finir par subventionner la future mosquée. Ce serait un résultat surprenant de l’élection d’un maire FN.

Salle de prière : travaux avant expulsion ?

Boulevard Roger Salengro, les travaux allaient bon train en novembre, à la salle de prière (photo de Une). Avaient lieu entre autres la rénovation des sanitaires pour les ablutions, et la construction de structures en bois et tôles, autour de ce pavillon, propriété municipale.

« C’est exigu, et par certains aspects dangereux […] nous avons le droit de pratiquer dans la dignité », estime Aziz El Jaouhari, président de l’association Mosquée Mantes Sud (AMMS). Cette dernière gère le local, et a décidé d’engager ces travaux, malgré une mise en demeure de quitter les lieux, envoyée cet été par la mairie.

« De la même manière qu’ils bétonnent le pavillon, nous sommes en train de bétonner notre argumentation juridique »,
commentait en novembre le maire Cyril Nauth (FN) lors d’un conseil municipal. Il reste donc déterminé à récupérer la parcelle, privant de fait les Mantevillois musulmans d’un lieu de culte.