Il n’est pas rare que des absences de professeurs titulaires se soldent par une absence de cours pour les élèves des collèges et lycées yvelinois. Quant aux absences de très courte durée, celles-ci ne sont presque plus jamais remplacées, d’après les délégués syndicaux des établissements de la vallée de Seine.

Dans le Mantois, les protestations se sont faites nombreuses ces derniers mois. Elles portaient, entre autres, sur les non-remplacements d’enseignants.
Dans le Mantois, les protestations se sont faites nombreuses ces derniers mois. Elles portaient, entre autres, sur les non-remplacements d’enseignants.

Les raisons ? Elle sont multiples selon les interlocuteurs institutionnels et syndicaux : manque de recrutements nationaux, manque de candidats aussi dans certaines matières, déficit général d’attractivité pour le métier de professeur. Sans oublier, pour les établissements les plus éloignés ou classés en Réseau éducation prioritaire (Rep), des difficultés supplémentaires à attirer les enseignants.

« Ce problème est de plus en plus profond et les manques s’accumulent d’année en année, en particulier dans un certain nombre de disciplines, s’inquiète ainsi Frédéric Lesnes, secrétaire départemental yvelinois du Snes-FSU. Les mathématiques, la technologie, les lettres classique et l’anglais sont plus touchées que d’autres. »

L’Académie de Versailles est responsable de la gestion des ressources humaines des collèges et lycées de quatre départements franciliens. Cela représente 36 000 enseignants titulaires, et 3 000 à 4 000 contractuels recrutés sans concours. Les élèves, eux, sont environ 140 000 dans les Yvelines.

Alors, pour gérer au mieux cette pénurie, l’Académie organise des sessions hebdomadaires de recrutement de professeurs contractuels.
Alors, pour gérer au mieux cette pénurie, l’Académie organise des sessions hebdomadaires de recrutement de professeurs contractuels.

« Dans bon nombre de disciplines, les titulaires remplaçants sont déjà tous nommés et affectés à l’année dès le premier septembre. Dans certaines, c’est même le vivier de contractuels qui viennent en plus des titulaires en poste, qui est épuisé à la rentrée », détaille Frédéric Lesnes de la situation.

Philippe Diaz, secrétaire général adjoint et responsable des ressources humaines à l’Académie de Versailles, ne dément pas ce constat : « Nous axons nos priorités de remplacement sur les niveaux de classe à examen, de façon à ce que ça ne pénalise pas les élèves, mais des disciplines restent malheureusement en forte tension. »

L’une des raisons avancées à cette situation est nationale : la suppression de postes décidée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. « Nous sommes en recrutement depuis trois ans, nous reconstituons des viviers qui, dans la précédente mandature, avaient un peu été mis à mal », estime ainsi Philippe Diaz.

Dans le Mantois, les non-remplacements s’ajoutent à la colère

Les enseignants de plusieurs collèges et lycées, parfois accompagnés des parents d’élèves, ont manifesté ces derniers mois, contre la réduction des moyens alloués à leurs établissements, dont l’absence des remplacements.

Ils sont d’ailleurs allés jusqu’à interpeller leur ministre, Najat Vallaud-Belkacem, venue pour un meeting électoral.
Ils sont d’ailleurs allés jusqu’à interpeller leur ministre, Najat Vallaud-Belkacem, venue pour un meeting électoral.

Depuis quelques mois, rien ne va plus dans les établissements du Mantois. De manifestations en courriers, en passant par des rendez-vous avec l’inspection académique, les enseignants, souvent soutenus par les parents d’élèves, ont indiqué leur colère face à ce qu’ils estiment être une réduction inacceptable des moyens à leur disposition.

Ils sont d’ailleurs allés jusqu’à interpeller leur ministre, Najat Vallaud-Belkacem, venue pour un meeting électoral. A chaque manifestation, la question du non-remplacement des professeurs soulève une foule de réactions, chacun y allant alors de son anecdote.

« Dès le début de l’année, nous savons qu’il y aura d’énormes problèmes, explique par exemple Jack Lefebvre, délégué du personnel Snes-FSU au collège André Chénier (Mantes-la-Jolie). Et je ne parle même pas des absences de quelques jours, dont on sait qu’elles ne seront jamais remplacées ! »

Un des cas les plus emblématiques de la situation actuelle est le non-remplacement d’un professeur d’allemand au collège mantevillois de la Vaucouleurs. Les 70 élèves germanistes, certains comme première langue, ont ainsi du patienter deux mois et demi après la rentrée de septembre pour bénéficier d’un enseignement.

De manière générale, l’élèvement du niveau de recrutement des enseignants de la Licence au Master, suite à la plus récente réforme, a mécaniquement diminué le nombre de candidats aux concours. Mais c’est la baisse de l’attractivité du métier ces dernières années, à tous les niveaux, qui est pointée d’une même voix par l’Académie et le syndicat.

« Le problème est que beaucoup d’étudiants se détournent du métier de l’enseignement à cause des conditions de travail, et de formation ces dernières années (l’année de formation a été rétablie, Ndlr), déplore le secrétaire départemental du Snes-FSU. Le salaire est également un facteur, ce n’est pas évident de commencer à 1,2 fois le Smic avec un bac +4 ou +5. »

En ce qui concerne les disciplines ayant le moins de remplaçants, la cause en est souvent une concurrence frontale avec des postes plus prestigieux. « Quand vous avez fait des études de mathématiques, vous pouvez travailler dans la finance ou dans l’assurance, note Philippe Diaz. C’est plus attractif et rémunérateur que le métier d’enseignant. »

Alors, pour gérer au mieux cette pénurie, l’Académie organise des sessions hebdomadaires de recrutement de professeurs contractuels. Elle a également mis en place les Emplois d’avenir professeur : des étudiants travaillent alors quelques heures par semaine dans des établissements. Mais il faudra du temps pour résorber le déficit actuel.

Classement des lycées : Le Parisien bouscule les idées reçues

A l’occasion de la publication des taux de réussite au bac, le quotidien a cherché à connaître la « valeur ajoutée » de chaque établissement. Le résultat offre quelques surprises.

Dans les Yvelines, le lycée trappois de la Plaine de Neauphle est celui qui apporte le plus à ses élèves, suivi de près par Jean Rostand (Mantes-la-Jolie), puis par Léopold Sédar Senghor (Magnanville). Dans les filières rofessionnelles, on retrouve Notre-Dame (Mantes-la-Jolie) et Jacques Vaucanson (Les Mureaux) en tête.

Ce classement vous intrigue ? Il reflète pourtant, d’après Le Parisien, la « valeur ajoutée » supérieure amenée par ces établissements, au-delà du seul taux de réussite au bac. Le quotidien a intégré la progression des élèves, et la proportion de ceux-ci qui restent dans le lycée de la seconde jusqu’au bac.

Cela rend donc possible une reconnaissance pour des établissements dont le taux de réussite au bac ne peut être sans commune mesure avec les établissements opérant une forte sélection à l’entrée, à l’image du lycée Jean Rostand, second du classement de la « valeur ajoutée » avec un taux de passage du bac de 78 %.

La mesure traditionnelle de l’efficacité des établissements avec le seul taux de réussite au bac met d’abord en avant, dans les Yvelines, les lycées privés, ou quelques lycées publics d’élite de l’Est du département. A l’inverse, ce sont les structures de la vallée de Seine et du Mantois qui prédominent en termes d’amélioration du parcours de leurs élèves.

En vallée de Seine, quelques établissements se détachent de cette double classification. En ce qui concerne les filières professionnelles, les lycées Léopold Sédar Senghor et Notre-Dame se placent dans les premiers, quelque soit le critère de sélection. Dans les filières générales et technologiques, les lycées Léopold Sédar Senghor et Saint-Exupéry (Mantes-la-Jolie), avec 95 et 90 % de réussite à l’examen et une très bonne valeur ajoutée, sont clairement devant.

Enfin, un établissement public d’exception semble se nicher à Limay. En effet, le lycée Condorcet se paie le luxe d’être dans les premiers lycées du département, quelque soit la filière ou le critère de classement. Le taux de réussite de ses élèves aux bacs général et professionnel y est de respectivement 97 % et 89 %. Le taux de réussite moyen au bac en 2014 dans le département était de 93,6 % en filière générale, de 91,7 % en filière technologique, et de 81 % en filière professionnelle.