En le voyant devant la maison dont il rénove le jardin, bronzé, sourire aux lèvres, l’on a peine à croire que Xavier Pégard a en réalité passé la majeure partie de sa vie sous les néons des bureaux. Si l’homme de 37 ans exerce aujourd’hui avec bonheur son nouveau métier de paysagiste écologique, son travail était nettement moins bucolique, plongé qu’il était alors dans les colonnes de chiffres.

« J’étais paumé, je ne voulais plus rester, j’ai fait comme un burn out, se rappelle-t-il du moment où ce comptable, responsable financier, a décidé de bouleverser sa vie professionnelle. Je travaillais beaucoup, et je ne comprenais plus pourquoi sinon pour faire plaisir à la direction, mais moi, ça ne me faisait plus plaisir. »

Sa jeunesse, il la passe dans un quartier HLM d’Aubervilliers, « entouré de béton. » Enfant de parents divorcés, il prend rapidement des responsabilités pour aider sa mère, femme de ménage aux horaires difficiles, et accompagner sa petite sœur.

Adolescent rentre-dedans, « faux calme » comme il se décrit, il exprime des besoins très concrets lorsque, au lycée, vient le moment de choisir son orientation. « Nous vivions très modestement, je voulais absolument gagner beaucoup d’argent, le métier d’expert-comptable gagnait bien », dit-il en évoquant cette période.

Il s’engage dans des études de comptabilité, puis devient directeur financier en quelques années. « Je flambais à l’époque, j’avais un salaire de cadre, un beau costume, une belle montre », sourit-il aujourd’hui de ces signes extérieurs de richesse, si importants pour lui à l’époque.

C’est au travail qu’il rencontre sa femme, elle aussi comptable. Elle habite Limay, lui Courbevoie. C’est lui qui va la rejoindre, après quelques hésitations : « Au début, comme je sortais des quartiers d’Aubervilliers, j’ai dit ‘’Ah non, je ne retourne pas dans la zone’’. Et puis, en visitant, j’ai trouvé ça sympa. »

Arrivé dans le Mantois, il choisit un peu plus tard de lâcher sa vie professionnelle à Paris pour devenir responsable chez le fabricant de pompes immergées Sulzer en 2005. Il gagne moins qu’avant, mais ne passe plus sa vie dans les transports : « N’ayant pas connu mon père, je ne voulais pas que ma fille ne voie pas le sien. »

Il reste huit ans dans l’entreprise, le temps d’avoir deux autres enfants, et que la lassitude gagne petit à petit cet éternel assoiffé de connaissances et de nouveauté. Un changement de direction intervient, il trouve l’ambiance plus étouffante, déprime. Xavier Pégard décide alors de changer radicalement de parcours professionnel.

Après un bilan de compétences qui lui indique les métiers de fleuriste ou de paysagiste, il lui faut encore quelques mois avant de quitter la société en bons termes. « Je voulais être dehors, en contact avec le vivant, sortir des bureaux aseptisés, climatisés, vivre le temps et les saisons », exprime-t-il aujourd’hui de ce choix.

Il s’engage alors dans une formation de paysagiste, et découvre le paysagisme « à l’ancienne » lors de ses stages. Ils le convainquent de proposer une gestion plus écologique du jardin : « Je respirais le gasoil des machines, le bruit des tronçonneuses et les traitements chimiques. »

Un an après, au début de cette année, il crée son entreprise. Un peu inquiet, il se rassure lorsqu’à l’arrivée des beaux jours, son carnet de rendez-vous se remplit. Et il semble très loin de la lassitude qui le gagnait souvent au travail : « Tous les jardins sont différents, et la nature est une source inépuisable d’apprentissage. »

L’enfant aux origines modestes est devenu un homme sinon épanoui, du moins plus détendu, après avoir été un cadre ambitieux et stressé. « J’ai ma petite maison, mon petit terrain, ma petite femme, trois enfants magnifiques et je m’éclate dans mon métier, se réjouit Xavier Pégard. Je ne demande qu’une chose : que ça marche. »