Dans le pavillon magnanvillois où elle est hébergée par sa soeur depuis neuf mois, Karima, 35 ans, essaie de garder le moral malgré ses difficultés. Depuis un an, cette mère de deux jeunes enfants peut compter sur les doigts de la main les moments passés avec son fils de trois ans, hébergé chez son futur ex-mari. Elle met en cause les lenteurs de la justice, et l’inéquité de la procédure d’aide juridictionnelle.

Tout commence en 2010. Marocaine, fille de bonne famille, le hasard la fait entrer en contact avec un Français croisé professionnellement dix ans plus tôt. Une histoire d’amour commence, ils se marient au Maroc l’année suivante. Ils vivent quelques temps en France, ont leur premier enfant, puis s’installent à Casablanca, son mari arguant d’une opportunité professionnelle.

En 2013, face à un échec professionnel, l’homme repart en France, ne revenant que pour de brefs séjours, tandis que Karima, enceinte puis à nouveau mère d’une petite fille, reste au Maroc. L’an d’après, ils conviennent de revenir s’installer en France. Lui vient chercher son fils avant l’été, elle doit le rejoindre peu après. A plusieurs reprises, il retarde pourtant le retard de Karima.

« Je gardais cet espoir que j’allais vivre avec mon fils, ma fille et mon mari, à l’époque, je ne doutais pas encore de lui et lui trouvais toujours des excuses », se souvient-elle la larme à l’oeil. Arrivant au moins d’août à l’aéroport, elle tombe de haut : il ne souhaite pas qu’elle ou sa fille le rejoigne, et parle de divorce. Sans travail, elle se serait trouvée à la rue si sa soeur ne l’avait pas hébergée.

Décidant de reprendre la main, elle dépose une demande de divorce au Maroc, suivie peu après par celle du mari, lancée devant les juridictions françaises. La procédure marocaine se trouve bloquée, en attendant que la justice française se déclare incompétente. Quelques mois plus tard, son encore mari déménage, compliquant le travail de la justice. Elle apprend également qu’il est en couple depuis plusieurs mois avec une autre femme, qui se présente comme la mère à la crèche du fils.

La justice devrait se prononcer dans les mois à venir,sur le divorce comme à propos d’une autre procédure concernant les enfants, mais en attendant, Karima, qui a récemment réussi à retrouver du travail, voit à peine son fils. Son père, lui, ne cherche pas à entrer en contact avec sa fille, selon elle. Quelque peu désespérée, elle reproche à la justice française sa lenteur, que le père utiliserait à son profit. « Lui ne fait que reporter les audiences, je suis bloquée dans ces procédures. Comment la justice peut-elle laisser faire ? », s’étonne-t-elle ainsi.

Cette mère en veut aussi au système d’aide juridictionnelle, auquel elle est soumise par manque de moyens. Son avocate, dont Karima estime qu’elle la traite différemment de ses clients qui paient, n’a en effet pas hésité à le lui rappeler : « Ca veut dire que si l’on a pas d’argent, nos droits ne peuvent pas être respectés ? », s’indigne-t-elle.

Lenteurs judiciaire et aide juridictionnelle

Lors des litiges liés au mariage et aux enfants, les délais procéduraux sont fréquemment très mal ressentis par les familles. Le système de l’aide juridictionnelle, lui, est vigoureusement dénoncé par les avocats : sa rémunération très insuffisante fait reposer la qualité de la défense du justifiable démuni sur la bonne volonté du professionnel du droit. Dans le cadre de procédures familiales, le délai judiciaire peut se compter en semaine ou en mois. « Dans ces affaires, l’enjeu humain est énorme, et il n’y a pas d’adéquation entre la temporalité judiciaire et la temporalité psychologique », explique Maître Julie Cadin, une avocate parisienne spécialisée dans ce type de litiges.

Quant à l’aide juridictionnelle, son avis rejoint celui des ordres d’avocats, qui critiquent son montant jugé bien trop faible. « Le système est complètement pourri, il y a un désinvestissement de l’Etat qui me paraît scandaleux. Nous n’avons pas les moyens de faire votre travail, juge l’avocate. Je préfère refuser certains dossiers sous aide juridictionnelle, car je sais qu’ ils vont me coûter de l’argent. A la limite, je préfère prendre un dossier pro bono (gratuitement, Ndlr). »