La semaine dernière, la préfecture des Yvelines a validé la qualification en Projet d’intérêt général (Pig) de la future carrière calcaire que le cimentier Calcia souhaite ouvrir à Brueil-en-Vexin. Ce classement oblige la commune à modifier ses documents d’urbanisme (voir encadré). Les élus des communes proches de la carrière envisagée et du Parc naturel régional du Vexin (PNRV), comme les associations de riverains et environnementales, sont toujours aussi opposés au projet. Tous promettent des recours devant la justice, pour faire annuler le Pig.

Pourquoi le Pig est-il nécessaire pour Calcia ?

Depuis une vingtaine d’années, le cimentier Calcia, filiale d’Italcementi, cherche un emplacement pour implanter une exploitation de calcaire afin de combler la fin d’exploitation de la carrière de Guitrancourt, en 2018.
Depuis une vingtaine d’années, le cimentier Calcia, filiale d’Italcementi, cherche un emplacement pour implanter une exploitation de calcaire afin de combler la fin d’exploitation de la carrière de Guitrancourt, en 2018.

Jusqu’à présent, la mairie de Brueil-en-Vexin avait toujours refusé de modifier son Plan local d’urbanisme (PLU), qui détermine ce qu’il est possible ou non de construire sur la commune, pour permettre l’implantation future d’une carrière calcaire. La qualification en Projet d’intérêt général (Pig) permet d’obliger la municipalité à modifier son PLU.

Elle devra intégrer et légaliser les futures emprises, de la carrière elle-même, comme de la piste menant au concasseur de la future ancienne carrière de Guitrancourt. Ce classement lève donc la dernière barrière au dépôt d’une demande d’autorisation d’exploiter, nécessaire pour lancer le projet.

Depuis une vingtaine d’années, le cimentier Calcia, filiale d’Italcementi, cherche un emplacement pour implanter une exploitation de calcaire. Son objectif est de continuer à alimenter en matière première sa cimenterie de Gargenville, qui produit environ 600 000 tonnes de ciment chaque année, après la fermeture définitive, en 2018, de sa carrière de Guitrancourt (transformée en centre d’enfouissement de déchets ultimes, Ndlr).

L’entreprise s’est fixée depuis longtemps sur le gisement de Brueil-en-Vexin, mais, depuis deux décennies, élus locaux et riverains ont réussi à retarder les choses à plusieurs reprises. L’actuel projet de Calcia couvre une surface de 120 ha à Brueil-en-Vexin, ainsi que 80 ha à Guitrancourt.

Il prévoit aussi le creusement d’une piste à travers une forêt protégée, du site d’exploitation jusqu’à la future ex-carrière de Guitrancourt. Les blocs de calcaire détachés à l’explosif y seront amenés par camion, afin d’être réduits en morceaux par le concasseur, avant d’être amenés par tapis roulant jusqu’à la cimenterie gargenvilloise.

En janvier, lors des voeux de leur maire, des Brueillois membres de l’association de riverains AVL3C – Vexin zone 109 avaient interpellé les élus, alors en campagne pour les élections départementales.
En janvier, lors des voeux de leur maire, des Brueillois membres de l’association de riverains AVL3C – Vexin zone 109 avaient interpellé les élus, alors en campagne pour les élections départementales.

« Evidemment, nous sommes écoeurés, c’est beaucoup d’arrogance. Les mêmes questions d’eau, de proximité du village et du bois balafré par la piste restent en suspens, estime Fabrice Thiérache, porte-parole de l’association Brueilloise AVL3C – Vexin zone 109. Nous avons l’impression qu’ils courent après un calendrier, sans forcément faire le nécessaire pour que les choses se passent mieux. »

Il assure qu’AVL3C – Vexin zone 109 mènera un recours en justice contre cette qualification en Pig, avec des associations locales de protection de l’environnement. D’autres procédures de recours devraient être portées conjointement par le PNRV et les mairies d’Ailly, de Brueil-en-Vexin et de Fontenay-Saint-Père.

« Nous nous attendions à la décision du préfet, pour autant, nous y sommes fondamentalement opposés, indique ainsi Bruno Caffin, maire de Brueil-en-Vexin et vice-président du PNRV. Nous considérons que l’intérêt général tel que défini par le préfet est surtout l’intérêt particulier d’un industriel. »

« Nous considérons que l’intérêt général tel que défini par le préfet est surtout l’intérêt particulier d’un industriel », estime Bruno Caffin, le maire de Brueil-en-Vexin.
« Nous considérons que l’intérêt général tel que défini par le préfet est surtout l’intérêt particulier d’un industriel », estime Bruno Caffin, le maire de Brueil-en-Vexin.

La décision préfectorale va permettre à Calcia de terminer sa demande d’autorisation d’exploiter. Elle devrait être déposée entre septembre et la fin de l’année, une fois les dernières études d’impact terminées. « Le Pig ne présage pas de l’autorisation qui sera éventuellement donnée pour exploiter la carrière, c’est une étape préalable », rappelle Catherine Barbier-Azan, la directrice de la communication de Calcia.

Riverains et élus demandaient que l’exploitation commence au plus loin des habitations, là où le calcaire est le plus profond, et non là où il est affleurant, à 350 m des premières maisons. « Les distances avec les habitations respectent largement la réglementation en la matière », répond la directrice de la communication.

L’entreprise refuse enfin l’idée d’un manque de concertation, dénoncé par les associations, et pointe les diverses réunions tenues depuis deux ans avec ces dernières et les pouvoirs publics. Si tout se déroule sans accroc, ni juridique, ni au niveau de l’autorisation d’exploiter et de son enquête publique afférente, le chantier d’exploitation devrait débuter en 2017. Il représente un investissement d’environ 50 millions d’euros.

Pig : les motivations de la préfecture

La semaine dernière, la préfecture des Yvelines a publié sur son site internet les motivations ayant conduit au classement du projet d’exploitation des ciments Calcia en Projet d’intérêt général (Pig). En voici l’essentiel.

« Les éléments économiques, environnementaux et sociaux qui fondent l’intérêt général de l’exploitation du gisement de calcaire cimentier consacré par le décret du 5 juin 2000 n’ont pas évolué depuis 2000, notamment au regard de la situation de déficit de la région Île-de-France en matière de matérieux de construction qui ne peut que s’accroître dans le contexte de la mise en oeuvre du Grand Paris », affirme l’institution représentant l’Etat dans le département.

Ses motivations incluent également la reconnaissance des modifications apportées par le cimentier à son projet ces derniers mois. La nouvelle route permettant de transporter le calcaire jusqu’au concasseur de la carrière Guitrancourt a vu sa largeur réduite. L’entreprise, filiale d’Italcementi, s’est également engagée à « ne pas transformer en centre d’enfouissement la carrière » après son exploitation. Enfin, le cimentier a aussi réduit la profondeur d’exploitation « du gisement qui se situera au-dessus de la nappe [d’eau] sous-jacente. »