Dans le Ptit bar mantevillois, devenu incontournable chez les musiciens du Mantois, Ben Ball Bass soulève l’admiration, du plus petit amateur au plus grand professionnel. L’homme, une lueur de gentillesse dans les yeux, parle doucement, à l’inverse de la vitesse à laquelle ses doigts glissent une fois la guitare en main.

Il a 34 ans, et presque autant d’années à explorer la musique avec ses guitares. De concert en concert, de rencontre en rencontre, il parcourt le monde à la recherche d’amitiés et de découvertes, avec le Mantois comme point d’attache depuis 1999. S’il refuse résolument l’idée qu’il joue de la musique africaine, Ben Ball Bass se décrit comme «un musicien du désert. »

En effet, la Mauritanie, qui l’a vu naître, est un pays de grands musiciens, en particulier d’instruments à cordes. « Nous avons des blues qui n’ont jamais été entendus aux Etats-Unis, qui viennent directement de Mauritanie. Ce sont des blues du désert », raconte-t-il, avant de montrer une méthode permettant de jouer « caché. » Là-bas, la musique est sacrée… alors, elle est aussi un peu secrète.

D’une jeunesse passée auprès d’une grand-mère sévère quant à l’éducation et au respect, il garde une infinie reconnaissance. Dès qu’il a 7 ans, son talent est repéré, par sa famille comme par des artistes. Un don précieux dans un pays où la musique est si importante : « Ma grand-mère m’avait interdit de toucher aux couteaux », se souvient-il.

Rapidement, il fréquente les maîtres à jouer du pays, ceux qui parcourent le monde de concert en concert, les « chefs d’orchestre » aussi dits « maestros ». Pour ces derniers, le talent se mérite : « Il faut vraiment leur montrer que tu as envie d’apprendre. J’ai été formé directement comme chef d’orchestre, je compensais l’absence d’apprentissage des notes en les côtoyant, en nettoyant leurs guitares. »

Dès ses 12 ans, Ben Ball accompagne les orchestres au son de sa basse : « J’étais le plus jeune bassiste de Mauritanie », rappelle-t-il, un soupçon de fierté dans la voix. Il y gagne un premier surnom, « le métronome », puis un second, qui restera : « Bass. »

« Je viens du désert, de la France, de l’Espagne, des Vosges, du Portugal, de la Mauritanie. »
« Je viens du désert, de la France, de l’Espagne, des Vosges, du Portugal, de la Mauritanie. »

Devenant adulte, il empreinte à son tour le chemin des maestros, fait de concerts dans le monde entier, de vadrouilles, de rencontres. Il finit par s’installer dans le Mantois, où une partie de sa famille réside : « Mais c’est toute la France qui m’a accueilli. J’ai été invité partout, par les scouts (dont il a été membre en Mauritanie, Ndlr), par les musiciens. »

Guitare entre les mains, il joue tout, du rock au blues en passant par le jazz ou le funk. Et ne venez pas qualifier sa musique d’africaine ! « Je viens du désert, de la France, de l’Espagne, des Vosges, du Portugal, de la Mauritanie. Je ne suis plus l’homme d’un seul quartier, d’un seul village, pays, ville ou continent, pointe-t-il avec émotion. Je suis de la musique. »

Talentueux, il n’est pas un musicien d’ambiance, et s’offre le luxe ne ne pas jouer pour tout le monde. « Certaines salles me veulent, mais savent que je n’irai pas. Je préfère faire un concert où les gens viennent se faire plaisir », assure-t-il. Dans le Mantois, il débarque souvent à l’improviste, au Ptit bar ou aux scènes ouvertes du Centre d’action culturelle Georges Brassens. Ses projets d’album répondant aux mêmes conditions, il attend la bonne rencontre après avoir refusé plusieurs projets. Il sortira cependant un cinq titres prochainement, « comme un avant-goût. »