Ils sont 140 à avoir répondu présent à la réunion publique organisée par la majorité FN, vendredi soir. Son objet ? La présentation du dispositif Mairie vigilante, auquel la majorité FN vient d’adhérer pour 2 500 € par an. Déclinaison municipale de Voisins vigilants, il vise à éviter, entre autres, les cambriolages, par l’apposition de stickers, et une ligne téléphonique directe pour signaler des problèmes.

Au sein de l’assemblée réunie dans la salle du conseil mantevilloise, le plus si nouveau maire FN de Mantes-la-Ville, Cyril Nauth, est plutôt à son aise. Pour une fois, il bénéficie d’un soutien actif, voire bruyant, d’une large majorité du public. La parole, elle, se libère, et l’hostilité entre différentes catégories d’habitants devient flagrante au moment des questions du public.

Un premier moment de tension saisit l’assistance lorsque des habitants du quartier des Merisiers demandent si Mairie vigilante permettra d’éviter les incivilités cet été. La majorité a en effet décidé, suite à l’attribution par le conseil départemental de subventions à des associations de quartier de subventions, de les interdire de toute relation avec la municipalité.

« Comme les associations que nous avons aux Merisiers n’auront plus droit aux locaux municipaux, il n’y aura pas d’activités, les enfants vont être dehors, ils vont faire des bêtises », pointe une habitante plutôt remontée. La réaction de la salle ne se fait pas attendre : elle est hostile, et plutôt violente.

Entre cris et applaudissements, le dialogue ne s’engage pas entre les composantes du public, sympathisants FN à l’avant, habitants du quartier et membres de ces associations à l’arrière. Cyril Nauth, lui, joue sur du velours : « Vous me dites que si je ne subventionne pas, il y aura des problèmes, donc vous faites du racket. Je ne vais pas céder aux menaces ou intimidations. » En face, les visages deviennent blêmes, et le ton monte : « C’est une honte ! Vous parlez de Mantes-la-Ville comme si vous y étiez né (Cyril Nauth habite Mantes-la-Jolie, Ndlr). Nous, nous y sommes nés ! »

Ensuite, à l’inquiétude d’un habitant qui craint « des milices au sein de la commune et des quartiers », le maire se veut rassurant. Quelques minutes plus tard, pourtant, un habitant prend la parole. Lui observait de chez lui une voiture suspecte, stationnée régulièrement, et la police avait toujours des problèmes plus urgents à régler.

« La voiture n’est jamais venue. Il a fallu que je sorte avec le pétard et je les ai fait partir. C’est drôle, depuis, ils ne reviennent plus », annonce-t-il, pas peu fier. En face, Cyril Nauth se contente d’une blague en guise de rappel à la loi : « Il n’y a pas eu de morts ? » La majorité de la salle, elle, rit aux éclats. Chez les opposants au FN, c’est l’effarement : « Cette réunion était glauque », confieront d’ailleurs plusieurs à la sortie.

Le Bloc identitaire à l’offensive

Le tract, distribué jeudi dernier, signé d’un mystérieux Collectif « Agir pour Mantes », évidemment anonyme, ne fait pas dans la demi-mesure, et a d’ailleurs aussitôt été dénoncé par l’opposition. Il appelle à la création d’une association visant à soutenir le projet de préemption par la majorité FN de l’ancien hôtel des impôts, afin d’y installer un poste supplémentaire de police municipale.

Celui-ci va en effet être vendu par son propriétaire, la Communauté d’agglomération de Mantes en Yvelines (Camy), après plus d’un an d’atermoiements, à l’Association mosquée Mantes Sud. Cette dernière a le projet de transformer l’endroit pour pouvoir y déménager la salle de prière actuellement située boulevard Roger Salengro.

Alors, le maire Cyril Nauth (FN), depuis cette décision, a assuré qu’il ferait jouer le droit de préemption communal afin d’empêcher cette vente. Mais ce droit est régi par des conditions strictes, notamment celle d’avoir un projet : après avoir évoqué une maison médicale, l’édile a changé d’avis pour promouvoir une police municipale.

Le tract anonyme propose donc de soutenir le projet de préemption, et y décrit le Mantois comme « un symbole de l’islamisation de notre pays. » S’il est aujourd’hui absent du site internet du Bloc identitaire, il y a pourtant été publié quelques heures la semaine dernière, avant d’être rapidement retiré.

« Je note qu’il s’agit d’une volonté de nous soutenir, indique Cyril Nauth de la publication de ses alliés identitaires. Après, je pense que l’effet en sera limité, j’essaie de mener la bataille sur un autre terrain, juridique et administrative. » Contacté par La Gazette, le Bloc identitaire, de son côté, n’a pu commenter son tract anonyme dans les délais impartis à la publication de cet article.