Ils travaillent dans le site pharmaceutique porchevillois du groupe américain Covance, et l’incertitude leur pèse. Après avoir été revendus par Sanofi il y a cinq ans, ils craignent aujourd’hui de perdre leur travail, alors que Covance, qui souhaite se séparer du site, cherche un ou plusieurs repreneurs, depuis quelques mois déjà.

C’était l’un des sites pharmaceutiques franciliens du groupe français Sanofi. Ce dernier s’en était séparé en 2010, en garantissant toutefois de la conservation des commandes pendant cinq ans. La multinationale française a tenu parole… mais l’usine porchevilloise n’a jamais réussi à se détacher de son ancienne maison-mère, qui constitue toujours plus de 80 % de son chiffre d’affaires. Les salariés étaient environ 220 lors de l’achat, ils sont maintenant 135.

« A partir du premier novembre (date de fin du contrat avec Sanofi, Ndlr), je vais opérer un site avec une perte d’environ 400 000 euros par semaine, justifie Laurent Lafferrère, directeur de Covance en France, de la décision de vendre. Nous avons ciblé 80 entreprises, 5 sont encore en course et deux ont visité le site. »

Le site est divisé en deux : production de principes actifs, son activité historique, d’un côté, et essais cliniques de l’autre. Son chiffre d’affaires était d’environ 34 millions d’euros en 2013. Grâce à la rente fournie par Sanofi ces cinq dernières années, la trésorerie de l’usine s’établit aujourd’hui à plus de 40 millions d’euros. Les organisations syndicales craignent son siphonnage par le groupe Covance.

« Ils peuvent très bien rapatrier l’argent et qu’on se retrouve sans rien, sans pouvoir assurer la reprise si repreneur il y a, et sinon sans assurer un bon licenciement économique aux salariés, craint ainsi Aurélie Dhennin, déléguée du personnel CGT à Covance Porcheville. Quand on voit le peu d’intérêt qu’il sont porté au site de Porcheville, j’ai l’impression qu’ils vont partir avec l’argent et faire le minimum légal. »

La direction se montre rassurante quant à cette question. « Mon objectif est de trouver une solution, je ne prendrai aucune décision qui irait contre les interêts du site et de ses salariés, indique Laurent Lafferrère. Covance est soucieuse du respect des lois, de l’éthique. Cet argent aurait pu être déplacé il y a bien longtemps, ce serait impensable de le faire maintenant. »

La CGT est également entrée en contact avec Sanofi pour une intervention, qu’elle soit directe avec des reprises de salariés, ou indirecte en faisant pression sur Covance. Le groupe pharmaceutique fait cependant la sourde oreille pour l’instant : « Ils nous disent attendre que Covance se positionne. »

Car c’est bien Sanofi que les organisations syndicales tiennent pour premier responsable. « Pour nous, vu les conditions de reprise, Covance faisait une opération à risque zéro. C’était du licenciement indirect de la part de Sanofi. C’est ce qu’on disait à l’époque, et nous voyons qu’aujourd’hui, nous avions raison », déplore ainsi Aurélie Dhennin.