Comment voyez-vous le département et ses enjeux ?

Ce n’est pas un département simple, il est contrasté, j’ai moi-même habité dans les Yvelines pendant deux ans alors que j’étais directeur général des collectivités locales. Quelques chiffres m’ont marqué : 43 % de superficie en surface agricole, c’est beaucoup, et en même temps on ne peut pas dire que ce soit un département rural.

On y retrouve tout finalement, les questions agricoles mais aussi de concentration urbaine, ainsi que le problème de l’emploi qui est la première question. Il y a aussi les questions du logement social, et des taux de chômage très différents dans le Mantois et dans d’autres parties du département.

Quand on met ça bout à bout, on voit que les questions relèvent de tout ce qu’on peut trouver en France, ce n’est pas l’image d’Epinal, dépassée, consistant à voir les Yvelines comme un riche département exempt de problèmes. Il y a la nécessité d’une présence forte de l’Etat, qui historiquement a une place importante dans les Yvelines. Je compte bien m’inscrire à cette suite et faire le maximum.

Comment allez-vous travailler en matière de sécurité ?

On le voit tous les jours, les problèmes de sécurité sont majeurs. C’est une priorité : il y a trois ZSP (zones de sécurité prioritaires, situées à Mantes-la-Jolie, aux Mureaux et à Trappes, Ndlr), elles réclament toute mon attention.

Je veux arriver à travailler avec les élus et la population. Je ne doute pas d’arriver à un chemin et à un travail communs, avec tous ceux qui ont envie que dans le département, la situation soit la meilleure possible.

Ne faut-il pas plus de moyens et d’effectifs ?

Il faut certainement d’ors et déjà utiliser tous les moyens à notre disposition pour faire mieux encore que ce que nous faisons actuellement. En ce qui concerne la DDSP des Yvelines (Direction départementale de la sécurité publique, dont le siège est à Viroflay, Ndlr), je crois qu’un effort sera fait très prochainement en sa direction, il y a prochainement des sorties de l’école de police.

Vous avez été l’un des architectes des dernières réformes territoriales. Les fusions de structures intercommunales inquiètent les élus, en particulier ceux des petites communes. Comment considérez-vous la situation ?

Dans le Mantois, des élus m’ont demandé de les accompagner dans la création de ces nouvelles intercommunalités renforcées. Ma spécialité sera un atout en ce sens, car beaucoup de questions pratiques se posent (d’ici au 1er janvier 2016 où la fusion sera effective, Ndlr).

Quand on dit que le regroupement intercommunal se fait presque à la hussarde, alors qu’en 1992 une loi créait les intercommunalités à fiscalité propre, puis en 1999 la loi Chevènement créait les communautés d’agglomération, je crois que le temps a été pris et qu’on ne découvre pas la question.

Je regrette parfois qu’on se pose la question uniquement en termes de défense. Ce qui est important est de savoir comment mène-t-on le mieux les politiques publiques qu’on doit mener au service de la population. C’est un sujet difficile que le regroupement intercommunal, car il touche à des inquiétudes fortes.

Certains maires ruraux craignent à terme la disparition des petites communes…

Franchement, je n’y crois pas. Je pense qu’au contraire, l’avenir des communes, et notamment des communes rurales, passe par les intercommunalités. Je comprends les craintes, mais je suis persuadé que le renforcement des intercommunalités n’est pas la mort des communes, au contraire.

PAS DE RUPTURE DANS LES DOSSIERS DU MOMENT

Le premier dossier d’actualité en vallée de Seine est évidemment celui du litige entre la préfecture et la mairie de Mantes-la-Ville, autour de la vente de l’ancien hôtel des impôts mantevillois à l’Association mosquée Mantes sud (AMMS), qui poursuit à cet emplacement un projet de salle de prière.

La mairie a annoncé la préemption peu après, suivie d’une procédure en annulation de la préfecture devant le tribunal administratif, gagnée en ce qui concerne le référé, mais qui doit encore être jugée au fond. « Nous allons continuer l’action menée par mon prédécesseur, ce qui nous motive est l’application de la loi, assure Serge Morvan. En tout cas, le juge des référés considère qu’il y a des doutes sérieux face à la légalité. »

Concernant le projet d’ouverture d’une carrière de calcaire par le cimentier Calcia à Brueil-en-Vexin, le nouveau préfet se montre plus prudent. « C’est un dossier qui me préoccupe, un sujet particulier au coeur d’un parc naturel régional, dont on a certainement besoin, analyse-t-il ainsi. Je crois qu’on ne peut pas dire « C’est comme ca maintenant », il faut prendre un peu de temps. »

UN NOUVEAU SOUS-PREFET POUR MANTES-LA-JOLIE

Frédéric Viseur veut aller à la rencontre des élus, mais aussi des associations et des entreprises.
Frédéric Viseur veut aller à la rencontre des élus, mais aussi des associations et des entreprises.

Frédéric Viseur débarque tout juste du Pas-de-Calais, un conseil départemental dont il a été directeur général des services ces dernières années. Dans son bureau mantais, où il remplace Philippe Portal, traînent encore quelques cartons. Son premier but est de rencontrer les acteurs politiques, économiques et associatifs, lui qui ne connaît pas encore le Mantois.

« L’arrondissement est important avec 270 000 habitants, il a à la fois une partie de développement économique et de tradition industrielle en vallée de Seine, et aussi un aspect rural important, estime-t-il. C’est une grande diversité dont il faut que je prenne connaissance en allant voir les acteurs de terrain et ce qu’ils me diront. »

Des technos très politiques ?

Préfet comme sous-préfet sont énarques, se sont croisés à de nombreuses reprises lors de leurs carrières respectives, et ont plutôt travaillé avec des hommes politiques de gauche au sein des collectivités locales. Il n’en fallait pas plus pour inquiéter les élus yvelinois, à quelques mois des élections régionales.

Serge Morvan, le nouveau préfet balaie cette préoccupation : « Je suis représentant de l’Etat et du guovernement dans les Yvelines, je ferai ce que font tous les préfets de France. Je ne sais pas ce qu’est un préfet de gauche et un préfet de droite. Je veux être sur le terrain et rencontrer tous ceux qui y sont. »

Du côté de la sous-préfecture, Frédéric Viseur se montre plus nuancé : « Je ne nie pas avoir des valeurs et des convictions. Aujourd’hui, dans le rôle qui est le mien, je fais clairement la distinction entre le représentant de l’Etat et l’homme privé. S’il y a un message que je veux faire passer, c’est : jugez-moi sur mes actes plutôt que sur mon CV. »

Gens du voyage : le dialogue suffira-t-il ?

S’il se satisfait des inaugurations régulières d’aires d’accueil des gens du voyage dans les Yvelines, il rappelle qu’il reste encore 224 emplacements à créer : « Il y a un effort à faire. Il vaut mieux avoir des aires d’accueil bien organisées, pour ceux qui y sont accueillis, pour éviter des implantations sauvages et des conflits majeurs. »

Les aires de grand passage, elles, sont inexistantes dans les Yvelines, qui devraient pourtant en compter deux, une au nord et une au sud. Dans les deux cas, ce dossier traîne depuis plus d’une décennie, de préfet en préfet.

« On va reprendre l’ouvrage sur le métier. Tant que ce sera possible de ne pas imposer et de faire les choses dans le dialogue pour aboutir à une réalité concrète et appréciable par tout le monde, je serai dans cette position, veut-il espérer. Après, il appartiendra à chacun de prendre des décisions, moi compris. »