L’ère des données récoltées, puis utilisées, est bien celle du 21ème siècle ! Instauré en 2014, CartoVaccins est un outil qui effectue une cartographie de la couverture vaccinale dans le département des Yvelines. À partir des remboursements des patients vaccinés contre la grippe ou les maladies infantiles comme la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, la CPAM est capable de visualiser les zones où la vaccination est satisfaisante et celles vers lesquelles les campagnes de sensibilisation doivent être dirigées. Et ce, jusqu’à l’échelle du quartier.

« Suite à la première cartographie, on a orienté notre campagne de vaccination afin d’améliorer la couverture », précise Marc Debacq, directeur général adjoint de la CPAM 78. En effet, le processus s’effectue en trois temps : l’évaluation des zones à cibler, la mise en œuvre de plans d’action et l’analyse des résultats. « On respecte un intervalle de deux campagnes pour donner de la signification aux résultats. On devrait donc recevoir la deuxième cartographie, durant le premier trimestre 2016 », ajoute-il.

Le but du dispositif est louable : détecter les failles pour essayer d’y remédier. Pourtant, le tableau s’obscurcit lorsque l’on regarde, de plus près, l’initiateur du projet : GlaxoSmithKline (GSK). Il s’agit d’un laboratoire pharmaceutique dont le chiffre d’affaires l’an dernier s’élevait à 23 milliards de livres sterling soit environ 31 milliards d’euros. Caroline Blanc-Crouzier, directrice des partenariats institutionnels au sein de GSK, explique que « le laboratoire est un acteur économique important, impliqué dans les actions de santé publique » .

Alors, pourquoi un tel outil, censé aider à améliorer la couverture maladie, est-il l’affaire d’une initiative privée ? Selon Marc Debacq, les moyens financiers de la sécurité sociale « ne permettent pas de mener des actions comme celle-ci ». En tant qu’investisseur, le laboratoire a permis la création de la visualisation des données. Ces derniers étant préalablement fournis par l’assurance maladie. Celle-ci s’occupe donc de déployer des moyens humains pour trier, récolter et fournir les données, rendues anonymes, des Yvelinois.

Infanrixtetra, Fluarix, Priorix… ces noms sont des vaccins commercialisés par le laboratoire contre la grippe et le DTPolio. « GSK se sert de la sécurité sociale pour vendre un peu plus de ses vaccins et je ne comprends pas que la sécurité sociale puisse valider ce procédé », déplore Patricia Lefébure, responsable de la Fédération des Médecins de France pour les Yvelines. De son côté, Caroline Blanc-Crouzier prétend qu’« il existe une étanchéité totale des données fournies par l’assurance maladie. GSK finance la phase de diagnostic et celle d’évaluation, en accord avec la charte signée avec la CPAM ».

Les acteurs de CartoVaccins sont formels : « la caisse pourrait être condamnable si GSK était le seul à vendre un vaccin contre la grippe ou les maladies infantiles », se défend Marc Debacq. « Les médecins n’arrêtent pas de nous dire qu’ils ont la liberté de prescription et c’est vrai ! Nous, on fait la promotion de la couverture vaccinale après, le médecin prescrit le vaccin de la marque qu’il veut. »

Autre ombre au tableau, cet outil pourrait également servir à pointer du doigt les mauvais élèves. À savoir, les médecins anti-vaccins ! Selon Patricia Lefébure, cet outil permettrait de « solliciter les médecins un peu négligeants qui n’auraient pas vérifié, systématiquement, les vaccins non obligatoires chez l’enfant ». Sur ce point, GSK proteste qu’il ne s’agit « absolument pas de l’objectif de ce programme ».

EN CHIFFRES

CartoVaccins cible la vaccination de la grippe, non obligatoire, et celle des maladies infantiles. Certains vaccins sont obligatoires chez l’enfant comme ceux luttant contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. D’autres, fortement recommandés tels que la vaccination ROR (rougeole, oreillon, rubéole) ainsi que l’hépatite B.

La couverture vaccinale de la grippe est de 49,2 % en Yvelines contre 51,9 % en France. L’objectif futur de couverture nationale étant de 75 %.

En Yvelines, la vaccination ROR est de 80% pour la 1ère dose et 52% pour la 2ème dose. Bien en-dessous de l’objectif national d’atteindre 95% pour la 1ère dose et 80% pour la 2ème dose. Quant à la vaccination contre l’hépatite B, les yvelinois sont protégés à 59 % contre 67,2 % pour la moyenne nationale. Sachant que l’objectif donné est de 80% pour 3 doses à 24 mois.