L’un était chef d’entreprise à Der Es-Zor, dans l’Est de la Syrie, où son usine fabriquait puis vendait des sacs de ciment. L’autre, mécanicien d’engins lourds, vivait à Damas avec sa femme et sa fille. Aujourd’hui, Abdelhamid Aech et Mouhaded Saadek résident à Gargenville, au centre d’accueil des demandeurs d’asile, en attendant un statut de réfugié qui tarde à venir.

Abdelhamid Aech, 45 ans, parle parfaitement notre langue, contrairement à la plupart de ses compatriotes. « J’ai été traducteur pour l’armée française dans les années 90 », précise cet ancien élève du Lycée français de Damas, issu d’un milieu aisé, et dont l’un des grand-pères fut premier ministre de Syrie en 1954.

« Connue, notre famille était isolée de toute activité politique, note-t-il. En Syrie, nous n’avions pas le droit de parler ou de faire beaucoup de choses… » Tout change en mars 2011, avec les première manifestations d’opposition au régime en place. L’activité économique s’effondre très rapidement, lui se mobilise avec les autres opposants.

Mais la dangerosité de sa situation rattrape rapidement cet hyperactif : « J’avais participé à beaucoup de marches, les services secrets syriens me prenaient en photo et harcelaient ma famille. Ma femme commençait à avoir peur. »

Début 2012, il rejoint en Algérie, en franchissant de nombreuses frontières, sa femme (qui est Algérienne, Ndlr) et sa fille arrivées peu avant. En décembre dernier, face au soutien algérien inconditionnel accordé au régime syrien, il décide de partir en France. Voyageant vers Cuba, il demande l’asile politique lors de l’escale de l’appareil à l’aéroport Roissy.

Originaire de Damas, Mouhaded Saadek, plus vieux de dix ans et aux origines plus modestes, voit sa vie changer elle aussi brusquement avec le début de la guerre civile. Opposé à la violence, il se trouve lui aussi dans la mire des services syriens. Brièvement emprisonné après une arrestation à son domicile, il décide de partir en décembre 2011.

Laissant sa femme et sa fille à Damas, il fuit en Turquie, avant de prendre l’avion vers la Lybie, où il travaille pendant plusieurs années, envoyant de l’argent à sa famille avant que la situation ne se dégrade. Il décide alors de partir à nouveau, cette fois-ci en bateau, comme beaucoup.

« Quatre-vingt personnes sont mortes noyées dans le bateau, des Africains et des Syriens, avant que les Italiens n’arrivent », se souvient-il de sa traversée. Des côtes italiennes, il rejoint la France où vit déjà un de ses frères, et demande l’asile.

Depuis maintenant neuf mois, tous deux attendent le précieux sésame qui leur permettra de rester, et surtout de travailler. L’ex-chef d’entreprise, qui ne croit pas à une amélioration de la situation syrienne, envisage une vie en France avec sa femme et sa fille, déjà présentes avec lui. L’ancien mécanicien, lui, compte toujours fermement rejoindre sa famille en Syrie quand les choses iront mieux.

Dans l’édition du 23 septembre 2015, La Gazette publiait également un dossier consacré à l’arrivée d’une centaine de demandeurs d’asile à Mézy-sur-Seine.

Mise à jour, mercredi 30 septembre
Cette semaine, Abdelhamid Aech s’est vu délivrer une réponse positive par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). « J’ai hâte de travailler », s’est-il réjoui en nous communiquant la bonne nouvelle.