Dès le mois de novembre, les patients du Centre hospitalier de Meulan – Les Mureaux (Chimm) en traitement pour un cancer devront aller se faire soigner à Mantes-la-Jolie. Ils suivront ainsi la quarantaine de soignants de ce qui était un service-phare du Chimm, depuis 25 ans. Les organisations syndicales, les élus meulanais et muriautins ainsi que des usagers ont manifesté leur indignation face à ce déménagement du service d’oncologie.

Ils craignent notamment que leur hôpital, le plus petit de la vallée de Seine, perde progressivement d’autres services, alors confiés aux établissements de Mantes-la-Jolie et de Poissy.Ce changement en oncologie, annoncé avant l’été au personnel, intervient alors que l’Agence régionale de santé d’Île-de-France est en train d’opérer au rapprochement à marche forcée des trois hôpitaux de la vallée de Seine, les centres mantais et pisciacais ont d’ailleurs aujourd’hui une direction commune.

Le cortège a marché autour de l’hôpital avant de terminer sur le pont le reliant à la rive droite.
Le cortège a marché autour de l’hôpital avant de terminer sur le pont le reliant à la rive droite.

Après quelques discours, les 300 personnes présentes à la manifestation ont marché autour de l’hôpital, sous l’oeil amusé de leurs collègues au travail à l’intérieur. Le cortège a ensuite parcouru le pont séparant le site meulanais (nommé Henri IV, Ndlr) de l’hôpital de la rive droite. « C’est un service-phare de l’hôpital Henri IV, une spécialité que personne n’arrive à développer dans le département, explique Franck Virginius, secrétaire de FO. Economiquement, c’est une grosse perte pour l’hôpital, alors que nous sommes le seul [des trois hôpitaux de la vallée] à avoir peu de déficit. L’oncologie fait tourner beaucoup d’autres services, à l’image du laboratoire. »

Les syndicats avaient proposé à l’Agence régionale de santé (ARS), seule décisionnaire en la matière, d’échanger l’oncologie contre la création d’un service de néphrologie et de dialyse. « Ca ne peut pas se faire en quelques semaines, regrette le syndicaliste. C’est pourquoi nous prenons si mal que cela se fasse si rapidement, alors que nous demandions un délai pour rester à l’équilibre [financier] ».

La colère était également palpable chez les élus venus soutenir la manifestation, qui boycottent d’ailleurs les différentes instances pilotant le rapprochement des hôpitaux de la vallée de Seine. « J’ai été très choquée d’apprendre le déménagement par les patients à la rentrée, alors que c’est prévu depuis janvier », s’est ainsi émue Cécile Zammit-Popescu (LR), la maire de Meulan-en-Yvelines.« Pourquoi le service d’oncologie mantais ne vient pas à Meulan ? », interroge-t-elle d’ailleurs.

« Economiquement, c’est une grosse perte pour l’hôpital », dénoncent les syndicats.
« Economiquement, c’est une grosse perte pour l’hôpital », dénoncent les syndicats.

François Garay (DVG), le premier magistrat des Mureaux, a posé la question qui était dans toutes les têtes ce jour-là. « On présentait l’oncologie comme le fleuron de Meulan. Est-ce que demain, Mantes et Poissy, qui sont déficitaires, se paieront sur la bête de Meulan pour récupérer plus d’activité ? », demande l’élu, opposé à une direction commune aux trois hôpitaux. D’autres actions sont prévues prochainement, et syndicats comme représentants politiques comptent bien obtenir le rendez-vous que tous demandent, en vain pour l’instant, afin d’avoir la possibilité de défendre l’établissement devant la direction de l’ARS.

HOPITAUX
des dépenses inutiles ?

Deux dépenses ont agité le Landernau hospitalier ces dernières semaines. A Mantes-la-Jolie, l’on apprenait ainsi avec étonnement dans le rapport récemment remis par la Chambre régionale des comptes que les dépenses de télécommunication avaient explosé, passant de 139 000 € en 2013 à plus de 416 000 € pour les liaisons téléphoniques et internet. Au Centre hospitalier de Meulan – Les Mureaux, les travaux effectués dans le logement de fonction du directeur ont donné lieu à la diffusion d’un tract anonyme dénonçant le chantier de 130 000 €. Selon nos informations, des rénovations importantes ont bien eu lieu, mais la direction de l’établissement n’a pas répondu aux sollicitations de La Gazette sur le sujet.

 


Mantes-la-Jolie : l’hôpital au crible de la Chambre régionale des comptes

C’est un véritable réquisitoire qu’ont adressé les juges financiers au centre hospitalier François Quesnay. La direction ne dément pas cet examen de la gestion de l’établissement de 2008 à 2014, mais assure que de nombreux changements ont déjà eu lieu depuis l’an dernier.

Le déficit est estimé pour cette année entre 3,8 et 4 millions d’euros, contre 6,5 millions en 2014 et 1,4 million d’euros en 2013.
Le déficit est estimé pour cette année entre 3,8 et 4 millions d’euros, contre 6,5 millions en 2014 et 1,4 million d’euros en 2013.

Dans un récent rapport, la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France, chargée d’inspecter les finances des institutions publiques et des collectivités locales, examine la gestion de l’hôpital de Mantes-la-Jolie de 2008 à 2014. Cet épais document se montre extrêmement critique de la direction du centre hospitalier, en particulier au niveau de sa gestion financière (voir encadré). Pour les organisations syndicales, ce rapport est avant tout la confirmation de la situation de l’hôpital ces dernières années. « Nous sommes satisfaits que les juges aient pu mettre à jour tous ces dysfonctionnements, explique ainsi Claude Landais, secrétaire FO de l’hôpital. Ils étaient récurrents et nous les avons déjà dénoncés. »

« De 2008 à 2014, la gestion a été assez calamiteuse, y compris au niveau des ressources humaines, ajoute le syndicaliste. Il y avait une rupture de la confiance entre médecins et directeur, rupture du dialogue social définitive depuis 4 ans, avec aucune réponse ou contact si ce n’est sa présence dans les instances paritaires. »Du côté des médecins, le diagnostic est identique. « C’est une photographie de l’ancienne direction qui n’est plus là, note Stéphane Hazan, médecin urgentiste et président de la Commission médicale d’établissement. Ca met en évidence que l’hôpital a peut-être recruté trop de personnel pendant quelques années. »

Au-delà des critiques, lui préfère regarder l’avenir. « Le rapport met en évidence certaines dérives qui ne sont plus faites à l’heure actuelle, nous ne sommes plus dans cette dynamique-là, poursuit-il. Nous tenons les objectifs de notre plan de retour à l’équilibre. » Le son de cloche est identique pour la direction de l’hôpital, renouvelée il y a quelques mois et aujourd’hui commune avec celle du Centre hospitalier de Poissy-Saint-Germain (Chips) : « Le rapport confirme la nécessité de redressement de l’établissement ».

Aujourd’hui, le déficit est estimé pour cette année entre 3,8 et 4 millions d’euros, contre 6,5 millions en 2014 et 1,4 million d’euros en 2013. La direction espère bien réduire son déficit à zéro d’ici à 2018, afin de respecter l’échéance fixée par le dernier plan de retour à l’équilibre contracté avec l’Agence régionale de santé (ARS). Lourdement mis en cause, l’ancien directeur de l’établissement, Denis Caspar, n’a pas souhaité répondre à la Chambre régionale des comptes. Il avait quitté l’établissement au début de cette année, après un nouveau conflit social ayant émergé dans le service d’urgences.

Que dit le rapport ?

Ce document qui examine la gestion du centre hospitalier mantais de 2008 à 2014 balaie très large, et expose des failles dans de nombreux domaines.

En 2010, le service de chirurgie interventionnelle fermait. Aujourd’hui, la Chambre régionale des comptes qualifie cette décition de « coûteuse » et indique qu’elle « a poussé le centre hospitalier à se tourner vers la clinique d’Evecquemont […] à 15 kilomètres à l’est de Mantes-la-Jolie. »

Les juges financiers soutiennent par ailleurs que la progression importante de la fréquentation des urgences est expliquée par
« la baisse de la démographie médicale libérale et la paupérisation de la commune ». Ils déplorent le peu d’utilisation de la maison médicale de garde, « au rôle mal défini ».

Mais la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France a réservé ses critiques les plus lourdes pour la gestion de l’hôpital François Quesnay. « La fiabilité des comptes présente de notables insuffisances », écrivent ainsi les experts, qui notent la dégradation de la situation financière de l’établissement depuis 2010, qu’ils estiment entre autres due à un recrutement trop important, causant le report ou l’annulation d’investissements.

L’institution, dont l’endettement est « contenu », est également détentrice d’un emprunt structuré risqué (aussi appelés emprunts toxiques,Ndlr) depuis 2008. Enfin, le centre hospitalier aurait du mal à se faire payer, tant des patients que des mutuelles, et détient ainsi «un important stock de créances».