Au complexe sportif François Pons, rien d’inhabituel en ce jour de repos dominical : sur un des terrains, des jeunes font un match de foot, tandis qu’au rez-de-chaussée du bâtiment se tient la quatrième édition du salon de la bande dessinée et du livre jeunesse. Alors que les annulations tombaient les unes après les autres samedi matin, les élus vernoliens, les organisateurs comme l’immense majorité des auteurs prévus en dédicace ont préféré rester, pour résister à la peur. Comme pour Blues-sur-Seine (voir notre article ci-dessous), tout s’est décidé samedi matin. Les responsables des 14 associations organisatrices du salon, pour la première fois organisé sur deux jours, rencontrent élus et policiers. « La voix du maire (Philippe Tautou, Ndlr) était vibrante. La décision lui appartenait, il nous a proposé de continuer, se souvient, plutôt admiratif, Paul Oliveres, le président de La neuvième BD. Nous avons unanimement répondu oui. »

La sécurité a néanmoins été renforcée, conformément aux demandes de la préfecture. « Nous avons neutralisé les entrées non contrôlées, affecté la police municipale et une société de sécurité privée au contrôle des entrées, tandis que des rondes sont effectuées par la police nationale », détaille Patrice Jégouic, adjoint vernolien à la culture. Alors, malgré quelques défections, certaines dues à la distance, d’autres simplement à la peur, 49 des 55 auteurs sont venus à Verneuil-sur-Seine. « Ils veulent terroriser les gens, qu’ils restent chez eux et ne fassent rien, estime le président de La neuvième BD. C’est aussi un acte militant, même si ça paraît un peu bizarre, et tout le monde n’était d’ailleurs pas d’accord avec nous sur les réseaux sociaux. »

La parole a été donnée aux auteurs en général et aux caricaturistes en particulier, avec la mise en place d’un mur dédié aux dessins portant sur les massacres de vendredi soir. L’affluence, elle, a été logiquement inférieure aux objectifs, mais équivalente aux 1 200 visiteurs venus les années précédentes : « Vu les circonstances, nous nous satisfaisons d’avoir pu le maintenir, cela n’a été le cas d’aucun autre festival BD en région parisienne », commente Paul Oliveres. Les familles présentes ont semblé apprécier positivement le choix fait à Verneuil-sur-Seine. « C’est un sujet délicat. Pour nous, c’était important de continuer à participer à la vie de notre commune », commente la Vernolitaine Sandrine. « Pour les élus, ce n’est pas une décision facile à prendre, mais c’est bien que ça ait lieu », confirme son mari Pierre. Eux n’ont pas hésité à venir avec leur fils, comme de nombreux parents ce week-end là.

« Les cinglés, on les emmerde »

« Ensemble, nous sommes là, et essayons de rire malgré ce qu’il se passe. »
« Ensemble, nous sommes là, et essayons de rire malgré ce qu’il se passe. »

Thierry Boulanger est auteur de bandes dessinées et de romans graphiques ayant pour contexte l’aviation militaire. L’auteur, qui avait réalisé au salon vernolien un dessin peu amène à l’égard des auteurs des actes terroristes ayant touché Paris, donne son sentiment.

Pourquoi rester ce week-end ?
Pour donner tort aux gens qui ont commis ce qu’ils ont commis. Je refuse d’en avoir peur : maintenir ce qu’on fait ici, c’est la meilleure façon d’indiquer ce rejet, de continuer à vivre.

Le sentiment est partagé au salon?
Absolument, nous sommes tous affectés et tristes, mais nous tenions à être là. On ne va pas s’interdire de vivre parce que quelques personnes ont une vision du monde qui vise à nous l’empêcher. Ensemble, nous sommes là, et essayons de rire malgré ce qu’il se passe. Les cinglés, on les emmerde.