En matière d’urbanisme, il serait difficile de reprocher au maire de Poissy élu l’an dernier, Karl Olive (LR), de ne pas s’impliquer. Depuis son arrivée à la tête de la municipalité, il cherche à imprimer sa patte sur les projets lancés par la précédente majorité de gauche, et n’hésite pas à se montrer agressif vis-à-vis des promoteurs, se plaçant ainsi dans le sillon des maires qui aiment la pierre.

« Il y a deux manières de voir les choses en matière de logement, soit vous faites du marquage de zone, soit du marquage à la culotte », estime le maire en passionné de football qu’il est.
« Il y a deux manières de voir les choses en matière de logement, soit vous faites du marquage de zone, soit du marquage à la culotte », estime le maire en passionné de football qu’il est.

« Il y a deux manières de voir les choses en matière de logement, soit vous faites du marquage de zone, soit du marquage à la culotte, estime ce maire en passionné de football qu’il est. Nous les marquons à la culotte, avec des chantiers visités chaque semaine, et la volonté de voir jusqu’aux matériaux utilisés en situation. » Si la plupart des chantiers en cours ont été lancés par leurs prédécesseurs, la nouvelle majorité les a parfois modifiés, à l’instar de l’éco-quartier Eoles devenu Zac Rouget de Lisle en perdant au passage ses prétentions environnementales. Elle a également retiré la crèche envisagée dans l’un des deux immeubles construits à La bruyère, ne souhaitant pas concurrencer les assistantes maternelles du quartier.

« L’épine dorsale est de garder nos jeunes et nos aînés, en faisant que les prix soient abordables », explique Karl Olive. Alors, il demande aux promoteurs de la qualité, mais aussi de proposer une partie des logements en vente à prix d’ami pour les Pisciacais. Il assure qu’il entravera dans toute la mesure de ses moyens ceux qui ne s’y plieraient pas : « J’assume mon discours, certains ont dit non ». Il défend également la mixité sociale… en voulant diminuer la proportion élevée de logements sociaux. Il assume ainsi une certaine filiation avec les méthodes du président du conseil départemental Pierre Bédier lorsqu’il était maire de Mantes-la-Jolie. « Je m’imprègne de ce qu’il peut me transmettre, reconnaît-il. Entre le Mantes d’aujourd’hui et celui de 1995, il n’y a pas photo. »

A l’origine de plusieurs projets, l’ancienne majorité devenue opposition déplore la perte du label d’éco-quartier pour la Zac Rouget de Lisle, mais pas seulement. « Je pense que c’est bâtir plus que de gérer qui l’intéresse, alors que la gestion de l’existant est compliquée, avance ainsi Anne-Marie Vinay (PS), l’ancienne première adjointe. Il est un peu comme Masdeu-Arus (ancien maire RPR de Poissy, Ndlr) qui était un bâtisseur de murs, mais dans les murs, il faut aussi des projets humains. »

Beauregard sans financements

Ses 2 000 logements devaient entrer dans une importante rénovation urbaine, mais ni l’Etat, ni le conseil régional d’Île-de-France ne les ont sélectionnés. Le quartier Beauregard, comme celui de la Coudraie, a été construit sur 6 ha au Sud-Ouest de Poissy par le constructeur automobile Simca de 1946 à 1969. Il abrite plus de 1 000 habitants. Un projet de renouvellement urbain est coordonné par l’Etablissement public d’aménagement du Mantois Seine aval (Epamsa), car aucune rénovation n’y a été réalisée depuis cinq décennies. Mais ce chantier semble impossible sans les financements étatiques de l’Agence nationale de la rénovation urbaine (Anru)… qui ne viendront pas, le quartier n’ayant pas été retenu au sein du nouveau programme de l’Anru, lancé cette année pour la période 2014-2024.

Grandes manoeuvres chez PSA

Depuis plusieurs décennies, la ville vit au rythme de la gigantesque usine automobile.
Depuis plusieurs décennies, la ville vit au rythme de la gigantesque usine automobile.

Depuis plusieurs décennies, la ville vit au rythme de la gigantesque usine automobile de PSA Peugeot Citroën. Le constructeur y prévoit d’importants changements les prochaines années. Il compte notamment vendre plusieurs dizaines d’hectares de terrains, y rapatrier une partie de ses cadres après la fermeture de son siège parisien, et une baisse de la production jusqu’en 2018 et l’arrivée promise d’un nouveau modèle. Aujourd’hui, PSA souhaite se séparer d’au moins 70 ha sur les 170 ha actuellement possédés à Poissy. « Nous n’avions pas forcément conscience, après-guerre, du fait que l’empreinte au sol d’une usine pouvait être source de non-valeur ajoutée, explique un porte-parole du constructeur. Ces grands bâtiments nécessitent énergie et entretien. »

La seule certitude pour l’instant est la vente du forum Armand Peugeot. Composé de bureaux et d’une salle de 800 places, en cours de rachat par la commune, pour environ trois millions d’euros. Des négociations sont également en cours de conclusion entre mairie, l’Etablissement public foncier des Yvelines (Epfy) et PSA pour l’achat éventuel de 4 ha du parking du personnel, situé vers Achères, près du Technoparc. D’autres surfaces libérées au sein du site, majoritaires, serviront à y implanter des sous-traitants.

L’an prochain, le constructeur fermera son siège parisien proche des Champs-Elysées. Environ 1 500 salariés rejoindront alors le pôle tertiaire pisciacais. L’entreprise y avait, en 2013, déjà transféré les effectifs de son site de Meudon-la-Forêt suite à sa fermeture. Le constructeur assure par ailleurs envisager de rapatrier d’autres sites à Poissy. Enfin, côté production, les prévisions sont à la baisse jusqu’en 2018. Des 235 000 véhicules prévus en 2016, il n’en resterait que 130 000 en 2018 dans les dernières prévisions du constructeur. Le nouveau modèle, promis par la direction et très attendu par les organisations syndicales, doit entrer en production cette année-là et donc faire ensuite remonter les volumes. « Ce sera une année un peu difficile, c’est la vie des renouvellements de modèle », indique la direction du site.

Du sport au Poncy, avec ou sans le PSG

Le feuilleton touche à sa fin. L’emplacement du futur centre d’entraînement du PSG sera alors connu, tout comme l’avenir du site de Poncy. Sur cette zone située au Sud-Ouest de la ville, entre les autoroutes A13 et A14, un premier projet avait été lancé en 2002, prévoyant un centre commercial et de loisirs. Un imbroglio financier s’ensuivra pendant une décennie, et le projet ne verra pas le jour.

Depuis le changement de majorité, le maire Karl Olive, lui-même ancien joueur au PSG, milite pour que le club parisien, donné partant de son centre historique de Saint-Germain-en-Laye, y déménage son centre d’entraînement. Mais le PSG hésite entre Poncy et Thiverval-Grignon, dont le rachat du château et de son parc est soutenu par l’Etat. La décision du club devrait tomber dans les prochaines semaines.

Si Thiverval-Grignon semble bien placé pour l’emporter, l’édile pisciacais ne désespère pas : « Jusqu’à ce qu’on nous dise que ce n’est plus possible, je pense que ça l’est ». En décembre, que la décision soit tombée ou non, la majorité lancera son propre projet à cet endroit, compatible avec l’installation du club de la capitale. « Nous portons un projet de pôle sportif régional ouvert aux familles, avec de la promotion immobilière », avance Karl Olive.

LES GRANDS CHANTIERS EN CHIFFRES

La Zac Rouget de Lisle, anciennement eco-quartier Eole, doit voir naître à terme environ 2 000 logements.
La Zac Rouget de Lisle, anciennement eco-quartier Eoles, doit voir naître à terme environ 2 000 logements.

Zac Rouget de Lisle (ex-Eoles)

La majorité l’a renommée il y a quelques mois pour éviter toute confusion avec l’extension du RER E jusqu’à Mantes-la-Jolie, nommée projet Eoles. La Zone d’aménagement concerté (Zac) Rouget de Lisle, ex-écoquartier Eoles, est pour l’instant une immense friche située à proximité du pôle tertiaire de PSA Peugeot Citroën, au Sud du boulevard de l’Europe.

La nouvelle majorité a choisi de lancer les chantiers sur une parcelle de presque 30 000 m², propriété du groupe Derichebourg, dans le prolongement direct des immeubles PSA. A cet endroit devraient naître une résidence pour jeunes actifs et étudiants de 150 chambres, une crèche, 60 logements locatifs sociaux et 555 logements en accession à la propriété. Plus de 2 000 logements devraient être construits au total.

La Coudraie
Ce quartier, composé de 608 logements sociaux, était voué à la destruction par le maire d’alors, Jacques Masdeu-Arus (RPR), jusqu’à un combat des habitants encore vif dans les mémoires pisciacaises. Un projet de rénovation avait été présenté en 2009 par une équipe municipale de gauche alors élue depuis peu. La rénovation représente un investissement de plus de 105 millions d’euros TTC par l’Etat, le conseil régional, la commune et les bailleurs sociaux. Elle prévoit la démolition de 324 logements sociaux, avec reconstitution pour partie dans le quartier, pour partie en dehors. L’offre immobilière, après la fin des travaux prévue en 2017, comprendra environ 800 logements dont 471 seront en location libre ou en accession à la propriété.

Quartier La bruyère
Un immeuble juste construit est financé par le groupe SNI, une filiale de la Caisse des dépôts et consignations. Il comprend 48 logements locatifs, 50 logements sociaux. Un autre immeuble, en cours de construction par le promoteur privé Kaufman et Broad, sera composé de 68 logements en accession à la propriété.

Derrière la mairie
Porté par le promoteur privé Nexity, ce chantier qui vient de débuter prévoit 80 logements ensuite mis en vente, presque 1 000 m² de commerces et 151 places de stationnement. Livraison prévue en 2018.