Ce mercredi, cinq salariés et la direction de Selmer, l’emblématique fabricant mantevillois de clarinettes et saxophones, s’expriment en audience au conseil de prud’hommes d’Evreux. Les cinq plaignants assurent être discriminés en raison de leur appartenance à la CGT, ce que la propriétaire de cette entreprise familiale de 450 salariés conteste vigoureusement.

« On m’a rétrogradé dans mes fonctions, mis au placard : dans une réunion, on m’a même dit que le fait d’être délégué syndical y était pour quelque chose ! dénonce Pascal Castro, délégué CGT, chez Selmer depuis 36 ans. Depuis que j’ai attaqué la boite, ils m’ont d’ailleurs remis à mon poste, prouvant d’eux-mêmes leur discrimination. »

Le délégué CGT assure avoir alerté sa direction, puis le défenseur des droits et l’inspection du travail, avant de décider d’aller, il y a un an, devant les prud’hommes. Parmi les cinq salariés engagés dans cette procédure pour discrimination syndicale, trois sont aujourd’hui délégués du personnel. La direction s’en prendrait, selon plusieurs délégués CGT dont tous ne sont pas discriminés, aux plus « grandes gueules » d’entre eux.

Avec trois autres salariés, Meftah Hamid et Pascal Castro se considèrent discriminés en raison de leur appartenance à la CGT.
Avec trois autres salariés, Meftah Hamid et Pascal Castro se considèrent discriminés en raison de leur appartenance à la CGT.

La CGT est historiquement très majoritaire chez Selmer, même si la CFDT, implantée depuis quelques années, est en progression aux dernières élections professionnelles. Les relations entre les deux organisations syndicales sont exécrables, en particulier depuis le lancement de la procédure prud-homale (voir encadré).

Alors, au sein de la PME d’instruments haut de gamme, l’ambiance s’est avérée particulièrement délétère cette année. « Nous avons eu des pressions de la direction, mes collègues ont été agressés par des délégués du personnel de l’autre syndicat, nous avons été pris à partie par des salariés »,avance ainsi Pascal Castro.

La direction de Selmer ne souhaite pas commenter l’affaire avant qu’elle ne passe en audience cette semaine.
« Il n’y a chez nous aucune discrimination sociale par rapport à un syndicat ou un autre, où une population quelle qu’elle soit », dément cependant Brigitte Selmer, propriétaire et directrice générale de la société.

« Il y a des histoires plus personnelles que syndicales qui sont là-dedans, estime également l’arrière petite fille du fondateur Henri Selmer. Ca fait 130 ans que nous existons, je suis totalement sereine sur les choses qui se passent et se sont passées, ce procès n’a pas lieu d’être. Nous nous entendons très bien avec la majorité de nos syndicalistes. »

CGT et CFDT en conflit

La procédure prud’homale entre la direction de Selmer et certains salariés syndiqués à la CGT a pris des proportions importantes dans l’entreprise cette année. Un violent conflit oppose ainsi la CFDT, nouvellement implantée, en progression et très dominante chez les cadres, contre la CGT, encore ultra-majoritaire chez les ouvriers. Certains salariés ont également pris la parole de façon virulente contre la CGT.

« Nous avons, en plus de notre dossier aux prud’hommes, sollicité un avocat pénaliste par rapport à la diffamation propagée par la CFDT, et à la lettre ouverte d’un salarié diffusée dans l’entreprise, note ainsi Pascal Castro, délégué du personnel CGT. Je pense que l’objectif de la direction est de remplacer la CGT par la CFDT pour modifier les accords d’entreprise. »

L’affirmation est contredite par la directrice générale Brigitte Selmer : « La direction n’a pas grand-chose à faire avec les choix syndicaux. » Elle demande néanmoins : « Pourquoi [des salariés] ont-ils créé ce syndicat ? Peut-être n’étaient-ils pas d’accord avec le syndicat qui était en place. »