Que plaidez-vous face aux autres candidats pressentis ou déclarés ?
J’ai une expérience assez complète de l’exercice de gestion d’une intercommunalité, lorsque l’on m’a pressenti, l’on savait que je m’étais un peu frotté aux réalités, dans des conditions pas forcément simples. Je pense aussi être connu comme quelqu’un d’assez souple et consensuel. Dans une intercommunalité, vous devez en permanence convaincre vos collègues et trouver un consensus pour avancer. Il faut passer outre les différences politiques pour ne voir que l’intérêt du territoire et des projets, et parfois aller jusqu’au bout pour imposer son point de vue, essayer d’interpeller et de faire réfléchir ses collègues.

Que dites-vous aux maires, surtout ruraux, inquiets d’être exclus de la gouvernance de GPSO ?
Qu’ils le ressentent, je l’entends tout à fait, il serait même anormal de ne pas se poser la question. Je veux qu’ils sachent que demain, nous aurons une écoute vis-à-vis d’eux qui ne dépendra pas de la taille de la commune. Non seulement ils ne seront pas exclus, mais en plus, la contribution que nous demanderons aux petites communes ne sera pas démesurée, ceux qui devront travailler le plus seront les communes qui porteront les projets structurants. Quant à l’urbanisme, je leur ai dit à maintes reprises que le Plan local d’urbanisme intercommunal les protégerait, à l’inverse de leurs crainte de se voir imposer des constructions.

Comment gérerez-vous les tensions entre territoires ?
S’il y a plusieurs projets, plusieurs ambitions déclarées, tant mieux pour le territoire ! Nous nous saisirons de tous les sujets d’intérêt communautaire, il y aura des arbitrages, c’est l’exercice qui veut ça, et mon caractère n’est pas de laisser faire. Il faudra ensuite arriver à gommer, petit à petit, les réflexes des élus par rapport à leur territoire, se saisir de l’opportunité de mieux se connaître, et de se comprendre. Je suis très optimiste pour l’avenir, même si nous allons passer par une période difficile lors de la création de GPSO.

La communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise (GPSO)  comptera au 1er janvier 73 communes sur une superficie de près de 500 km², pour environ 400 000 habitants et un budget de quelques 400 millions d’euros. Crédit : Camy.
La communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise (GPSO) comptera au 1er janvier 73 communes sur une superficie de près de 500 km², pour environ 400 000 habitants et un budget de quelques 400 millions d’euros. Crédit : Camy.

Il semble que la fusion ne se fera pas sans heurts…
Chacun des élus a l’opportunité de faire capoter notre communauté urbaine s’il ne veut pas favoriser sa mise en place. Et inversement : nous avons les moyens de faire en commun ce qu’on nous impose (la fusion, Ndlr). Chacun d’entre nous a sur ces sujets un vrai et grand pouvoir, qui fait l’intérêt de nos mandats. Je pense avec sincérité qu’on a trop longtemps méprisé les élus locaux, celui qui voulait faire de la politique se faisait élire député. Nous étions les gueux de la politique, et je crois que les choses sont en train de s’inverser : c’est très bien.

Qui sera l’interlocuteur du citoyen l’an prochain ?
Lorsque c’est la communauté urbaine qui gérera la compétence, l’on y accédera par la commune. Continuez d’aller vers la mairie quelque soit le sujet. L’interlocuteur unique est une vraie difficulté par rapport à ce qui se fait pour l’instant, c’est réclamé par les maires à toutes les réunions. Ils ne seront pas écartés de l’information, des décisions et de la réflexion concernant leur commune. C’est aussi le moyen de toucher le public le plus largement possible. Nous capitalisons sur l’habitude du citoyen d’aller en mairie.

Pôle métropolitain, communauté urbaine : kézako ?

Pôle métropolitain
Le pôle métropolitain Grand Paris Seine aval a été créé il y a quelques mois, afin d’offrir aux élus une structure administrative permettant d’échanger et de s’organiser pour préparer la création de la communauté urbaine. Tous les présidents des six intercommunalités fusionnées y sont vice-présidents, elle est dirigée par Philippe Tautou (LR), et ne s’accompagne pas d’indemnités.

Il sera néanmoins conservé une fois la création effective : « Ce sera demain un outil de réflexion, d’études, de concertation et d’échanges avec de nouveaux partenaires, comme un bureau d’études », indique Philippe Tautou. Il assure aussi que « la communauté urbaine ne sera pas la chambre d’enregistrement de choses élaborées en secret au Pôle métropolitain. »

Communauté urbaine
La communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise sera la structure intercommunale principale. Elle comptera au 1er janvier 73 communes, dont 28 ont plus de 2 500 habitants et 10 moins de 500, sur une superficie de près de 500 km² et pour un total d’environ 400 000 habitants. Dans un premier temps, elle comptera 850 agents issus des intercommunalités fusionnées, mais ce nombre grimpera ensuite à environ 1 800 une fois l’intégration réalisée d’une partie des agents communaux. Son budget s’élèvera à quelques 400 millions d’euros.

Avez-vous réussi à boucler le budget ? Il semble encore manquer une vingtaine de millions d’euros.
Ce n’est toujours pas fait. C’est un travail cornélien, qui dépendra aussi de l’équipe dirigeante et de ses choix sur lesquels je ne peux pas anticiper. Les vice-présidents élus auront peut-être une vision différente de la mienne. Mais, si demain, il manque quelques millions, c’est que certains auront pris des engagements (avec leur intercommunalité avant fusion, Ndlr) sans avoir les moyens financiers de le faire, et je le leur dirai très clairement. Pas question que les bons élèves paient pour les mauvais élèves.

L’augmentation des impôts interviendra en 2016 ou 2017 ? De quel ordre sera-t-elle ?
Je ne veux pas ne pas répondre sur le fond, même si cela dépendra, là aussi, des vice-présidents : il y a une réflexion à avoir sur la pression fiscale au niveau des objectifs. S’agit-il de combler les déficits et les trous budgétaires, ou d’investir ? Si vous investissez avec des projets très structurants, des transports en commun ambitieux, ce n’est pas pareil pour les habitants du territoire, et selon l’équipe dirigeante, les choix ne seront pas les mêmes.

Paul Martinez déclare sa candidature aux élus

« Pas de tour d’ivoire ! Pas d’homme providentiel ! Pas de projet sans concertation ! », clame dans son courriel de candidature le maire UDI de Buchelay.
« Pas de tour d’ivoire ! Pas d’homme providentiel ! Pas de projet sans concertation ! », clame dans son courriel de candidature le maire UDI de Buchelay.

Dans la précédente édition, La Gazette indiquait l’incertitude régnant à propos de la candidature de Paul Martinez, le maire UDI de Buchelay et président de la Communauté d’agglomération de Mantes en Yvelines (Camy), à la tête de la future communauté urbaine. Celui-ci a déclaré sa candidature jeudi dernier, par un courriel aux élus des 73 villes concernées. Il y prône « une candidature d’essence territoriale » face à celle de Philippe Tautou (LR).

Paul Martinez se propose dans ce cadre de « faire prévaloir la voix des communes » et de « mettre en place avec vous un projet ambitieux de développement ». Le maintenant candidat n’oublie pas d’égratigner son concurrent Philippe Tautou (LR), grand favori pour l’instant, clamant : « Pas de tour d’ivoire ! Pas d’homme providentiel ! Pas de projet sans concertation ! »

Syndicats et grandes manœuvres

Inquiets de ce que leur réserve l’avenir, les délégués du personnel sont tout autant mobilisés que les élus pour défendre les intérêts des fonctionnaires des six intercommunalités bientôt disparues. Force ouvrière (FO) prépare ainsi la création d’un syndicat pour GPSO, il devrait naître dans les tous premiers jours de janvier.

Depuis déjà plusieurs semaines, les organisations syndicales dénoncent le recrutement d’une quinzaine de cadres de haut niveau extérieurs au personnel existant des intercommunalités. « Nous avons été chercher des gens qui ont l’expérience de gérer quelques milliers d’hommes ou d’être intervenus sur des territoires très grands, il nous fallait des spécialistes », répond Philippe Tautou (LR), président du Pôle métropolitain et de la Communauté d’agglomération des 2 rives de Seine (CA2RS).

Mais ce qui cause actuellement la plus grande fureur de FO est un courriel envoyé à tout le personnel de la CA2RS par une directrice générale adjointe. Elle y propose la création d’une section locale du Syndicat autonome de la fonction publique territoriale (SAFPT), « libre, indépendant et apolitique » pour GPSO.

« C’est un détournement de pouvoir, s’insurge ainsi Sébastien Chiovetta, secrétaire du syndicat FO de la CA2RS. l’utilisation du fichier du personnel de la CA2RS est très encadrée, et interdite dans ce cas, car leur syndicat n’existe pas encore. Et je ne peux pas croire que le président Tautou n’est pas au courant. »

Le Bonniérois heureux d’y échapper

« Je préfère être roi chez les chiens que chien chez les rois », résume de son refus Michel Obry (LR), président de la Communauté de communes des portes de l'Île-de-France (CCPIF).
« Je préfère être roi chez les chiens que chien chez les rois », résume de son refus Michel Obry (LR), président de la Communauté de communes des portes de l’Île-de-France (CCPIF).

Michel Obry (LR) est un homme heureux d’avoir échappé à la fusion de l’intercommunalité qu’il préside depuis 12 ans, la Communauté de communes des portes de l’Île-de-France. Le préfet n’est en effet pas revenu sur la décision de ne pas l’inclure dans le périmètre de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise (GPSO). Lui s’occupe aujourd’hui d’une autre fusion, avec la communauté de communes du plateau de Lommoye.

« Je voulais absolument que nous restions ruraux, nous n’avons rien à faire avec ces grandes villes, qui ont des raisons de se mettre ensemble, explique-t-il de ce choix. Nous aurions eu l’impression de ne plus peser bien lourd, et ne serions pas prioritaires pour les constructions d’équipements. Là, nous continuons à travailler au plus près de nos administrés. »

Bref, comme lui-même le résume, « je préfère être roi chez les chiens que chien chez les rois ». Et il ne craint pas de rencontrer des difficultés supplémentaires à l’avenir pour décrocher des subventions, face aux intercommunalités géantes qui se créent dans les Yvelines au 1er janvier. « Ce n’est pas parce que nous sommes 15 000 habitants que je ne peux pas toucher des gens haut placés », argue le maire de Limetz-Villez.

Alors, il lorgne plutôt vers la Communauté de communes du plateau de Lommoye, du côté de Houdan, avec laquelle son intercommunalité fusionnera l’année prochaine : « C’est une communauté très bien gérée, sans dette et en bon père de famille, un peu comme nous. Le mariage ne peut être qu’heureux ! »