« Longtemps, je disais être un artisan. Il y a cinq ans, je me suis reposé la question, et je me considère aujourd’hui comme un artiste. » Il faut dire qu’avec sa clientèle internationale ou de passionnés d’histoire, Mikael de Poissy dénote dans le paysage français du tatouage. Ce Pisciacais de naissance et de coeur, passionné par l’histoire du Moyen-Âge, fait sensation depuis cinq ans en tatouant des dos avec des motifs inspirés des vitraux religieux.

Il naît il y a 41 ans dans le quartier Beauregard. Comme tant d’autres habitants de la ville, son père travaille à l’usine Talbot (ensuite rachetée par PSA, Nldlr). De sa jeunesse, il garde de bons souvenirs : « J’étais très bien à Beauregard, nous n’avions pas à l’époque le sentiment d’être parqués ou abandonnés. »

Pas vraiment passionné par l’école, il commence à 15 ans un apprentissage de photographe à Poissy. Son patron, devenu un peu mentor, le supervise pendant deux ans… pendant lesquels il découvre sa véritable passion, qui ne le quittera plus jusqu’à aujourd’hui.

« Ils nous avaient demandé, pour l’apprentissage, un reportage photo. J’étais déjà tatoué, je décide de le faire sur les tatoueurs, se souvient-il. Je les avais trouvé libres, certains avaient 50 ans, me paraissant très vieux, je me suis dit : ce serait une réussite d’être à leur place à cet âge-là. »

« J’ai tatoué la moitié de Beauregard en un an, sourit-il de ses débuts dans les années 1990. J’ai eu tous les anciens loulous des années 50 et 60. »
« J’ai tatoué la moitié de Beauregard en un an, sourit-il de ses débuts dans les années 1990. J’ai eu tous les anciens loulous des années 50 et 60. »

Alors, il quitte la photo, commence un autre type d’apprentissage, sur le tas, et achète du matériel de tatouage, pas simple au début des années 1990 : « Il fallait aller en Angleterre pour en trouver, quant aux conseils… c’était un peu le Moyen-Âge à l’époque côté hygiène ! » A 17 ans, il commence à tatouer dans son quartier, à domicile.

Les tatoueurs équipés de matériel professionnel sont encore rares à l’époque, et son succès est immédiat. « J’ai tatoué la moitié de Beauregard en un an, sourit-il encore de ses débuts. J’ai eu tous les anciens loulous des années 50 et 60. Ils étaient contents de voir un petit jeune, et me racontaient des histoires fabuleuses des bandes de leur époque. »

S’ensuit une décennie de tatouage traditionnel, selon des modèles prédéfinis ou apportés par les clients, à Poissy, Clignancourt et au Puy en Velay, avant de revenir définitivement dans sa ville natale à la fin des années 1990. Son explosion professionnelle prendra encore plusieurs années, d’abord progressive et nationale, avant d’exploser littéralement ces dernières années.

Grand voyageur, notamment au Japon, en Chine et aux Etats-Unis, il se sent progressivement dépassé : « Je fais une dépression artistique, et un jour, j’ai une révélation. Je suis passionné de l’histoire du Moyen-Âge, pourquoi ne pas relier ça à mon autre passion qui est mon métier ? »

C'est ce triptyque de dos tatoués de vitraux, diffusé sur les réseaux sociaux, qui lui offre une notoriété internationale.
C’est ce triptyque de dos tatoués de vitraux, diffusé sur les réseaux sociaux, qui lui offre une notoriété internationale. Crédit photo : Mikael de Poissy.

En 2008, il commence à tatouer des statues médiévales, puis ajoute progressivement des éléments inspirés de vitraux médiévaux. Ils deviendront sa patte de tatoueur, reconnue dans le monde entier. « 60 % du patrimoine mondial du vitrail est en France, et ça fonctionne tout de suite avec les gros traits noirs et des couleurs assez primaires », analyse-t-il.

Après un an et demi de travail, il présente sur les réseaux sociaux une photo réunissant les trois premiers dos entiers recouverts de vitraux tatoués, jusque-là tenus secrets : « Et la, boum ! Je suis devenu mondialement connu. » Un succès qui ne se dément pas, et lui offre le luxe de sélectionner ses clients sur lesquels il tatoue ses œuvres, des passionnés de tatouage ou d’histoire.

« Il m’a fallu dix-huit ans d’activité pour trouver mon style. Etre un bon tatoueur, c’est de la technique, mais ce qui est difficile est d’innover, comme dans tous les métiers, estime aujourd’hui l’artiste. Je suis content d’avoir apporté ma pierre à l’édifice. »