« J’ai réfléchi à la vie que je voulais mener, pourquoi j’allais me lever. Il faut que le travail plaise, sinon, c’est trop dur de se motiver sa vie durant ! » A 46 ans, Anne Saint-Prix ne regrette toujours pas ce choix de l’hôtellerie, fait à l’orée de l’âge adulte. Il y a un mois et demi, elle a enfin concrétisé un projet de plusieurs années en amarrant son Bateau chocolaté au centre-ville de Conflans-Sainte-Honorine.

De Paris à la Martinique, cette brune extravertie et souriante marque les hôtels de sa personnalité, à l’image de sa péniche, très antillaise sous des dehors plutôt neutres. Avec des parents ingénieurs, son enfance près de Charleroi ne l’y prédestinait pourtant pas. « Ils aimaient nous ouvrir, se souvient-elle néanmoins. Et, quand on démarrait quelque chose, il fallait aller jusqu’au bout. Ca m’a peut-être donné mon côté tenace. »

Rapidement, Anne Saint-Prix, cadette d’une fratrie de trois, se détache de ses aînés : « Je n’avais pas les mêmes notes qu’eux, et savais que je ne ferais pas de longues études. » Elle entre en école à Namur (Belgique), et, son diplôme en poche, est embauchée comme responsable de salle pour la saison d’été 1991 à la Mère Poulard, l’emblématique restaurant du Mont Saint-Michel. Un client lui propose la gérance d’un restaurant gastronomique en Martinique. Elle saute sur l’occasion.

« L’endroit n’est pas décoré Martinique, mais il me permet de transmettre ce que j’ai appris de la culture créole, qui n’est pas que Francky Vincent et le rhum », indique-t-elle.
« L’endroit n’est pas décoré Martinique, mais il me permet de transmettre ce que j’ai appris de la culture créole, qui n’est pas que Francky Vincent et le rhum », indique-t-elle.

Pour elle qui rêvait alors de vivre en Autriche, c’est une révélation : « Le jour où j’ai posé le pied sur le tarmac, j’ai su que ça me plaisait. » Mais il lui faut un an et demi avant d’en saisir les subtilités. « J’ai eu du mal à m’adapter au fonctionnement, à la mentalité, à la façon de voir la vie. La première année, je m’énervais pour tout, je me braquais et ça ne marchait pas, en rit-elle aujourd’hui. Une fois que j’ai compris comment établir de bonnes relations avec les gens au travail, c’est à la vie à la mort. Et j’y suis restée 10 ans ! »

Elle y rencontre son mari avant de rentrer en métropole en 2001. Refusant les propositions de grands groupes hôteliers, elle s’embarque dans la compagnie des Yachts de Paris et ses dîners évènementiels sur la Seine. Huit ans plus tard, la petite entreprise est rachetée par le géant Sodhexo, et l’ennui la gagne au travail.

« Dans tous mes postes, on me dit que je reçois les gens comme si j’étais chez moi, on me demande pourquoi ne pas le faire en tant que patronne. » Décidée à rester sur l’eau, elle dégote une péniche, passe des mois difficiles pendant les travaux d’aménagement. Ne trouvant pas d’emplacement à Paris, elle est accueillie à bras ouverts par Conflans-Sainte-Honorine, qui l’a séduite par sa riche histoire batelière.

« L’endroit n’est pas décoré Martinique, mais il me permet de transmettre ce que j’ai appris de la culture créole, qui n’est pas que Francky Vincent et le rhum », indique-t-elle sur son bateau, autant restaurant que salon de thé. Six semaines après l’ouverture, elle n’est pas peu fière de compter ses premiers habitués, dont certains apprécient particulièrement son chocolat tel que préparé dans les familles antillaises.