Dès lundi prochain, les conducteurs de deux-roues pourront, en toute légalité et sous certaines conditions (voir encadré), remonter les voitures embouteillées entre les deux files de gauche des autoroutes dans 11 départements, dont toute l’Île-de-France. Cette mise en place expérimentale de la circulation inter-files divise les associations attachées à la sécurité routière, mais réjouit les utilisateurs de deux-roues.

En effet, la circulation inter-files, ils la font déjà, dans l’illégalité et surtout sans aucune couverture par leur assurance en cas d’accident. Les motards franciliens demandaient depuis longtemps la réglementation de cette pratique consistant à circuler entre les files de voiture à l’arrêt ou à faible vitesse.

« Nous nous en félicitons, c’est une expérimentation pertinente, juge ainsi Patrick Rochas, de la branche yvelinoise de la Fédération française des motards en colère (FFMC). Nous demandons également que ce soit inclus dans la formation à la conduite des voitures et deux-roues, car, tant que c’est autorisé mais pas bien intégré, il risque d’y avoir des problèmes. »

Les seuls deux roues motorisés à pouvoir rouler en inter-files ont deux ou trois roues et ont une largeur inférieure à un mètre.
Les seuls deux roues motorisés à pouvoir rouler en inter-files ont deux ou trois roues et ont une largeur inférieure à un mètre.

Du côté des associations qui oeuvrent dans le domaine de la sécurité routière, le bilan est plus nuancé. « Nous sommes satisfaits car la pratique va maintenant être encadrée et mesurée. On va pouvoir en voir l’efficacité, avance Jean-Yves Petit, directeur du comité yvelinois de la Prévention routière. Mais nous resterons vigilants, s’il y a plus d’accidents, nous demanderons son arrêt. »

Le son de cloche est identique du côté de l’Association française de prévention des comportements sur la route et en ville. « Il faut saluer les pouvoirs publics qui ont bien compris qu’ils n’empêcheraient pas l’eau de passer sous les ponts », sourit son président rosnéen, Régis Chomel de Jarnieu, lui-même motard et moniteur de conduite.

Seule la Ligue contre la violence routière exprime son opposition ferme à l’expérimentation. « C’est légaliser un comportement dangereux, il s’agit d’une mesure de confort et pas de sécurité routière, s’emporte ainsi Chantal Perrichon, sa présidente. Ca va vraisemblablement faire remonter le nombre des blessés, et complexifier la tâche des conducteurs de voitures. » Elle s’inquiète également des conséquences négatives en termes d’assurance pour les automobilistes lors d’accidents, compte tenu des difficultés à prouver le respect des règles de la circulation inter-files par le motard.

Quelles règles pour rouler entre deux files ?

La circulation inter-files est strictement limitée aux routes ayant au minimum deux fois deux voies, un séparateur central et une vitesse autorisée supérieure à 70 km/h. Sur ces voies, elle est réservée à un passage entre les deux files les plus à gauche. Elle reste strictement interdite en cas de travaux, ou en cas de couverture verglacée ou neigeuse.

Les seuls deux-roues motorisés à pouvoir rouler en inter-files ont deux ou trois roues et ont une largeur inférieure à un mètre. Ils peuvent s’insérer entre les voitures lorsque la circulation est dense et en files ininterrompues avec une vitesse inférieure à 50 km/h.

Les motards ne doivent ni forcer le passage, ni dépasser un autre deux-roues déjà engagé en circulation inter-files, ni rouler au-delà de 50 km/h. Les automobilistes et chauffeurs routiers circulant sur les voies où l’inter-files est autorisé sont incités à mettre leurs clignotants et à éviter les changements brusques de direction.

Les amendes, elles, peuvent être de 35 € et un retrait de trois points en cas d’insertion sans clignotant au préalable, et de 135 € et un retrait de trois points en cas de dépassement non autorisé. Enfin, la sanction est de 35 € en cas d’utilisation abusive des feux de détresse, commune dans la pratique actuelle de la circulation entre les files.

Sur les routes yvelinoises, 42 morts en 2015

Les derniers chiffres provisoires connus de la mortalité routière pour 2015 font état de 42 tués sur les routes l’an dernier. Parmi ces décès, l’on compte 13 motards, un taux similaire à la moyenne nationale de ces usagers qui comptent pour 2,5 % des véhicules en circulation. Six de ces décès en deux roues étaient imputables à l’alcool, à la drogue, à la vitesse, et au non-port du casque pour l’un d’entre eux.