Les trois hôpitaux de la vallée de Seine doivent à terme fusionner en une seule structure administrative, le Groupement hospitalier de territoire Nord-Yvelines. Mais, pour l’instant, ils empruntent des chemins très différents. L’un bénéficie de subventions massives, les deux autres connaîtront cette année de nouveaux plans d’économies imposés par l’Agence régionale de santé (ARS).

Au centre hospitalier Poissy-Saint-Germain (Chips), plusieurs fois renfloué par des aides massives ces dernières années, l’avenir s’éclaircit alors que son budget est à l’équilibre pour la seconde année consécutive. Le Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins (Copermo) vient de lui attribuer 40 millions d’euros pour de nombreux chantiers, estimés au total à environ 85 millions d’euros.

D’ici à 2019, un nouveau bâtiment pisciacais doit être érigé. Ses cinq étages accueilleront les urgences adultes, la réanimation, la maternité, les soins critiques adultes et enfants, l’assistance à la procréation et 60 lits d’hospitalisation conventionnelle. Le centre hospitalier se recentre donc à Poissy pour les activités « chaudes ». L’Etablissement d’hébergement pour personnes âgées (Ehpad) d’Hervieux doit par ailleurs être étendu pour un total de 104 lits.

A Saint-Germain restera la partie « froide », recentrée sur les consultations externes et d’hôpital de jour, la chirurgie ambulatoire ainsi que l’oncologie… sans oublier la cession « partielle » du site. Dans les deux villes, d’importants travaux de sécurité incendie et d’accessibilité aux personnes à mobilité réduite doivent également être menés.

En sus de la subvention du Copermo, les travaux à Poissy-Saint-Germain seront financés « pour 20 à 25 millions d’euros par l’emprunt, et le reste grâce au retour à l’équilibre financier », détaille le directeur Michaël Galy, plutôt optimiste.
En sus de la subvention du Copermo, les travaux à Poissy-Saint-Germain seront financés « pour 20 à 25 millions d’euros par l’emprunt, et le reste grâce au retour à l’équilibre financier », détaille le directeur Michaël Galy, plutôt optimiste.

En sus de la subvention du Copermo, « ce sera financé pour 20 à 25 millions d’euros par l’emprunt, et le reste grâce au retour à l’équilibre financier », détaille le directeur du Chips Michaël Galy, plutôt optimiste. Il est également responsable de l’hôpital de Mantes-la-Jolie depuis cet été et la fusion des directions… et il y a apporté des nouvelles nettement moins joyeuses lors des voeux au personnel.

« Situation financière préoccupante », « déficits excessifs », « endettement au-delà de ce que nous pouvons supporter » et « fonds propres si fragiles » : même si l’activité a été en augmentation de 2 % en 2015, le déficit mantais devrait s’établir l’an dernier entre trois et quatre millions d’euros. Quelques mois après la fin d’un premier plan de retour à l’équilibre financier, un second « particulièrement exigeant » est déjà engagé, avec à la clé une centaine de suppressions de postes et des économies à tous les étages.

« Si nous n’avons pas à être rentables, nous devons nous révéler performants », a plaidé Michaël Galy devant le personnel, dont les délégués syndicaux dénoncent une austérité inégale (voir encadré). « Nous recevons beaucoup d’argent public. Nous avons le devoir de l’exemplarité, de l’exigence et de la juste organisation, a-t-il ajouté. Restructurer, ce n’est pas renoncer, c’est avancer. »

L’ambiance était donc morose aux voeux de l’hôpital mantais, alors qu’elle était plutôt combative à ceux du centre hospitalier Meulan-Les Mureaux (Chimm), lui aussi en difficulté. Si son directeur, Frédéric Mazurier, s’est montré très mesuré, la maire de Meulan-en-Yvelines n’a pas eu ces prévenances, et a dénoncé sans fard ce que de nombreux élus et soignants perçoivent comme une injustice flagrante.

« A croire qu’il valait mieux être mauvais élève et afficher un déficit colossal pour être soutenu et renfloué par l’Etat... suivez mon regard à l’Est », s’est emportée la maire de Meulan-en-Yvelines lors des voeux de l’hôpital Meulan-Les Mureaux.
« A croire qu’il valait mieux être mauvais élève et afficher un déficit colossal pour être soutenu et renfloué par l’Etat… suivez mon regard à l’Est », s’est emportée la maire de Meulan-en-Yvelines lors des voeux de l’hôpital Meulan-Les Mureaux.

« En dépit d’une maîtrise reconnue des charges, notamment en matière de personnel, le déficit sera conforme à la projection présentée en début d’année, à savoir 2,4 millions d’euros, a indiqué Frédéric Mazurier. Le Chimm doit maintenant élaborer rapidement un plan de retour à l’équilibre. » Il a par ailleurs prôné une vision positive du départ de l’oncologie vers Mantes-la-Jolie, qui avait donné lieu à une importante manifestation du personnel et des élus en novembre dernier.

Les élus, justement, ne décolèrent pas contre ce qu’ils perçoivent comme un dépeçage au profit de Mantes-la-Jolie et de Poissy, à l’instar de la maire de Meulan-en-Yvelines, Cécile Zammit-Popescu (LR). « 2015 fut pour le Chimm une terrible année », a-t-elle ainsi jugé du petit poucet de la vallée de Seine, tout en en vantant les qualités des soins, du recrutement de médecins et du campus de formation.

« Soyons clairs : il s’agit bien d’une restructuration industrielle […] Pris en étau entre les hôpitaux-usines de Poissy et de Mantes, on cherche à nous faire disparaître, s’est emportée l’édile. A croire qu’il valait mieux être mauvais élève et afficher un déficit colossal pour être soutenu et renfloué par l’Etat… suivez mon regard à l’Est. »

Cette vision de la situation est largement partagée par les organisations syndicales du Chimm.« Rien sur Meulan-Les Mureaux, rien pour Meulan-Les Mureaux. Une chose, cependant n’a pas été mesurée : notre capacité à lutter », a ensuite souligné la maire. Le rassemblement des trois hôpitaux en Groupement hospitalier de territoire Nord-Yvelines s’annonce décidément compliqué.

Les syndicats mantais unis contre une rigueur mal répartie

« Nos salaires sont gelés depuis 2010, nos conditions de travail se dégradent, nos heures supplémentaires 2014 et 2015 ne sont pas payées », ont dénoncé la CGT et FO.
« Nos salaires sont gelés depuis 2010, nos conditions de travail se dégradent, nos heures supplémentaires 2014 et 2015 ne sont pas payées », ont dénoncé la CGT et FO.

« Nous sommes conscients du déficit, et de la nécessité de faire des efforts, mais ça doit être pour tout le monde ». Catherine Martinez-Mokrani, la secrétaire de la CGT de l’hôpital de Mantes-la-Jolie, n’a pas décoléré depuis la cérémonie des voeux, et la suppression de trois jours de congés autrefois donnés aux agents médaillés pour leurs 20, 30 et 35 ans de service dans l’établissement.

Réunis en intersyndicale, ce qui n’était pas arrivé depuis des années, la CGT et FO ont manifesté devant l’établissement de santé mercredi dernier. « Nos salaires sont gelés depuis 2010, nos conditions de travail se dégradent, nos heures supplémentaires 2014 et 2015 ne sont pas payées (78 000 h en 2014 pour le personnel hors cadres et hors médecins, Ndlr) », explique la syndicaliste.

Les deux syndicats dénoncent une rechute du dialogue social après la très vive amélioration qu’ils décrivaient l’an dernier, suite au départ de l’ancien directeur. En cause selon eux : la fusion, cet été, des directions des hôpitaux mantais et pisciacais, et la rigueur budgétaire renouvelée après un premier plan de retour à l’équilibre. Et la subvention massive juste attribuée à Poissy n’a certes pas réduit le sentiment d’injustice.

J’ai testé pour vous… les urgences de Mantes-la-Jolie

Jeudi matin, 8 h. Souffrant de vives douleurs à la main sur le chemin du travail, je décide de me rendre aux service d’urgences de l’hôpital François Quesnay. Dans le hall d’accueil plutôt calme, quelques patients, plutôt âgés, attendent patiemment. Ils souffrent pour la plupart de traumatismes dus à des chutes, comme cette dame d’une soixantaine d’années amenée par les pompiers.

Je suis rapidement reçu avec le sourire par une infirmière, qui me demande quelques détails et ne semble pas inquiète par mon état. Elle m’intègre au système de traçabilité des patients avec un bracelet à code-barre mis en place il y a trois mois et attaché à mon poignet. Une demi-heure plus tard, un jeune brancardier m’emmène dans un bureau de consultation.

L’attente commence alors, logique compte tenu de mon état non prioritaire. Au bout d’une heure, une jeune interne vient m’examiner. Etablissant un premier diagnostic de sévère inflammation, celle-ci repart, puis revient après trente minutes, avec un avis modifié : « Je me méfie de la petite plaie que vous avez, on ne peut écarter l’infection. »

Alors, elle ne prend aucun risque et me prescrit un puissant antibiotique, juste au cas où. Je sors des urgences à 10 h 30 avec mon ordonnance, plutôt surpris de la rapidité de ma prise en charge. A l’heure où j’écris ces lignes (lundi, Ndlr), ma main est redevenue normale… confirmant le second diagnostic, bien plus dangereux, s’il n’avait pas été rapidement traité, que le premier.