Annoncée au plus tard pour 2023, la fermeture de la centrale thermique d’EDF porchevilloise a toutes les chances d’intervenir en 2018. Syndicats et élus sont catastrophés, pour les salariés concernés mais aussi pour l’activité économique importante que générait la centrale. L’entreprise assure que la décision n’est pas encore prise, qu’elle n’impliquerait aucun licenciement et de son attachement à soutenir l’économie locale.

« Il y a eu la présentation au comité central d’entreprise (jeudi dernier, Ndlr), une instance interne, d’un projet sur l’arrêt d’exploitation du parc fioul en France, indique la direction de la centrale. Pour Porcheville, le scénario étudié serait l’arrêt de deux unités en 2017, et de deux unités en 2018 (la centrale compte quatre générateurs, Ndlr). »

L’électricien considère que les coûts du fioul, les plus élevés du marché, ne se justifient plus. « Et, depuis deux ans, nous n’étions pas appelés pour les besoins de consommation par le réseau de distribution électrique, complète la direction porchevilloise. Il n’y a pas d’inquiétude pour l’équilibre entre consommation et fourniture sur le réseau électrique français. »

La CGT de la centrale de Porcheville avance 60 % de grévistes jeudi, lors de l’annonce du projet de fermeture à un comité central d’entreprise où ils ont manifesté avec des élus locaux, et des salariés « sous le choc ». Ses représentants exigent auprès du gouvernement la tenue d’une table ronde pour évaluer « les conséquences économiques et sociales d’une fermeture », ainsi qu’une étude de faisabilité des solutions alternatives de production d’énergie qu’ils proposent après fermeture.

Surtout, le syndicat estime que les financiers l’ont emporté sur les stratèges industriels au sein de la direction de leur entreprise. « Les cycles hivernaux ont été particuliers, ce qui ne veut pas dire que nous n’aurons pas à nouveau des hivers très rudes, comme en 2012, avance Julien Lambert, délégué CGT de la centrale. Tant que la production par les énergies renouvelables n’est pas maîtrisable ou stockable, on ne peut se passer du thermique à flamme. »

Pour la municipalité porchevilloise, la nouvelle est plutôt très mal reçue. « J’ai été informé par la presse, lâche ainsi son maire Paul Le Bihan (SE). C’est catastrophique pour les finances de la ville, de la communauté urbaine, pour les salariés qui vont être mutés on ne sait où, sans compter ceux qui travaillent dans des entreprises extérieures, ainsi que les commerces locaux. C’est vraiment dommage. »

A Limay, Eric Roulot (PCF), élu en 2014, était présent jeudi au comité central d’entreprise pour manifester. « C’est un coup de tonnerre dans le bassin de vie du Mantois, déjà fortement touché par le chômage, qui vient s’additionner à d’autres dossiers un peu noirs, regrette l’élu. Je demande un moratoire, et qu’aucune décision ne soit prise pour le moment. »

Il souhaite qu’EDF propose de réimplanter des moyens de production d’électricité après démantèlement, et une réflexion sur sa réindustrialisation dans tous les cas : « Que ces 150 hectares soient un modèle créateur d’emploi, et participe à la réduction des gaz à effet de serre. » Il rappelle aussi que le gestionnaire du port de Limay, qui jouxte la centrale, cherche depuis des années une expansion au-delà des quelques hectares supplémentaires prévus pour les années à venir.

« Toute piste est bonne à prendre », indique la direction de la centrale sur la suite en cas de fermeture. Elle rappelle également « qu’EDF a l’obligation de déconstruire avant de pouvoir revaloriser, avec des opérations longues qui maintiennent une activité sur place ». Mais sa priorité immédiate sera « de servir le projet personnel de chacun des salariés », dont aucun employé directement par l’électricien ne perdra son emploi.