Entre la mise en redressement judiciaire du groupe de literie Cauval annoncé lundi (voir notre encadré) et la frilosité tardive d’une banque, le sauvetage de l’activité semble bien mal engagé pour l’usine de matelas Dunlopillo de Mantes-la-Jolie, propriété de Cauval. Les 146 salariés du site mantais craignent aujourd’hui pour leur emploi, lui qui devait être sauvegardé grâce à un déménagement.

Ils étaient censés se rendre sur l’autre rive, dans un nouvel endroit à Porcheville, ainsi que dans une extension du siège limayen de Dunlopillo, où travaillent déjà 160 salariés. Mais, alors que les travaux auraient déjà dû commencer sur les sites devant accueillir le déménagement, tout est à l’arrêt.

Selon nos informations, à la fin de l’année dernière, le financement attendu de Bati lease, filiale de la banque Crédit coopératif spécialisée dans le crédit-bail, n’est jamais venu. Une médiation est en cours depuis plusieurs semaines avec les autres investisseurs pour débloquer la situation. L’avenir était donc déjà incertain, et ce avant même la mise en redressement judiciaire.

Depuis 2012 et un incendie qui l’avait ravagé, le site de production mantais du groupe de literie Cauval n’était plus rentable.
Depuis 2012 et un incendie qui l’avait ravagé, le site de production mantais du groupe de literie Cauval n’était plus rentable.

« L’attente est très angoissante pour nous. Les gens sont usés, fatigués, stressés par cet état de choses » rapportait la semaine dernière Mohammed El Rhazi, secrétaire de la CGT du site Dunlopillo mantais. « Nous avons de la frustration pour toute cette énergie gaspillée alors que nous avons un potentiel énorme », ajoutait-il avec tristesse lundi soir, à la sortie du tribunal de commerce.

Il y a tout juste un an, lors de la signature d’un protocole d’accord dans l’usine, direction, investisseurs, élus comme syndicats se félicitaient pourtant du transfert à venir. Les signataires entérinaient, après plusieurs mois de négociations, un montage financier complexe. Depuis 2012 et un incendie qui l’avait ravagé, le site de production mantais du groupe de literie Cauval n’était en effet plus rentable.

Le déménagement financé par un montage complexe

Ce bâtiment industriel du groupe sidérurgique espagnol Ros casares, à Porcheville, devait accueillir une partie des activités de l'usine mantaise.
Ce bâtiment industriel du groupe sidérurgique espagnol Ros casares, à Porcheville, devait accueillir une partie des activités de l’usine mantaise.

L’Etablissement public foncier des Yvelines (Epfy, devenu régional depuis le 1er janvier, Ndlr), satellite du conseil départemental, devait racheter à Cauval son site mantais, destiné à être transformé en marina et en logements. Mais aussi payer dans le même temps l’achat d’un bâtiment industriel détenu par le groupe sidérurgique espagnol Ros casares à Porcheville.

La société d’investissement immobilier Panafrance, alliée à la Caisse des dépôts, devait ensuite acquérir, par l’intermédiaire d’un crédit-bail de Bati lease, le site Ros Casares auprès de l’Epfy, ainsi que le site limayen de Dunlopillo. Après travaux, ceux-ci auraient alors été loués à Cauval. Le crédit-bail constituait la majorité de l’apport financier pour l’achat des deux sites.

Mais le financement attendu de Bati lease tarde à venir, et la situation s’enlise. Une médiation est engagée depuis plusieurs semaines entre les deux investisseurs et Bati lease : « Nous avions bon espoir dans cette démarche », indique Patrick Dubois, le président de Panafrance, co-investisseur avec la Caisse des dépôts, avant l’annonce de lundi. Trouver un autre crédit-bailleur serait « de toute façon très compliqué », précisait-il alors de la nécessité de trouver un terrain d’entente.

Les conséquences d’un redressement judiciaire pourraient bien avoir de sombres conséquences, tant sur ces négociations que pour les plus de 300 salariés mantais et limayens de Dunlopillo. Si le patron de Panafrance continuait d’y croire lundi soir, « tout ne dépend pas de nous », rappelait-il néanmoins. « Ce n’est pas de bon augure », confirmait sombrement le délégué CGT de Mantes-la-Jolie.

Ce mois-ci et seulement ce mois-ci, les salaires du groupe seront pris en charge par le Régime de garantie des salaires (AGS). Contactés par La Gazette, ni Bati lease, ni le conseil départemental des Yvelines, ni l’EPFF (ex-Epfy) n’ont pu répondre avant la publication de cet article. Nous n’avons par ailleurs pas réussi à joindre le groupe Cauval.

Le groupe Cauval placé en redressement judiciaire

Lundi dernier, le groupe Cauval, propriétaire des marques Simmons, Tréca, Pirelli et Dunlopillo, a été placé en redressement judiciaire pour six mois renouvelables par le tribunal de commerce de Meaux, à la demande de ses dirigeants. L’industriel français du matelas avait fermé de nombreux sites et opéré plus de 3 500 licenciements ces dernières années.

Il est aujourd’hui confronté à de gros problèmes de trésorerie, et les organismes sociaux lui réclament le paiement de 55 millions d’euros. Déjà, cet été, seule une médiation de l’Etat avait permis de sauver Cauval, alors en litige avec le distributeur But. En novembre dernier, son président, Gilles Silberman, annonçait pourtant un investissement massif du groupe portugais du meuble, Aquinos.

Ce dernier devait amener 12,5 millions d’euros et prendre 25 % des parts en février, puis la même chose en juin. De quoi soulager la société, dont le chiffre d’affaires était de 290 millions d’euros en 2015 et qui compte 1 800 salariés dans ses 9 usines françaises (2 800 dans le monde, Ndlr). Le coup de tonnerre est tombé la semaine dernière : le retrait d’Aquinos à quelques jours de la date prévue pour sa prise de participation n’a pas laissé d’autre choix, semble-t-il, que celui du tribunal de commerce.