Si le reste du bâtiment devant devenir la future mosquée Essalam (« paix », Ndlr) est encore largement en chantier, la grande salle de prière est déjà utilisée depuis un an. « Nous avons commencé par l’essentiel », commente dans un sourire Mohamed Mokrane, son imam, de ces travaux débutés en 2009. Ils avancent au rythme des dons des 2 000 à 3 000 fidèles qui la fréquentent.

Né en 1964 dans la ville algérienne de M’Sila, l’office religieux l’attire dès son adolescence. En 1986, il conclue ses études de théologie en devenant imam-professeur, le rang le plus prestigieux, avant d’être officiellement nommé trois ans plus tard dans l’une des 40 mosquées de sa ville natale par l’Etat. Il y restera jusqu’en 2006 à son arrivée aux Mureaux.« J’y ai trouvé un repos spirituel, indique-t-il aujourd’hui. Il y a l’obtention d’une sérénité intérieure, et d’une proximité avec les gens, avec leur coeur. L’imam essaie de les guider par ses conseils, pour établir des concordes et les réconcilier. »

« Cet office est une lourde responsabilité, qui demande beaucoup de savoir, de sagesse, de science et de courtoisie », analyse néanmoins l’homme de Dieu de son choix. Il se souvient ainsi avec tristesse des années de guerre civile , la « décennie noire » des années 1990 en Algérie. A M’Sila, l’imam de quartier qu’il est alors se trouve en première ligne pour consoler les fidèles endeuillés.

Quelques années après le retour de la paix, il est sollicité avec d’autres imams-professeurs par l’Etat algérien dans le cadre d’un accord avec le gouvernement français. Débarquant en 2006 aux Mureaux après un bref passage à Roubaix, il découvre des croyants très différents de ceux de M’Sila.

« Ici, les fidèles sont tous horizons, il y a des coutumes qui changent selon les gens, qu’il faut respecter tant qu’elles ne s’opposent pas à l’Islam, remarque-t-il des Muriautins. Je considère comme une richesse cette diversité que j’ai constatée en France. »

Son arrivée coincide avec celle du père Xavier Chavane : « Depuis, nous avons nourri une magnifique relation d’amitié. Avec lui et les fidèles de l’Eglise, nous avons fait de magnifiques actions de bienfaisance et de dialogue ». Ces échanges se traduisent par des collectes alimentaires communes, des rencontres entre jeunes fidèles ou encore des conférences. « Ce genre de rencontre est plus que jamais obligatoire. Nous avons beaucoup de valeurs communes, abstraction faite de nos différences de convictions, explique l’imam. La sagesse fait que nous, les être humains, en dépit de nos divergences, devons toujours chercher les points communs et les valeurs qui nous réunissent. »

Aux fidèles de la mosquée, il prône le respect mutuel, lors des prières comme dans la vie : « Le rituel et le comportement sont indissociables ». Un travail qu’il doit sans cesse renouveler, notamment au sein des familles, une priorité en Islam, partagée par les catholiques : « A notre époque, elle perd de sa valeur car les gens sont absorbés par le quotidien et le matériel. »