Sous une pluie battante et un froid glacial, il fallait être déterminé pour braver les conditions hivernales et faire souffler le vent de contestation. Dehors, au bout du quai 27 de la gare Saint-Lazare, les grévistes s’étaient réunis à l’appel des syndicats ferroviaires CFDT, CGT, Sud-Rail et Unsa. Depuis la veille 19 heures jusqu’au lendemain 8 heures, ils ont manifesté contre la dégradation de leurs conditions de travail et pour la préservation de leurs droits ainsi que de leurs emplois.

Trains annulés, retardés ou surchargés, telle était la situation à laquelle ont été confrontés les usagers de la SNCF. « J’ai regardé hier sur l’application mais aucune perturbation n’était notée, certifie cet utilisateur qui devait se rendre à 10 heures au tribunal de Poissy. « Il est 9 h 30 or le prochain train est à 12 h 23 ! » « Gilet rouge » à proximité, un agent chargé de l’assistance aux voyageurs lui fait part d’une solution de substitution : prendre le RER A jusqu’à Poissy.

A côté, une usagère un peu moins calme exprime sa désillusion : « Je suis venue à Saint-Lazare pensant pouvoir me rendre à Poissy. La SNCF avait dit qu’un train sur trois circulait mais le prochain est dans trois heures. Sur le RER A, un train sur dix seulement fonctionne ».

Dans l’ensemble, les gens étaient plutôt calmes et compréhensifs, à l’image de Youssouf et Touré qui se trouvait face au même dilemme : « On voulait se rendre à Poissy pour le travail mais là, je crois que c’est mort, lancent-ils tout sourire. On le prend bien car on comprend le mouvement de grève : ils se battent pour leur avenir », avant d’ajouter en éclatant de rire : « Ca nous fait une journée gratis ! »

A 31 ans, Vincent manifeste pour la première fois. Aiguilleur à Poissy, Les Mureaux et Mantes-la-Jolie depuis 2012, ce non-syndiqué a choisi de se mettre en grève car « les enjeux semblent importants ». En effet, le nouveau régime de travail composé du décret socle, cadre réglementaire du temps de travail du secteur ferroviaire, des dispositions de l’accord de branche et de l’accord d’entreprise, modifie sensiblement les conditions de travail des salariés de la SNCF.

Temps de travail allongé, perte de congés payés, temps de repos diminué… Les perspectives sont loin d’être idylliques. « Il faut voir dans quelles conditions on travaille, assure Steeve qui œuvre dans la maintenance. On est toujours dehors, souvent dans le froid comme aujourd’hui. On travaille à flux tendu et parfois sans aucune pause. La réalité est qu’on manque d’outils et souvent de matériel. Quand on en a, il est vieux ».

Du côté de Jennifer, le constat est le même. Contrôleuse depuis 13 ans, elle a vu les conditions de travail se dégrader au fil du temps : « Mon grand-père s’est battu pour acquérir des droits qui sont actuellement remis en cause, précis-t-elle. Finalement, on souhaite tous la même chose : défendre de meilleures conditions de travail ». La direction a annoncé qu’une table ronde avec les organisations syndicales représentatives allait être organisée à la suite de la réunion de la commission mixte paritaire prévue ce mercredi.