Avocat, coing, figue, cerise, le jardin de Mohammed Ali est florissant à chaque belle saison mais pas cette année. Comme une dizaine de ses voisins, il a été prié de quitter les lieux. Le terrain doit servir au futur projet Eole dont le but est le prolongement du RER E. L’entreprise de ciment Calcia avait octroyé un droit d’utilisation de ces parcelles à plusieurs salariés, leur laissant ainsi la possibilité de produire leurs propres fruits et légumes.

« Ici, c’était ma bouffée d’oxygène. Ce jardin me permettait de pouvoir sortir de mon HLM, loin du quartier du Val Fourré », regrette Mohammed Ali. Au départ, son oncle avait eu la possibilité de pouvoir exploiter la terre appartenant à Calcia puisqu’il faisait partie des employés de l’entreprise. A sa mort, Mohammed Ali en a repris la gérance.

« Ca fait plus de 25 ans que je m’en occupe. Aujourd’hui, tous ces arbres plantés vont être arrachés, ça me fait mal au coeur », confie-t-il. Après plusieurs dizaines d’années d’entretien, le terrain ressemble a une succesion de plusieurs parcelles, à l’image des jardins partagés se développant de nos jours. Malheureusement, cela ne représente pas grand-chose face au grand projet Eole.

La bande de terre se situe à proximité de la société, entre la Seine et la ligne de chemin de fer. Un emplacement stratégique qui contraint désormais les maraîchers en herbe à quitter les lieux. Si Mohammed Ali précise bien que la parcelle avait été donnée par l’entreprise, cette dernière se défend en expliquant que « les terrains ont toujours été prêtés au personnel de chez Calcia » ainsi, qu’elle « ne voit pas vraiment le problème aujourd’hui ». Aucun contrat ne prouve le contraire.

« On nous a laissé travailler la terre, investir dans des arbres fruitiers, créer des cabanes et tout va être détruit, déplore Mohammed Ali. J’étais content de me dire que j’allais pouvoir m’en occuper pendant ma retraite ». La production de fèves, salades, petits pois, potirons, courgettes et autres tomates profitait à toute la famille et à l’ensemble des voisins.

« Il ne faut pas croire que c’est rentable mais au moins c’est bio, ajoute-il. Et puis, ça fait plaisir de cueillir des fruits et ramasser des légumes après s’en être occupé ». Les travaux devraient débuter à partir du second semestre ainsi, la quinzaine de jardiniers a jusqu’à juin pour plier bagage.